Que faire pour lutter contre les européistes? Souveraineté populaire, souverainisme européen

Article Bruno Bertez  25 Décembre 2015
La construction Européenne est une déconstruction. Elle défait les Etats-Nations, elle détruit les systèmes politiques nationaux, elle fragmente les sociétés, elle asphyxie les économies du Sud et de la France, elle met au chômage et au rebut et pire de tout, elle monte les peuples les uns contre les autres.

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Le lent mouvement spontané qui nous poussait auparavant vers un « mieux vivre ensemble » est interrompu et sous la pression des difficultés économiques, il se transforme en une tendance au rejet et au bouc émissaire.

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L’Autre, devient le responsable de toutes nos difficultés.
L’Autre est une forme vide que l’on remplit comme l’on veut de sa haine et de son ressentiment, cela peut être le socialiste, l’universaliste, l’arabe, le musulman, le juif, l’émigré, le migrant … Vous avez le choix, vous pouvez remplir les pointillés, les blancs comme vous voulez. Quand les déceptions, les tracas et les souffrances s’accumulent, la tentation est forte, elle est naturelle, elle est de tous temps, la tentation est forte de personnaliser. De désigner ; de réifier ; de rendre concret, de donner un visage, de proposer une caricature à la place de ce qui est, en fait, une abstraction. Ce qui frappe d ‘ailleurs c’est le fait que si l’on excepte quelques illuminés, la plupart des gens qui sombrent dans l’aberration du bouc émissaire, stigmatisent des catégories, des ensembles, mais lorsqu’on leur parle de leurs voisins qui appartiennent à des catégories honnies, c’est à dire lorsqu’on leur parle des gens qu’ils connaissent et fréquentent, ils vous disent que cela se passe bien . Bien entendu cette remarque n’est valable qu’en régime à peu près normal, elle ne s’applique pas aux lieux et ghettos ou l’on a dépassé lé tolérable.

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Ce que nous voulons pointer c’est que l’on est souvent beaucoup moins « raciste » ou « homophobe » ou enclins à rechercher des boucs émissaires dans la vie de tous les jours que dans les discours du type café du Commerce. Ou dans les invectives de la circulation.

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La saleté « raciste » est un phénomène psychologique de projection de ce qui est sale en soi, de ce qui est noir, intolérable, insupportable, ce n’est pas une caractéristique de l’Autre. L’Autre est un réceptacle, une forme pour recevoir cette merde que l’on a au plus profond de soi. Bien entendu il faut que certaines conditions soient réunies pour que la désignation puisse se faire.

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Et c’est précisément ce que nous soutenons : la période historique que nous vivons est favorable à cette multiplication des désignations, des formes qui peuvent servir de réceptacle à notre merde.

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La crise du capitalisme financier relance les attitudes critiques face à l’argent sans visage, face aux banquiers sans frontières, face aux ultra-riches, face aux kleptocrates et ploutocrates, elle ravive le complotisme. La monétisation de tout et l’extension du règne de la marchandise produit la haine de l’argent qui pourtant n’en peut mais car ce n’est qu’un moyen, et encore plus celle de ceux qui semblent le détenir en quantité illimité et usent/abusent de son le pouvoir . Allez expliquer aux gens  qui souffrent que ce ne sont pas les autres qui sont responsables, mais le système qui est devenu fou!

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L’échec de la mondialisation globale attise les tensions géopolitiques et les pouvoirs s’en servent pour fabriquer quotidiennement de nouvelles peurs et de nouveaux ennemis. L’échec de l’européanisation, sorte de mondialisation en modèle réduit, fait renaitre les nationalisme, les xénophobies. Les « dominants » européens ne se cachent même plus, dans leur cynisme ignoble, pour le reconnaître, mais ils ajoutent : « oui, mais on ne peut plus revenir en arrière ».

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Et c’est la conviction que nous avons également, le retour en arrière est impossible sauf à accepter des régimes autoritaires pour tenter cette transition à rebours, cette transition vers la régression encore plus accélérée. En tant que combattant pour la liberté individuelle, il est évident que ce n’est pas la voie que nous envisageons. Certes on peut faire un bout de chemin avec ce que l’on appelle « les souverainistes », mais nos chemins se séparent forcément là ou les événements nous mettent devant le choix de tout bloquer, de tout contrôler, de tout diriger. Il n’y a sur l’échiquier politique aucune formation qui envisage ou propose le retour à la souveraineté nationale autrement qu’en passant par le dirigisme. Certes il y a des nuances, mais comme la période de transition vers le retour en arrière est forcément une période de crise, alors le caractère exceptionnel impose et justifie le dirigisme, le « re-constructivisme ». Et quand les constructivistes tiennent le pouvoir, ils ne le lâchent pas facilement, toutes leurs erreurs sont prétexte à renforcer leur emprise ! Et donc tout donne à penser que si on y rentre, on n’en ressortira pas.

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Il y a une autre raison pour justifier « une construction » européenne, nous disons bien « une construction «  et non «  la » construction en cours, c’est l’évolution globale avec la constitution de blocs puissants. Aucun pays européens, même pas l’Allemagne n’a la taille, le poids suffisant pour se faire entendre dans le concert mondial. C’est un choix politique, puisque en grande partie géopolitique et stratégique. On est loin des idioties qui prétendaient construire une Europe des marchands, des marchés ou pire des banquiers, et des fonctionnaires.  L’Europe dont nous parlons est un ensemble éminemment politique. Un ensemble politique souverain face aux grands blocs et légitimé par le retour à la souveraineté populaire.

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Sous sa forme actuelle , l’Europe va dans le mur. C’est une impasse et continuer dans cette voie coûte de plus en plus cher pour des bénéfices de plus en plus réduits. L’Europe est en train de se dés-adapter au monde alors qu’il est en mutation et que cette mutation est en train de s’accélérer, Que va-t-elle devenir si la mer des liquidités en provenance des Etats-Unis descend de niveau , si la hausse des taux, si la raréfaction de l’argent facile provoquée par le retournement du cycle du crédit donne à nouveau à voir la dé-convergence ? Le plan B » des réformes, après l ‘échec de l’austérité , est une tarte à la crème, pire, un mythe. Les réformes en cours ne sont que cosmétiques, marginales on ne touche à rien d ‘essentiel. Elles n’ont pour fonction que de faire prendre patience aux Allemands. Et surtout à Schauble.

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Tout ce qui est fait en ce moment est frappé du coin du court-termisme. Le court-termisme est rendu possible par le « gel» que permet la politique de la BCE. Celle ci ne sera pas éternelle.  Sur le fond rien ne s’arrange, mais on fige les problèmes en attendant. En attendant quoi?
La question centrale, celle de la non convergence et celle subsidiaire des transferts est mise de coté , or on sait qu’elles sont essentielles. On ne voit pas l’Allemagne accepter de payer de façon visible et claire pour les autres pays, on ne voit pas poindre de réindustrialisation ailleurs, on ne voit aucun facteur d’accélération de la croissance. Pire, on tue les velléités de croissance en favorisant les usuriers et en clamant qu’il faut s’attendre à une croissance faible pendant longtemps. Sans compter l’influence négative de la nouvelle idéologie malthusienne à la mode, l’écologisme. L’écologisme qui autorise en pratique tous les gaspillages au nom des mythes verts alternatifs.

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La question de l’euro est au centre  de l’attitude politique que l’on peut élaborer face à cette situation et personne n’ose la poser, on préfère le flou qui trompe et entretient l’impuissance.

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On ne peut réclamer la sortie de l’euro car les peuples n’en veulent pas, l’euro est populaire même si c’est l’agresseur de nos sociétés, même si il est le criminel en exercice. L’euro est devenu sacré , c’est une religion. Les gens  voient ses bénéfices simplets comme la disparition des changes et des conversions, ils les touchent du doigt mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que c’est lui qui est la cause de leurs malheurs et de celui de leurs enfants. Les « plus » sont visibles, les « moins » ne le sont pas et ils sont profonds, enfouis. Les formations politiques et les groupes d’opinion qui sont contre l’euro et demandent que l’on en sorte sont perdants d’ avance.

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Et il en va de même de la sortie de l’UE, il n’y a pas de majorité politique pour aller dans cette direction, les gens  ont peur et cette peur est mobilisable par / et au profit des européistes. La sortie douce, négociée, est impossible. Même si les traités le permettaient, le pays qui s’y engagerait serait obligé de mettre en place des mesures autoritaires, coercitives, non démocratiques afin d’y parvenir – type Article 16 en France-   et ces mesures n’auraient aucun soutien populaire. On a vu la stratégie scélérate de la BCE lorsque les Grecs ont fait mine d’aller se faire voir ailleurs, Draghi et les eurocrates ont provoqué un « run », des sorties de capitaux d’ampleur et de durée telles que Tsipras s’est mis à genoux.

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Si on ne se résout pas à une sortie catastrophe, si on ne croit pas à la sortie négociée, il ne reste que la sortie pseudo-démocratique.  Notre sentiment est que cette voie est la seule praticable et qu’en même temps elle est quasi imparable à la fois par les élites et les Allemands et les fonctionnaires de Bruxelles.

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La voie consiste en deux volets  qui se désignent par la même expression : la radicalisation du bien

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1- se battre pour plus démocratie, ce qui est noble et va  dans le sens  de la bien-pensance , je nommerai   cette voie , celle de la radicalisation de la démocratie, c’est à dire le combat pour le retour à plus de souveraineté populaire. Les alliances dans cette direction peuvent être très larges car le but est systémiquement unifiant, fédérateur.

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2- se battre pour plus d’euro. Eh oui il faut pratiquer le judo, c’est à dire utiliser la force, la masse de l’adversaire. Si le combat contre l’euro est impopulaire, celui pour l’euro, pour plus d’euro est populaire, et lui aussi, il est unifiant, fédérateur. C’est là également une forme de radicalisation.  Il faut aller au fond des choses, à leur terme existentiel, il  faut faire valoir que l’impasse actuelle peut être dépassée, à condition de remédier aux vices originels  de l’euro, que c’est possible.  Il faut lister ces vices, faire campagne, montrer du doigt, l’expliquer et le réclamer. Pas d’idéologie, complexe et fumeuse, non!   Aller à l’essentiel qui est qu’une monnaie commune ne peut vivre sans un volet fiscal commun et qu’un volet fiscal commun suppose le retour à la vraie souveraineté directe des peuples. « On veut que notre euro vive et pour cela on veut qu’il soit fait ce qui doit être fait » . C’est un beau thème, positif , il ne fait pas peur, il est enthousiasmant et il   prend le problème par le bon bout: celui de la politique.

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La conséquence de la démarche exposée ci dessus est évidente, elle consiste à reposer les problèmes techniques en termes politiques et à réclamer qu’ils soient résolus, dans toute l’Europe,  démocratiquement et non pas administrativement.

Au passage, l’Allemagne  sera mise en minorité! Et les fonctionnaires mis à la porte.
Merkel veut plus de « politique » et réformer les Traités, chiche ! Donnons lui satisfaction! Mais débordons la !

Une réflexion sur “Que faire pour lutter contre les européistes? Souveraineté populaire, souverainisme européen

  1. Pour reprendre le titre: comment lutter contre les européistes?
    Pas par des moyens classiques.

    L’Europe est une nouvelle religion, le Saint-Esprit en personne,
    L’Euro l’hostie dispensée aux fidèles par la caste des prêtres politico-
    -banquiers. Tout individu ou parti dénonçant cette croyance, à la
    nocivité avérée mais survivant à tous ses résultats, est excommunié
    par les média (Asselineau, Dupont-Aignant, et d’autres). Premier
    déni de démocratie.

    Le résultat est un blocage électoral. Osons-nous dire que la démocratie
    n’est pas obligatoirement parlementaire? Et pas nécessairement
    bornée aux frontières nationales ?

    Est-il si certain que la sortie du système fasse si peur dans le pays?
    N’est-ce pas surtout la crainte de l’isolement? Le sort de la Grèce
    a été une désolation. Mais le Portugal, l’Espagne, l’Italie se rebellent.
    Le sud ne supporte plus Bruxelles, une opportunité se précise de
    ce côté. Chevènement n’avait pas tort de regarder par là.

    Je pense que pas mal de gens savent que le système est fou, mais il
    ne faut pas l’hypostasier en monstre invincible. Rien à attendre des
    politiciens en place, chaque élection le prouve. C’est un mouvement
    populaire pluri-national qui peut enclencher la démolition de notre
    prison à la Piranèse.

    Ses tâches? L’abolition de la Commission de Bruxelles (si une occasion
    se présente, par une marche sur cette ville, vous imaginez l’effet…),
    la mise de l’Allemagne devant ses responsabilités, la suite selon
    la réponse….

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