Notre opinion sur les marchés

Les marchés mondiaux restent mauvais. Nous sommes dans une phase de risk-off évidente. Les indices reviennent sur des seuils très critiques, le flux des nouvelles est négatif, les « narratives » sont de plus en plus baissières.

Une chose nous frappe, c’est le fait que les responsables de la conduite des afafires des grands pays developpés ne se  mettent pas en travers du mouvement. Vous remarquerez l’absence  de déclarations, l’absence de pilotage. Et c’est le point le plus important car les marchés sont non seulement surveillés, mais contrôlés.

Si il ne se dit rien, c’est que « qui ne dit mot consent ». Comme nous sommes cyniques, nous ne pouvons nous empêcher de penser que nous avons eu raison dans notre exposé schématique des manoeuvres des responsables de la conduite des affaires et plus précisément dans notre exposé de ce que nous appelons le Grand Transfert.

La » solution » à la crise , à la GFC consiste à la faire payer par le public, par les citoyens. Pour cela il faut que l’argent aille des poches des citoyens lambdas  vers celles des banques, des gouvernements et des très grandes entreprises financiarisées. C’est ce que l’on a fait en mettant les taux a zéro et en supprimant les rémunérations des placements sans risque comme les livrets, les placements de trésorerie etc ;   cela a obligé le public à acheter des titres émis par les banques, par  les très grandes entreprises  et les gouvernements surendettés.  Titres côtés sur les marchés et donc dévalorisables. A la faveur des taux zéro on a canalisé, drainé l’argent des particuliers. Les émetteurs ont pu récolter cet argent quasi gratuitement et dans des proportions jamais vues dans l’histoire. Les émissions ont battu tous les records à la fois de taux bas et de volumes. Une fois cet argent collecté, il n’y a plus qu’à tirer le tapis, à monter les taux pour faire baisser la valeur des titres détenus par les particuliers! Et ainsi faire baisser la valeur de la dette due par les émetteurs. On a ainsi tondu les gogos et quand on le voudra, on pourra racheter cette dette à vil prix. L’opération peut être recommencée plusieurs fois car le public n’a aucune mémoire et ses « conseillers » sont sans scrupules.

Pour revenir à des considérations plus orthodoxes,  nous émettons quatre  hypothèses:

1- la situation boursière et financière a échappé au contrôle des Maîtres

2-au contraire, tout est contrôlé et la déflation du prix des actifs est bienvenue

3-nous sommes dans une phase de concertation internationale qui a pour objectif d’élaborer une réponse qui va au delà des marchés et qui adresse la situation globale

4-les autorités, selon une attitude éprouvée, laissent décanter les dernières mesures telles que la hausse des taux de la Fed de Décembre et attendent de pouvoir en apprécier l’incidence

Notre interprétation personnelle est un peu un « mix » complexe: les autorités ont commis des erreurs, la hausse des taux a été faite à contretemps, surtout, elles ont besoin de reconstituer des marges de manoeuvres alors que la conjoncture américaine est incertaine. Elles ne veulent pas intervenir avant d’être sures que les marchés ont commis des excès à la baisse et qu’elles bénéficier d’une situation technique favorable. 

L’incertitude économique américaine

Les indicateurs économiques américains ne sont pas au beau fixe. Nous ne cessons de le répéter, ils sont erratiques, volatils et les précurseurs sont inquiétants.
En revanche les indicateurs « retard », les » lagging » comme l’emploi sont très forts. Les chiffres qui ont été publiés il y a quelque jours ont été tellement forts, qu’ils ont choqués les observateurs. A notre sens  ils donnent une idée fausse de l’état réel de l’économie.
Les chiffres de l’emploi induisent en erreur car ce sont des chiffres politiques d’une part et des chiffres techniquement douteux d’autre part. Nous n’allons pas reprendre les discussions qui ont déjà été rabachées, tout le monde maintenant est au courant de la question de la faible participation à la force de travail, tout le monde connait la dérive vers les petits boulots, tout le monde connaît l’incidence néfaste d’Obamacare sur les durées du travail etc. On sait un peu moins l’incidence des multi-emplois, du temps partiel et des emplois précaires.
Ici pour le dernier mois connu il y a autre chose: c’est ‘incidence de la correction pour variations saisonnières. En réalité il n’y a , si on  ose appeler cela la réalité, que 11 000 jobs  créés, tout le reste, les 270 000 autres qui composent le chiffre qui a époustouflé les marchés est …de la correction pour variations saisonnières.
On rajoute des jobs aux emplois recensés pour tenir compte du fait que c’est l’hiver. Mais que se passe -t-il quand il n’y a pas concrètement d’hiver, quand il fait chaud, quand les températures restent modérées et que la construction par exemple ne ralentit pas? Eh bien on corrige quand même on rajoute des jobs! On rajoute des emplois qui en fait n’ont pas été supprimés parce que dans le passé, c’était ainsi! Ce n’est qu’un exemple , mais il a été déterminant le mois dernier: on a corrigé les chiffres en rajoutant des jobs qui traditionnellement sont supprimés par le mauvais temps, alors qu’il n’y a pas eu de mauvais temps.
Tout cela n’a pas beaucoup joué sur la tendance des marchés, car en ce moment les règles du jeu, les déterminants apparents du jeu financier ce sont d’abord le pétrole et ensuite la Chine. Et tout est  liés car il y a corrélation entre les marchés financiers,  le  sentiment sur le pétrole et le flux des nouvelles en provenance de Chine. Ainsi les places européennes se sont enthousiasmées lors des promesses de stabilisation du yuan, puis lors de la publication d’un solde extérieur de décembre moins mauvais que prévu en Chine.

Mais pour ceux qui regardent un peu plus loin que les titres des nouvelles quotidiennes, la question  de la conjoncture américaine et celle de l’évolution des cours de Bourse de New York sont très importantes.
La combinaison de l’évolution des indicateurs économiques américains et de l’évolution de la Bourse est un excellent outil de prévision des récessions. L’évolution boursière seule prédit plus de récessions qu’il n’y en a en réalité, elle en prédit trop, mais si on complète et que l’on combine les indicateurs d’activité régionaux avec les indicateurs boursiers, on arrive, à obtenir une très bonne corrélation :  la combinaison des deux permet de prédire les récessions. Or il se trouve que présentement, cet outil flashe orange et l’orange devient de plus en plus rouge. Les chances ou risques de récession ont maintenant dépassé les 50%, sur ces bases, nous insistons.
Ceci nous conduit à résumer notre position face aux marchés:
-Les actions  sont surévaluées sur les bases historiques aussi bien en Shiller , qu’en coefficient Tobin ou en analyse financière pure traditionnelle sérieuse Graham and Dodd.
-Les marchés n’ont absolument pas pris en compte le risque d ‘une récession
-Le niveau des taux à 10 ans qui est le paramètre de la fameuse équation de la Fed n’a pas bougé, il reste un peu au dessus de 2%, donc il accomplit sa fonction qui est d’induire en erreur la masse des investisseurs, il leur donne l’illusion que rien n’a changé depuis le Taper et la hausse des taux des Fed Funds. L’équation de la Fed est purement idéologique, elle traduit la volonté de la Reserve fédérale de conserver la main sur les marchés, elle n’a d’ailleurs aucune valeur historique de long terme,
-Les bénéfices et les marges bénéficiaires sont sous pression , les résultats sont de qualité de plus en plus mauvaise et « truandés » et la performance tient beaucoup aux triturations comptables et aux opérations d’ingénierie comme les buy-backs
-La liquidité globale se restreint très fortement, l’épargne excédentaire mondiale au sens de Bernanke est en chute , mais ceci ne touche pas encore les pays développés car les capitaux qui fuient les émergents trouvent refuge chez les pays développés.
-L’appétit pour le risque, c’est à dire pour le jeu continue de se réduire comme il le fait depuis … 2103; les gros continuent de « distribuer », de disséminer le risque. La tenue des marchés est de plus en plus marquée par les divergences. En 2015, si on regarde les 490 valeurs du SP 500 le marché était en baisse, il ne performe un tout petit peu que grâce aux 10 valeurs vedettes.
-La création de crédit ralentit à nouveau partout.
-Le doute est maintenant largement instillé sur l’efficacité des politiques monétaires non conventionnelles que l’on a pratiquées
-Les autorités utilisent de plus en plus les mesures macro-prudentielles, les contrôles, les interventions pour fausser le jeu des marchés et pour empêcher qu’ils n’anticipent négativement et ne créent des comportements moutonniers, on le voit clairement en Chine, mais ceci se fait ailleurs, moins « caricaturellement ». En fait on essaie de dompter la bête et de paralyser le jeu des anticipations/ amplifications. C’est ce qui explique que les hedge funds n’arrivent plus à performer. On empêche le consensus baissier de se développer.
Notre opinion: Tout est possible.   Il faut être très fort, avoir une conviction à toute épreuve  et les nerfs solides pour participer à ces marchés, ils ne sont pas fait pour les acheteurs ou les vendeurs à coeur de lièvre.

En prime   une bonne synthèse Reuters

« De nombreux responsables monétaires de la zone euro ont des doutes sur la nécessité de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire à court terme, montrent des discussions avec cinq d’entre eux, en dépit de la dégradation des anticipations d’inflation et des fortes attentes des investisseurs.

Si peu de changements sont attendus à l’occasion de la réunion du conseil des gouverneurs de la semaine prochaine, le véritable test devrait intervenir le 10 mars lorsque la Banque centrale européenne (BCE) dévoilera ses prévisions de croissance et d’inflation pour 2018 pour la première fois.

Même si elles ne montrent pas d’amélioration, certains des banquiers centraux avec lesquels Reuters s’est entretenu ont dit que la BCE ne devrait pas réagir immédiatement.

« Nous espérons tous (…) que ce que nous avons fait est suffisant », a dit un des membres indécis du conseil des gouverneurs. « Au vu de la volatilité des prix du pétrole, même si la prévision (d’inflation) pour 2018 est inférieure à l’objectif, il n’est pas nécessaire que nous agissions. »

« La BCE a fait ce qu’il fallait, a donné de l’air avec des mesures accommodantes exceptionnelles. C’est maintenant à d’autres de faire leur travail avec la politique budgétaire, les investissements en infrastructures, les réformes structurelles », a ajouté ce gouverneur d’une banque centrale de la zone euro, qui a requis l’anonymat.

RENDEZ-VOUS EN MARS

Le président de la BCE, Mario Draghi, a déçu les attentes des marchés en décembre en annonçant des mesures moins ambitieuses qu’attendu, ce qui a relancé les anticipations de nouvelles initiatives dès le mois de mars, à l’occasion de la publication des nouvelles prévisions économiques.

La chute de 20% des prix du pétrole depuis la réunion du mois de décembre suffirait à elle-seule à plomber les prévisions d’inflation de la BCE, sans compter la Chine, qui accentue l’incertitude.

Les responsables monétaires avec lesquels Reuters s’est entretenu restent prudents au sujet de nouvelles mesures d’assouplissement dans les prochains mois, même si cela doit les conduire à fermer les yeux sur les conséquences de la chute des cours du pétrole et sur le fait que l’inflation est inférieure à l’objectif de la BCE depuis maintenant trois ans.

Si certains d’entre eux reconnaissent qu’il faudra agir à un certain moment, ils sont soucieux de ne pas susciter trop d’attentes sur les marchés pour ne pas renouveler la déception du mois dernier.

« Je pense qu’il est clair que de nouvelles mesures devront être prises. Mais cela dépendra de l’impact des mesures qui ont déjà été prises et cela n’interviendra pas très rapidement », a dit un responsable monétaire.

En décembre, la BCE a abaissé son taux de dépôts un peu plus encore en territoire négatif et a prolongé d’au moins six mois son programme d’achats de titres sur les marchés.

Son vice-président Vitor Constancio, qui avait jusqu’à présent soutenu les mesures d’assouplissement, a dit récemment qu’il préférerait que la politique monétaire ne change pas dans un avenir proche.

La croissance économique s’améliore, la distribution de crédit et l’emploi se redressent mais les anticipations d’inflation ont rechuté, accentuant le dilemme de la banque centrale.

Vitas Vasiliauskas, le gouverneur de la banque centrale de Lituanie, a souligné que les bas prix du pétrole avaient aussi des avantages, plaidant pour que la BCE se focalise sur l’inflation sous-jacente, hors éléments volatils comme les prix de l’énergie et de l’alimentation.

Des propos qui peuvent être considérés comme un appel au statu quo, l’inflation sous-jacente évoluant plus favorablement.

« Les bas prix du pétrole soutiennent l’économie réelle », a-t-il dit. « Je pense que la politique monétaire devrait plutôt se concentrer sur l’inflation sous-jacente. »

La BCE a en partie ignoré la volatilité des prix du pétrole dans le passé, faisant valoir que la politique monétaire ne pouvait pas contrer un tel choc. La chute des prix du pétrole est toutefois des plus en plus intégrée dans les anticipations d’inflation à long terme.

L’inflation à cinq ans dans cinq ans, l’une des principales mesures des anticipations d’inflation à long terme, a fortement chuté depuis début décembre, tombant à 1,62%.

Si la baisse devait se poursuivre, la confiance dans la capacité de la BCE et de son président Mario Draghi à ramener la hausse des prix vers l’objectif pourrait être sérieusement écornée, accroissant la pression en faveur de mesures encore plus radicales. »

 

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