L’inconnue de la politique monétaire américaine, oseront ils faire éclater la bulle, oseront ils vous ruiner?

La politique monétaire américaine est l’inconnue majeure de 2016. Les marchés, en baisse sensible, espèrent que le “put” de la Reserve fédérale jouera. Ce n’est pas garanti, et c’est l’objet de débats secrets qui se déroulent en coulisse.

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Écoutons Martin Feldstein le 27 Janvier sur Marketwatch: “ les taux super bas ont poussé à prendre des risques qui peuvent causer des problèmes à l’avenir. Le marché financier a été poussé à un point ou les price-earning ratios sont 30% au dessus des normes historiques et on s’en aperçoit dans la chute actuelle du prix des actions et dans la forte baisse de la dette risquée, le high yield” . Question : est-ce que vous voulez aller plus loin et resserer plus? Feldstein: “je veux que le FOMC fasse ce qu’il a annoncé en décembre, qu’il monte les taux de 100 points de base en 2016 et qu’il continue à monter plus en 2017. Et même après cela, les conditions financières seront encore très accomodantes. Question: est-ce que les conditions financières ne vont pas se resserrer et le marché boursier chuter? Feldstein: oui, c’est vrai le marché peut chuter, mais comme il est très surévalué, on ne doit pas être surpris si à un certain point il revient (revert) à des niveaux normaux. “

La politique monétaire, poursuivre la hausse des taux ou revenir en arrière, c’est un débat discret, souterrain, vous n’en entendrez pas parler. Il ne voit pas le jour… sauf maladresse. Pourtant, ce débat est central, c’est de la politique monétaire que décidera la Fed que dépendra la physionomie de l’année 2016. Aussi bien au plan économique qu’au plan financier et pas seulement pour les Etats-Unis eux mêmes, mais également pour les autres participants au système mondial. Nous sommes à la charnière du processus qui a permis de contenir la Grande Crise Financière et la Grande Récession de 2008/2009.

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Nous avons expliqué en long, en large et en travers, que la manoeuvre depuis 2008 s’analysait comme un gigantesque transfert de ressources. Les uns manquent d’argent car ils ont trop de dettes, les autres ont accumulé du cash et des réserves. La solution cynique s’impose donc: il faut prendre dans la poche des uns pour mettre dans la poche des autres.

Les uns ce sont les endettés, les banques, le shadow banking, les gouvernements  et les autres, eh bien c’est .. vous, vos caisses de retraites, vos assurances . La hausse des marchés financiers et la baisse des taux depuis 2008, étaient un entonnoir pour aspirer votre argent, pour réaliser le Grand Transfert. Depuis 2009, vous avez souscrit des montant records d’obligations corporate, de fonds d’état et de titres des banques, qui ne rapportent quasi rien. Vous avez acheté des titres à risque, et des titres de plus en plus pourris. Du High Yield, des Junks et des emprunts plus ou moins exotiques. De qualité de plus en plus douteuse, émis par des émetteurs de plus en plus fragiles. L’argent, est passé de votre poche dans les leurs, ils l’ont récolté. Ils l’ont maintenant pour longtemps. Et cela ne leur coûte presque rien. Et ils ne l’ont pas payé cher, une bouchée de pain puisque les taux étaient nuls! Les commentaires de la presse portent quasi en exclusivité sur les marchés d’actions. En fait les marchés d’actions ne sont pas l’élément le plus important du processus de transfert mis en place en 2008/2009, l’élément le plus important, c’est le marché obligataire. A la fois en montants et leverage. L’obligataire mondial représente plus de 100 trillions!


 

Les emprunts à haut risque ont déja cassé , ils sont en tendance baissière. Vous noterez que la première cassure a été au printemps 2013 lorsque l’on a eu les premières rumeurs de taper

 

Maintenant que l’opération est terminée et que l’on peut difficiellement aller plus loin, il faut gérer ce transfert. Et là on se trouve devant un choix, c’est ce choix que nous appelons la charnière du processus mis en place en 2008/2009. Si on laissait monter les taux d’intérêt, la destruction de tout ce qui a été souscrit au cours des 7 dernières années se ferait mécaniquement; une dette qui coûte/rapporte 0,5% et qui a été émise à 100, ne vaut pour ainsi dire plus rien sur les marchés si les taux montent à 5%! Les émetteurs n’ont plus qu’à la ramasser pour une bouchée de pain et empocher ce que vous avez perdu. Soutenir les marchés comme essaient de le faire la Fed, la BOJ, la BCE c’est essayer de soutenir la valeur de tout ce papier qui a été émis lorsque les taux étaient quasi nuls, c’est empêcher leur dévalorisation.

Pour que le mouvement de transfert soit finalisé, complet, il faut que les émetteurs, les banques, les corporate, les gouvernements qui ont raflé l’argent à la montée et ainsi augmenté leur dette, puisse euthanasier cette dette, c’est à dire qu’il faut que les marchés puissent accomplir leur oeuvre. La fonction objective des marchés dans la financiarisation, est de rendre le fixe variable, d’avilir les contrats. Le nettoyage, la destruction des promesses si on veut être clair. Si on cesse soutenir les marchés, si on laisse les taux remonter, si on cesse de créer des liquidités, le processus de destruction peut aller à son terme; ceux qui ont raflé l’argent dans la phase de baisse des taux voient leurs dettes s’alléger dans la phase de hausse. Ce que nous avons en  son temps décrit et appelé le processus de « coup d’accordéon » ou encore le processus de « régulation par les bulles ». Vous stimulez les affaires par une vague d’ultra-laxisme monétaire, une bulle se forme dans un secteur donné qui en est le receptacle, cela tire l’économie, puis quand on est au « top », vous percez la bulle, tout ce qui est excédentaire, exagéré est détruit comme le Nasdaq en 2000, l’hypothécaire en 2007, les commodities et le pétrole en 2014/15 etc, toute la pourriture se résorbe et vous n’avez plus qu’à « nettoyer » comme le disait Greenspan, et à reinjecter de l’argent qui s’en va ailleurs, former une nouvelle bulle comme on l’a fait depuis 2007 avec la bulle des emprunts d ‘état et du corporate qui ont été soufflées. C’est cela la modernité. La gestion par la formation/destruction de bulles successives.


 

Les emprunts des émergents, sont en train de casser eux aussi . Le krach de 2013 est encore plus net.

La question centrale est celle ci: la bulle est en train d’éclater, elle le fait d’abord là ou elle est la plus fragile, c’est à dire du coté des périphériques, est ce qu’on enraie le phénomène ou bien est ce que l’on attend pour faire comme d’habitude? Là est l’alternative: soit laisser crever la bulle, soit essayer de la pousser plus loin. Est ce que l’on soutient les marchés ou bien on qu’on les laisse accomplir leur fonction de destruction? Est ce que l’on va plus loin dans  le Grand Transfert, par exemple est ce que l’on passe aux taux négatifs aux prélèvements sur le cash pour faire venir encore plus d’argent en Bourse, pour ratisser encore plus, ou bien est ce que l’on tente d’assainir maintenant? En fait c’est tout le débat, tout l’enjeu de 2016. Cet enjeu se formule en termes politiquement corrects, c’est à dire tronqués: est ce que l’on fait bien les quatre hausses de taux que l’on annoncées au Smart Money?

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Martin Feldstein, est partisan de l’école rigoureuse, il sait que la fonction de destruction est aussi importante que la fonction de transfert, il  veut que le job soit mené à son terme, il défend l’idée que les autorités doivent laisser la bulle, les bulles éclater et continuer de laisser monter les taux. Il est cohérent. Le processus pour être efficace doit être mené à son terme, il faut cyniquement accepter l’éclatement d’une myriade de bulles, pour remettre les compteurs à zéro, pour pouvoir, comme on a  appris à le faire, nettoyer et relancer.

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D’autres pensent que l’on doit aller plus loin, voire accélérer le Grand Transfert, quitte à passer aux taux négatifs et à la prédation sur le cash et risquer la destabilisation du Système. On verra, à suivre.

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Notre pari est que l’on n’osera pas laisser éclater car les Etats -Unis sont en guerre et en période électorale. Mais ce n’est qu’un pari, pas une déduction logique de l’analyse de la situation.

 

2 réflexions sur “L’inconnue de la politique monétaire américaine, oseront ils faire éclater la bulle, oseront ils vous ruiner?

  1. A reblogué ceci sur Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses financeset a ajouté:
    LE GRAND TROU NOIR DE LA SPIRALE INFERNALE
    jeudi, 28.01.2016
    LA DERNIÈRE PHASE DE LA GRANDE CRISE FINANCIÈRE SERA LA DESTRUCTION DE LA GRANDE BULLE DES OBLIGATIONS SOUVERAINES QUI SIGNERA LA FIN DU RÉGIME MONÉTAIRE.
    Bruno Bertez

    Vous savez que nous soutenons être dans la phase trois de la la Grande crise financière. Attention car il y aura d’autres phases. En premier, il y a eu les subprimes américains. Puis la dette subprime des périphériques européens. La phase actuelle est celle des émergents et de la Chine, inflatée par les QE et politiques non conventionnelles. Ces crises ont une origine commune: les taux d’intérêt offerts étant trop bas, les capitaux se sont fait concurrence pour obtenir un rendement suffisant. Les risques ont augmenté et on a accepté de prêter aux débiteurs douteux. Les taux d’intérêt étant trop bas face à des liquidités excédentaires, ils provoquent ce qu’on appelle une search for yield qui conduit à accepter des produits plus douteux; en termes professionnels on dit que le risque n’est pas à son prix. Cette search for yield produit ce que l’on désigne sous le nom de «bulle de prix des actifs».

    Nous sommes dans la phase de destruction de la bulle qui a été soufflée par les politiques non conventionnelles irresponsables. Le déclencheur de la destruction a été la perspective d’une normalisation de la politique monétaire US, le Taper et les anticipations de hausse des taux. Cela renchérit le dollar, le rend plus rare, produit du deleveraging, fait chuter les commodities, destabilise les économies périphériques dont la Chine. La chute du pétrole est considérée comme la cause des perturbations actuelles, mais c’est une conséquence car la cause première de tout c’est le dollar. Les conditions se resserrent ou s’assouplissent d’après lui. Le dollar est le chef d’orchestre du ron-roff, de l’alternance risk-on/risk-off.

    La destruction a commencé en 2013 avec le High Yield des émergents, puis leurs devises, leurs dettes, les commodities, elle prend un tour aigu avec la chute du pétrole. L’effondrement de 70% du pétrole provoque des chocs financiers et des chocs dans les économies réelles. Ce qui obligera à un round de politique non conventionnelle, type sauve qui peut. Le round ne peut être qu’américain, on verra pourquoi ci dessous.

    Les politiques non-conventionnelles de l’Asie et l’Europe ne marchent pas, c’est peut être le plus inquiétant car cette inefficacité est certainement le signe que les autorités ne comprennent rien au système, ils commettent une erreur de plus. Le constat que personne ne peut contester est que la liquidité globale disparait à grande vitesse. Tout le monde s’en plaint y compris les plus grandes institutions. La liquidité qui disparait, signifie: si on veut vendre, on ne peut plus! Or si on veut bien se souvenir que la Chine a perdu près de un trillion en 2015 par le biais des sorties de capitaux et que la banque centrale tente de courir derrière le phénomène en injectant des liquidités historiques, colossales, sans succès, alors on est en droit de s’interroger: où est cet argent? Il n’est plus en Chine ni dans les pays developpés, il ne va pas sur les marchés! Ou est-il?

    L’euro dollar qui est la base du système se contracte. Le pool se réduit. Aucun afflux nulle part! L’argent disparait comme pris dans un gigantesque trou noir. On avait déjà vu cela en mars 2015 puis on l’a revu en août. On l’observe à nouveau. Personne n’offre de réponse ou d’explication crédibles. Nous en avons une: l’argent ne circule pas, il ne va pas dans un lieu inconnu, il va au paradis de l’argent mort, il est détruit purement et simplement! Le système de la monnaie que nous connaissons, ce système qui a jailli de nulle part, qui n’est que «liabilities en chaîne entre les banques», simple digits dans les bilans, cette monnaie repart d’ou elle vient: nulle part. La déflation de ces derniers mois, c’est le trou noir dans lequel s’engouffre la masse monétaire globale. La déflation c’est cette destruction de la monnaie et du crédit en cours.

    Les apprentis sorciers ont cru avoir compris et sont face à un phénomène inconnu des cours des Fischer et Bernanke. Nous sommes dans une faille de la théorie de la monnaie, qui n’en est pas vraiment une. Comme l’avait avoué Greenspan dans un moment de lucidité, on ne sait plus ce qu’est la monnaie tellement on a innové et elle a muté. Les théories traditionnelles ne valent plus rien. La monnaie c’est du vif-argent. Elle ne se décrète pas mais résulte du crédit. Contrairement à ce que pensent les Bernanke et épigones: la printing press est un mythe.

    Les initiatives de Draghi n’ont pas résisté à la réflexion. Il partage les mêmes théories et l’absence de recul. Il ne comprend pas que le monde n’est pas symétrique, ce qui marche pour le dollar ne marche pas pour l’euro. Ce qui aurait du le faire réfléchir est que son QE a fait baisser les bourses et surtout les banques! Au lieu de produire un effet de richesse, le QE européen a secrété de la pauvreté. Pourquoi? La réponse est évidente, il suffit de ne pas avoir d’oeillères. Ce QE rend l’euro surabondant, il baisse et en symétrie le dollar monte. Si la devise monte tous les prix déflatent, les commodities baissent, tous les agents économiques qui sont endettés en dollars s’appauvrissent, ils souffrent, puisque tout se passe comme si ils étaient vendeurs à découvert de dollars, donc ils prennent peur. Le deleveraging amplifie. La création de crédit flêchit quand le dollar monte, quand il renchérit. Cela veut dire que les conditions financières se resserrent. Cela veut dire que le monde se met risk-off.

    La dernière phase qui signera la fin du régime monétaire, sera la destruction de la plus grande bulle de tous les temps: celle des obligations souveraines. Elle a permis de masquer les problèmes et signera la fin de cette période, la fin de la Grande Expérience.

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