La crise est un tout. L’enjeu est la survie, le risque est le déclassement et la perte d’identité. Texte remanié.

Editorial Bruno Bertez du 5 mars 2016

Titre : La crise est un tout. L’enjeu est la survie, le risque est le déclassement et la perte d’identité

Nos systèmes sont en crise, personne ne le nie. C’est la donnée historique majeure, celle qui détermine tout. Cette crise est une crise de reproduction: nous avons buté sur les limites de l’ordre ancien. Celui-ci a des limites internes et externes, et, au fil du temps, les marges de manœuvres, les souplesses de gestion, les amortisseurs se sont usés.

L’amortisseur central était constitué par la création de crédit. Grâce à lui, il était possible de résoudre la quadrature du cercle, c’est à dire de distribuer du pouvoir d’achat sans augmenter les revenus salariaux autant qu’il eut fallu le faire pour absorber toutes les productions.
La crise est un jugement d’impossible: on ne peut à la fois distribuer autant de salaires qu’il en faudrait et maintenir la rentabilité, le taux de profit du capital. Ce jugement d’impossible s’impose dans le Réel, la »solution » est donc un pseudo dépassement dans un autre registre, celui de l’imaginaire. Mais pas n’importe lequel, celui qui est imposé par les Maîtres. Cet imaginaire prend la forme d’une idéologie que l’on nous fait passer pour capitaliste ou même libérale sous sa forme néo! C’est une mystification qui permet de faire prendre les vessies pour les lanternes et égare la pensée tout en condamnant les référents. On met sur cette idéologie totalitaire le nom de néo-libéralisme afin de déconsiderer le libéralisme lui même et les instruments intellectuels et les références qui permettrait de critiquer ce néo pervers.

Ce néo libéralisme qui n’a rien à voir avec le libéralisme, mais tout à voir avec le dirigisme, le socialisme, le constructivisme repose sur les affirmation suivantes:

-il n’y a pas de frein à l’accumulation du capital

-il n’y a pas de frein à l’empilement des endettements

-la destruction des syndicats est un progrès

-la négation de l’existence de classes sociales ou leur disparition est un progrès

-la destruction des authentiques représentations politiques au profit d’une élite omnisciente est un progrès, elle est inélucable

-le pillage de l’état est un bien, il est la norme , tout comme la confiscation des biens communs

-La prise de controle des Banques Centrales et de la monnaie par le grand capital internationalisé bancaire est souhaitable pour des raisons « d’indépendance » et de complexité de cette matière

-Le monde doit détruire les espèces humaines, la diversité authentique doit disparaitre, remplacée par les signes de la diversité marchande.  L’universalisation et l’abstraction sont inéluctables. L’avenir de l’homme est hors sol, le remplacisme et l’immigration sont des atouts économiques grace au bienfait des nivellements et de la standardisation.

-les droits de l’homme justifient leur négation et leur  retournement, ils s’arrêtent aux portes de l’exploitation minière du travail et de l’esclavage moderne qui serait civilisateur.

L’idèologie néo-libérale s’instaure en un système concret sous nos yeux avec:

-un excédent structurel de main d’oeuvre et un chômage de masse

-une baisse tendancielle du taux de profit des activités productives cannibalisée par les activités financières

-un developpement de l’activité spéculative fondée sur la recherche d’écarts, d’arbitrages

-l’euthanasie des classes épargnantes devenues inutiles , remplacées par le crédit et la création monéatire

-l’installation dans les surcapacités structurelles

-la montée en  puissance des capacités d’accueil des parkings à chomeurs comme esl Universités, les armées, les prisons, les formations pour adultes, en attendant le revenu universel.

-le changementde nature de la monnaie qui cesse d’être instrument de liberté individuelle pour devenir outil de gestion au service des dominants.

Nous avons insisté sur la nouvelle idéologie car son intégration dans l’analyse est indispensable si on veut comprendre comment s’effectue le pseudo dépassement des contradictions.

Il faut à la fois pourvoir jouer sur les paramètres économiques, financiers, monétaires, mais aussi en même temps sur les paramètres sociaux, sociétaux moraux etc. C’est d’ailleurs l’originalité de notre démarche intellectuelle que de considérer l’ensemble, le tout. Tout ceci  explique que notre période est une période d’accélération du combat entre les « conservateurs » et ceux qui se « disent modernes ». « ILS » ne pourraient rien faire au plan des remèdes économiques, financiers, monétaires si en même temps « ILS » ne portaient pas le combat sur d’autres fronts; afin de faciliter ce qui est central: l’acceptation.

Le système est un tout orienté vers un seul but: sa propre survie. Comment maintenir ce qui reste du taux de profit (du surproduit)  et se l’attribuer, tel est l’enjeu. La réponse, c’est la dette, le miracle de  la dette. La dette, surtout sous sa forme dette d’état permet de transférer le travail des générations futures aux « dominants » actuels. La dette introduit dans le système cette notion d’absence de limites dont nous avons parlé plus haut parce que les Banques Centrales jouent le role de prêteurs de dernier ressort et qu’elles ont le pouvoir d’infinie création monétaire, pouvoir qu’elles ont déja largement utilisé.

Le système a donc dégagé en touche, il a choisi une voie tierce. Il a prolongé sa durée de vie, il a joué les prolongations par le recours au crédit, c’est à dire le recours à un pouvoir d’achat tombé du ciel qui ne pesait pas sur les profits des entreprises. Pour donner un exemple, les déficits budgétaires financés par le crédit/dette, puis par la création monétaire, créent de la demande, produisent donc des revenus, sans peser sur le taux de profit. Du moins sur le court et moyen terme. Ainsi, on a pu continuer plus longtemps. Plus longtemps que quoi? Plus longtemps que l’érosion du taux de profit ne le permettait, plus longtemps que l’insuffisance du pouvoir d’achat « gagné » ne le permettait!

La crise est une crise de reproduction qui se manifeste par ce que l’on appelle une crise de surproduction. Ce que les Maîtres appellent: une insuffisance de la demande globale ou une pression déflationniste sur les prix, afin que vous ne compreniez pas.

La crise de 2008, aboutissement de longues années d’innovations financières dont le but était de retarder la révélation de l’excès de crédit et sa révulsion, cette crise  a marqué le début de la fin du système. Dès lors que la machine à produire du crédit nouveau se grippait, il était évident que nous allions entrer en « déflation » comme ils disent. La déflation, c’est quand il y a trop de biens et de services offerts pour la demande solvable susceptible de les acquérir. Il y a trop d’offre pour le pouvoir d’achat disponible.

La demande mondiale dépend du pouvoir d’achat disponible et celui-ci dépend de la somme des revenus gagnés et du crédit nouveau, octroyé. La déflation, contrairement aux grands prêtres comme Friedman ou Bernanke, n’est pas un phénomène monétaire, c’est un phénomène, une situation réelle concrète qui prend naissance dans la sphère de l’économie. Et nous ajouterions dans la sphère sociale, sociétale car elle est liée au « mood », à l’humeur de la population.

Le fait de rajouter des zéros dans les livres de comptes trompe les gens, modifie les perceptions sur le court terme, mais le long terme n’en est pas affecté; le long terme est fait d’oscillations positives et négatives qui se corrigent et se compensent  pour donner une tendance de fond qui, elle, dépend des rapports entre les forces réelles.

Un système comporte deux faces, deux versants. Le premier, c’est l’actif; le second, c’est le passif. Et ceci est la source de beaucoup de confusions, de mystifications, voire d’incompréhensions.

L’actif, c’est ce que vous voyez, la production, l’emploi, bref, c’est la machine économique visible, concrète, celle que tout le monde peut voir. Et le peuple en général ne va pas au-delà de l’évidence; pour lui il n’y a pas de crise puisqu’il voit tous ces outils, toutes ces richesses productives, toutes ces marges de production disponibles.

Le peuple ne peut pas comprendre que ce  qui fait fonctionner le système, ce n’est pas seulement ce qu’il voit, mais surtout ce qu’il ne voit pas, le passif.

Le passif, c’est la logique cachée du système, c’est ce qui, précisément, ne se donne pas à voir.  Le passif, c’est, par exemple l’origine de l’argent, d’où vient l’argent, lequel joue un rôle central dans la circulation des marchandises et dans les investissements. Le passif, c’est l’origine des fonds, d’où vient l’argent  et, en même temps, la rémunération de ces fonds, le passif, c’est la carte, la matrice, c’est la clef de la répartition des produits, des revenus, des valeurs ajoutées,  des profits, etc. Les crises économiques sont en fait des crises de ce système de répartition, de ce système d’attribution. Bref, une crise au sein de la logique du système. C’est quand le système se grippe parce que la grille de répartition devient intenable.

Pour donner un exemple concret: une entreprise surendettée met la clef sous la porte parce qu’elle ne peut à la fois payer ses salaires, ses fournisseurs, payer les prédations de l’Etat,  et honorer ses dettes vis à vis de ses banquiers. Il y a grippage, constat d’impossibilité de tout honorer. On constate cette situation par la faillite, la liquidation de l’entreprise; on constate l’excès de passif sur l’actif. La crise de 2008, c’est cela: l’excès de passif sur l’actif, le système s’est grippé à cause de cette disproportion, il n’y en avait plus pour tout le monde!

Vous comprenez pourquoi nous avons toujours dit que l’enjeu de la crise, c’est de savoir qui va payer, qui va voir ses droits détruits, quelles vont être les promesses non tenues, qui va rétrograder socialement?

Le passif d’un système, vous l’avez compris, c’est ce qui produit l’ordre social. Car un ordre social est produit par les revenus et les patrimoines. La valeur des patrimoines dépend d’ailleurs de la masse de revenus que ce patrimoine peut s’attribuer. Selon que les revenus, que les richesses, que  les profits vont à un groupe social ou à un autre, un ordre social se forme. Une structure de pouvoir et de domination s’établit. Les uns sont en haut de cet ordre social, les autres au milieu, d’autres encore sont en bas, et, enfin, il y a un résidu qui n’est pas produit par l’activité économique, mais par l’exclusion de cette activité, les laissés-pour comptes, les marginaux.

Contrairement à ce que le bon sens laisserait supposer, les exclus ne sont pas du côté des classes moyennes et des classes inférieures, ils sont du côté de ceux qui sont leurs « frères », ceux qui vivent comme eux de  prélèvements sur le surproduit de ceux qui travaillent. Les assistés sont du côté de ceux qui prélèvent sur les classes travailleuses pour faire durer le système. Ils sont du côté du toujours « plus » puisqu’ils en bénéficient objectivement. Il y a solidarité organique, systémique, de tous ceux qui vivent de répartition, de redistribution, ce qui explique que tous ces gens soient les soutiens populaires de la sociale démocratie. Evidemment, dans ces solidarités organiques, il faut inclure celle des bureaucrates et fonctionnaires. Clientèle de base de la sociale démocratie à notre époque.

Qu’est-ce qu’une organisation politique dans un pays? C’est l’agencement des alliances entre les groupes sociaux, pour dominer les autres, et imposer sa volonté par le biais de l’Etat. C’est un jeu d’alliances soudé par une idéologie, une propagande, des promesses, un jeu d’alliances  qui permet de conquérir le pouvoir et d’avoir accès au contrôle de la violence d’Etat. La sociale démocratie étant le système qui a pour fonction de maintenir l’ (des)ordre social existant, malgré la crise, malgré les combats, en faisant alliance avec tous ceux qui sont dans la même situation objective, la situation de bénéficiaire de la répartition. La redistribution/répartition est le coût que les riches consentent -coût payé par et sur le dos des classes moyennes travailleuses– pour se maintenir en place.

Cette sociale démocratie se donne pour objectif de neutraliser le jeu normal du combat des classes sociales, de les mystifier afin de maintenir cette alliance. Cette alliance lui permet de tenter de reporter le poids, les dégâts de la crise, sur ceux qui se laissent prendre, sur ceux qui sont incapables de prendre conscience de la mystification politique que constituent le bipartisme et le découpage droite/gauche.
Le vrai découpage politique objectif qui devrait découler de la situation est, non pas le découpage droite/gauche, mais le découpage dominants/dominés. C’est à dire d’un côté ceux qui veulent préserver l’ordre ancien, au besoin en sacrifiant la fraction la plus faible des classes moyennes et en  faisant alliance avec les marginaux, et de l’autre, tous ceux qui en sont les victimes, les laminés, les déchus, les en-cours de déchéance.

Pas plus qu’aux USA, l’enjeu n’est le choix entre Démocrates et Républicains, en France, l’enjeu n’est pas entre les « Socialistes » et « les Républicains », ce sont les deux faces d’une même pièce, l’enjeu est dans  la monté des extrêmes, la montée du FN  et la remontée de Mélenchon.

Ces gens, les « Socialistes » et les « Républicains » se sont fixés pour objectif  de dire au peuple ce qu’il a envie d’entendre pour conserver le pouvoir, sachant qu’une fois élus ils feront ce qu’ils veulent et que, s’ils ne sont pas réélus, alors ce sont les autres, ceux d’en face, les faux opposants, qui continueront le même travail. La variante qui scelle la mystification étant la variante Juppé qui prétend en raccourci à la fausse alternance, la cohabitation simultanée entre les deux branches de la sociale démocratie. La variante Juppé découle de la réflexion sur la théorie des jeux politiques appliquée à l’objectif d’éliminer d’emblée les extrêmes.

Le vrai enjeu politique ne porte que sur une chose et cette chose doit demeurer cachée: maintenir le statu quo entre les dominants et les dominés. Le statu quo entre la grande alliance des politiciens professionnels, les bureaucrates, les médiacrates, le grand capital internationalisé, les marginaux, les déviants et les immigrés; et, de l’autre, les vrais travailleurs, les contribuables, les moutons, les serfs.

Personne ne peut changer la situation par la voie politique: c’est un univers clos. Un univers ou vous avez le choix entre Pepsi et Coca. Il n’y a qu’un acteur qui peut changer la donne, c’est le peuple.  « Ils », les dominants, ont déclaré la guerre au peuple, c’est au peuple de se défendre.
-nous ne sommes plus en démocratie,
-les dominants criminalisent la parole qui conteste leur idéologie et leurs mensonges,
-ils militarisent la Police
-ils multiplient les guerres pour forcer à l’union et se donner les armes de lutter contre ceux qui les refusent,
-ils produisent le terrorisme qui permet le contrôle et la surveillance des populations,
-ils arment la planète entière pour imposer un ordre militaire et entretenir la peur,
-ils multiplient les lois et les interdits pour faire de vous des perpétuels coupables, on calcule que chaque citoyen viole au minimum trois lois par jour tant la profusion de textes est grande,
-ils poussent à la connexion et à l’interconnexion de tout ce qui concerne votre vie afin de tout lire, tout stocker, tout étudier,
-ils vous font vivre dans un univers de signes qui permet d’escamoter la réalité,
-ils organisent la disparition de la séparation des pouvoirs en laissant la bureaucratie prendre la main sur la Justice et la Magistrature,
-ils brisent les solidarités de classe, de famille et des groupes, afin de massifier et contrôler par la centralisation et l’abstraction et la perte d ‘identité.

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2 réflexions sur “La crise est un tout. L’enjeu est la survie, le risque est le déclassement et la perte d’identité. Texte remanié.

  1. Excellent et donc stimulant éditorial, comme bien souvent devrais-je rajouter.

    La note d’espoir dans ce sombre tableau réside dans la possible intervention du peuple.
    Sans vouloir jouer aucunement à l’exégète taillant les cheveux en quatre, je m’interroge toujours plus sur la définition, et donc le contenu, de cette catégorie. Hier, la définition n’avait qu’une valeur analytique pour intellectuels; le réel, le vivant s’imposaient d’eux-mêmes.
    Aujourd’hui, en revanche, on peut se demander qui vous visez précisément comme moteur potentiel de l’histoire (puis-je me risquer à rajouter française ? même si tous les peuples d’Europe sont concernés au même titre). Quand on compte peut-être plus de 10 millions d’immigrés (en France), dont la grande majorité se félicite des vices de la « social-démocratie » dont vous décrivez, quand on anticipe simplement la suite des migrations/invasions, on peut s’interroger sur cette capacité d’intervention du peuple. Peut-être faudrait-il aller plus loin dans l’analyse. Je trouve que l’article de M. Uli Windisch est à cet égard plus précis dans ces conclusions.

    Un dernier point plus général. Parfois, souvent même, vous parlez d’identité, cette « richesse » des peuples et cette sécurité ultime des pauvres, mais vous ne parlez que rarement de la défense de notre langue, de nos langues européennes, qui appartiennent pourtant au capital identitaire. Au contraire même, vous n’hésitez pas à « agrémenter » vos textes de termes anglo-américains « in ». Souvent, je suis obligé d’aller chercher la traduction sur internet, car je ne comprends pas exactement ce que vous voulez décrire. Afin d’éviter tout malentendu, je précise que je ne vise pas les textes intégralement en anglais dont on ne peut pas vous reprocher de ne pas les traduire -au contraire, on doit vous encourager à continuer de les dénicher ; j’accepte le constat qu’une partie des débats s’expriment aujourd’hui dans la langue des maitres du monde; au pire, je n’y accède pas.
    Cette langue n’est-elle pas aussi un puissant outil de domination dans le processus de mondialisation actuel ? Si oui, pourquoi évoquer si faiblement et si rarement ce facteur de domination, et surtout pourquoi négliger notre langue, c’est-à-dire notre capital pour penser le mieux possible le monde qui nous entoure ? Le combat pour notre langue est un des combats contre la domination des maitres, à mener concomitamment avec les autres. Cela vaut également pour les autres langues et les autres peuples, et pas seulement européens. Aujourd’hui, quand on regarde la télévision, ses publicités, quand on écoute parler au quotidien une partie de « notre » peuple, particulièrement nos jeunes, on se rend compte combien nous sommes inconsciemment dépendants, aliénés, et donc mal partis pour nous libérer, tout au moins à court-moyen terme, de cette domination.
    Mais peut-être objecterez-vous qu’ainsi a toujours été la vie, une histoire de domination dans laquelle les meilleurs (et les meilleures idées) ne l’ont que rarement emporté. Souvent quand je pense à Rome, je pense à l’Amérique.

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    1. Je vous remercie de votre intervention. Vous abordez beaucoup de points et de thèmes.

      Quans je fais référence au peuple, c’est une sorte d’anachronisme. je le fais pour ne pas désespérer Billancourt.

      Mon analyse m’a conduit à la conviction profonde qu’il n’y a rien à en espérer. Avant j’utilisais le concept de société civile d’Edmund Burke, mais c’était avant, du temps ou j’étais encore optimiste.

      La dérivée politique du peuple c’est « le fer de lance du peuple » , le léninisme sous toutes ses formes. ? Tous les fers de lance trahissent; c’est la logique du fer de lance. Les partis, les syndicats, les groupes révolutionnaires, s’érigent toujours en Nomenklatura.

      Dans mes conceptions nouvelles fondées sur les travaux des sociologues, anthropologues, psychologues en particulier marxistes , mais pas exclusivement, la société civile, le peuple, sont produits par le système , ils ne lui sont plus extérieurs, donc ils ne sont plus une force capable de s’y opposer victorieusement. En incidente, je réflêchis beaucoup en utilisant les découvertes et intuitions de gens comme Lussato, Lefebvre, Clouscard ou Goux. Les découvertes des neuro sciences sont déprimantes!

      Le système produit la symbolique qui permet de penser, de conceptualiser, de critiquer … à l’intérieur du système. Le système produit les formes que nous utilisons pour le comprendre. Il y a dans notre condition quelque chose d’indépassable. On n’en sort pas. C’est le pessimisme radical, lacanien.

      Alors admettons que je considère, tristement, qu’il n’y a plus d’autre moteur de l’histoire que le jeu des forces objectives, contraires, qui l’agitent, le jeu des contradictions internes et externes (façon Mao). Mais la mise à jour de ces forces cachées , a une importance, les choses dont nous avons concience nous tyrannisent un peu moins.

      Au niveau individuel, cela n’empêche pas de faire ce que l’on doit faire, comme disait John Wayne, « a man has to do what a man has to do ». La dimension individuelle est morale. Et peut être que la somme de toutes les actions individuelles produira , donnera l’opportunité de peser, à un moment privilégié, sur l’Histoire. Qui sait?

      La grande affaire de l’homme, ce n’est pas la société, le groupe, c’est lui. Son affaire à lui est de remplir sa vie, d’advenir et si on ne reconnait pas la validité de ce choix, alors la vie n’a pas sens puisque le mythe révolutionaire, celui de l’action, celui de l’engagement au sens de Sartre est mort. Le vrai dieu c’est Dionysios, à condition de poser comme prélable qu’il n’éxiste pas …

      Un mot sur la langue. Il n’y a qu’Esope qui en dise quelque chose de censé. La meilleure et la pire des choses. Elle est esclavage, on y est soumis, mais elle seule nous permet de penser notre servitude et de nous fixer comme but de vie de nous libérer.

      La langue est produite par le système et le système est produit par l’histoire, la géographie, la culture, le pouvoir etc. Aucune langue n’équivaut à une autre, tout est intraduisible, la traduction Googgle est un gigantesque contre sens. Ce n’est pas seulement la langue qui est importante, mais toute la symbolique: les textes, les images, les oeuvres d’art, la musique. La domination de l’Anglais est la manifestation de la déculturation et de l’acculturation. Ceux qui tombent dans ce piège sont des moins que rien, bons pour TF1 et les chaines nationales. Mais au lieu d’être victime passive, on peut instrumentaliser la langue. Donc retourner son usage favorable aux dominants en son contraire. Retourner les armes, voila ce qu’il faut faire, à mon sens.

      La langue est horizontale c’est à dire qu’elle exprime du sens que l’on peut partager avec d’autres qui parlent la même, mais elle est aussi verticale, c’est à dire qu’elle renvoie à toute l’histoire, l’expérience, l’inconscient, la singularité de celui qui l’utilise. La langue est à la fois commune et unique. Commune car on peut se comprendre, unique car l’empreinte des mots et de la symbolique de la langue sont individuels. J’utilise la langue, mais la langue me constitue en tant que sujet.

      Moi, je critique aussi bien le système des dominants en Français qu’en Anglais et pour certains aspects en Allemands. Je crois que la langue peut à la fois être instrument de domination et en même temps, dialectiquement instrument, levier de désaliénation, libération.

      Les jeux ne sont pas faits, tout dépend de la position du sujet parlant et pensant et écrivant. Comment comprendre et critiquer l’évolution impérialiste des anglo-saxons si on ne peut les écouter, les lire, les analyser?

      Trotski disait un truc qui m’a toujours guidé: « si tu veux tuer les enfants du tigre, il faut aller dans la tanière du tigre ».

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