Les riches méritent ils leur fortune?

The Undeserving Rich

March 9, 2016

Tags Monetary TheoryMoney and Banking

Le texte ci dessous examine un thème qui est sous jacent à tous mes écrits: les riches méritent ils tout ce qu’ils ont?

Comment justifier  un  choix très favorable au capitalisme dans un monde ou les riches, en fait, font des fortunes scandaleuses par … la socialisation de la monnaie, des taux, par l’accaparement de l’état,  bref, par l’ensemble de ce que dénonçons sous le nom de financiarisation?

Comment concilier mon soutien au capitalisme et ma dénonciation permanente de sa perversion kleptocratique, ploutocratique, « crony »?

Ma réponse s’articule autour des points suivants.

-Je place la liberté au dessus de tout, comme valeur suprème, non comme une donnée mais comme but, sens  de la vie. Au dessus de la sécurité. La liberté n’est pas antagonique de la justice, à condition de bien réflêchir sur ce que l’on appelle justice. Je suis propriétaire de moi même, même si je naît en societé et le produit de moi même, le produit de mon travail m’appartient, d’ou le lien irréductible entre liberté et propriété.

-je préfère que le capital, les investissements soient alloués par des individus nombreux qui sont en concurrence entre eux , plutôt que par une Nomenklatura autoproclamée, cooptée  qui a toujours tendance à étendre ses pouvoirs sans sanction  et à restreindre les libertés  de ceux qui ne font pas partie de cette « élite ». Là, c’est la critique du socialisme réel et du dirigisme qui me semble déterminante. De quel droit , de quelle légitimité, de quelle science cette Nomenklatura s’autoriserait-elle? D’ou tiendrait elle sa morale, sa sagesse, sa sainteté?

-Le système capitaliste n’est pas un système d’accumulation sans fin , au contraire, sans cesse les fortunes se font et se défont par le progrès , l’adaptation, la concurrence;  bref par la destruction créatrice. La destruction créatrice est le pilier du système, de son efficacité et de sa légitimité. L’économie ici, rejoint la morale. Ce n’est que parce que les riches ont pris le contrôle des banques centrales et du pouvoir politique qu’ils sont en mesure d’imposer des politiques qui acceptent la destruction des avantages acquis des salariés, mais refusent la destruction des avantages acquis des capitalistes. Si les politiques monétaire étaient orthodoxes, alors la destruction créatrice, ferait son  oeuvre, la sur-accumulation injuste et infondée, serait impossible. Le système s’est enfoncé dans la dissymétrie qui consiste à être dur avec les travailleurs et en même temps complaisants avec les capitalistes , c’est cela qui rend illégitime le capitalisme devenu pervers. La socialisation des pertes et la privatisation des profits sont  devenues structurelles, mais ce n’est pas le capitalisme qui est en cause,  c’est sa version financière fondée sur la collusion.

-le systeme capitaliste s’est perverti et nous sommes sortis de sa justification historique. Le capitalisme s’est détourné de la production de richesses pour ne s’intéresser qu’ à ses dérivées, l’écart, la différence qu’il peut mettre dans  sa poche. Avant, le capital, l’épargne permettaient produire des biens ou des services. Si ce processus de production était efficace; il en résulait un profit, un résidu, lequel par le réinvestissement faisait grossir le capital. Peu à peu le système a glissé, le résidu est devenu primordial, tyrannique.  Le  capital a glissé, il s’est donné comme objectif non plus le produit, la production de biens et de services, mais la production, quel qu’en soit le prix de profit. Puis il s’est apercu que ce profit ne procurait pas un très gros enrichissement en lui même et en revanche il a compris que la vente sur le marché boursier de cette « production de profit » pouvait se faire à un multiple considérable, c’est à dire que l’on pouvait non seulement vendre le profit mais vendre « les espoirs de profits ». Le capital a cessé d’être fabriqué par l’épargne, l’investissement, le travail et la production, il s’est trouvé fabriqué par une alchimie complexe ou la Bourse et les actions des banques centrales jouent un role essentiel .

Avant le capital produisait, maintenant il est produit. Il est fabriqué à la main et j’ajoute sans peur du paradoxe qu’à  notre époque, le capital est fabriqué… à crédit.  Il s’agit d’une alchimie complexe qui réunit une bande de complices, les gouvernements de droite et de gauche , les banques centrales, le système bancaire, les marchés.

Nous sommes loin de l’activité de l’entrepreneur, du capitaine d’industrie. Les fortune ont moins de rapport à l’utilité sociale des biens et services offerts par le capitaliste   et beaucoup plus à voir avec l’ingéniérie financière, avec la proximité avec le politique, avec le cynisme et la corruption.

Obama au début de son mandat a affirmé, parlant aux capitalistes: « ce n’est pas vous qui avez fait tout cela », sous entendu, ce n’est pas à vos mérites que vous le devez. Et bien sûr, il avait raison. Le fait qu’il se soit « couché » plus tard est une autre histoire. En se financiarisant,  en détournant à son profit le bien commun qu’est la monnaie/le crédit , le capitalisme  se socialise, il converge avec son frêre ennemi , le socialisme. Et les grands capitalistes vendent, livrent à la déchéance les petits, les classes moyennes, pour survivre sur leur dos. Ils ne se rendent pas compte que, à long terme, politiquement ils se condamnent.


Asking wealthy elites to provide opinions about central banking generally results in reticence on their part. After all, many billionaires became rich or stay rich only because the global economy has been “financialized” — which is to say the particular assets they hold (generally controlling equity stakes in companies) have artificially high values because of monetary policy. Many of the super rich understand, at least on some level, that the wealth they’ve accumulated seems uneasily out of proportion to the value they’ve created simply by selling high and buying low in the casino.

Even elites who made their money the old fashioned way, by building brick and mortar companies from scratch before selling out to private equity or public investors, tend to steer clear of radical prescriptions like “End the Fed.” If you’ve reached an elite level in society, it’s hard to argue with the status quo. In fact, it is precisely the market forces of creative destruction that you might fear most.

It’s thus both rare and refreshing to hear one financial-sector elite at least mildly question the omniscience, and even the benefits, of central banking. Bond maven Mohamed El-Erian’s new book The Only Game in Town places some blame for our stagnant economy at the feet of the Fed, arguing that its governors are conducting a blind experiment in this post-2008 period of unprecedented monetary policy.

El-Erian frequently falls prey to the language of approved jargon, but in this interview he drops the elite-speak for a moment to summarize the degree to which central bankers finds themselves in uncharted territory:

Forced out of their mysterious anonymity and highly technical orientation, central banks have been dramatically thrust into the limelight as they have become single-handedly responsible for the fate of the global economy. Responding to one emergency after the other, they have set aside their conventional approaches and—instead—evolved into serial policy experimenters.

Often, and very counter-intuitively for such tradition-obsessed institutions, they have been forced to make things up on the spot. Repeatedly, they have been compelled to resort to untested policy instruments. And, with their expectations for better outcomes often disappointed, many have felt (and still feel) the need to venture ever deeper into unknown and unfamiliar policy terrains and roles.

A uncharitable reader might reach two conclusions from these paragraphs: (i) central banks flat out “run” the global economy as institutions of outright central planning; and (ii) central bankers have no idea what they’re doing.

Both conclusions ought to alarm us, but it’s interesting to note the offhand way El-Erian presents these realities as part and parcel of the (more jargon) “new normal.” For elites like El-Erian, the Fed’s role in the economy is a technical matter, not an existential question with any ethical dimension.

But surely central banking and morality cannot be neatly divorced. As Jörg Guido Hülsmann explains, central bank actions influence human behavior in ways that necessarily involve questions of right and wrong. If we accept the Fed’s role as the primary driver in the US economy, how can we deny its role in picking economic winners and losers? And how can we deny that human actors respond to incentives, for good or ill?

The imposition of low interest rates in particular has a tendency upend the natural (and moral) human capacity to forego consumption and save for a rainy day. David Stockman points out that the systemic distortions caused by central bank suppression of interest rates prevent us from understanding the real price of anything—perhaps even our conduct. Even though Austrian economists understand prices as reflecting the subjective preferences and utilities of individuals, we can still posit that a Fed-fueled bubble price for an asset is higher than it otherwise would be.

So when a brilliant tech kid sells his idea to venture capitalists for $100 million, we’re left wondering if the “real” value was only perhaps $10 million. And this potential malinvestment has political as well as economic consequences: it emboldens the anti-capitalist Left in its endless narrative against the “undeserving rich.”

The Left of course doesn’t understand the Fed, but in this case their conclusion is correct: some Wall Street elites really don’t “deserve” to be rich — or at least as rich as they are. The money they made didn’t result from creating a product or service to fill a market need, or from helping to allocate capital to its best and highest uses.

It resulted instead from financial engineering of a kind that is rational only in a world of low or zero interest rates, where money managers effectively gamble using house money to buy bonds, equities, and other assets. When you combine virtually “free” money with huge amounts of leverage relative to equity, even risky derivative instruments and subprime housing portfolios begin to make sense on paper.

One gets the sense that financial elites view their own wealth as irrelevant to the analysis. But of course nothing can be further from the truth. Even if 90% of El-Erian’s reported $2.3 billion fortune disappeared tomorrow, for example, he would still be an enormously wealthy centimillionaire. This is what it means to be elite: virtually nothing that happens in the world can touch you financially. Yet the question of whether elites deserve their wealth is not simply a rhetorical question, nor is it one we should be afraid to ask.

 

5 réflexions sur “Les riches méritent ils leur fortune?

  1. Le problème (et il me semble qu’Adam Smith l’avait soulevé) c’est que le capitalisme finit toujours par se pervertir. Parce que les capitalistes accumuleront toujours plus et qu’ils finiront par soumettre les états, et parce que la concurrence « parfaite » n’existera jamais et que la connivence, c’est la facilité, c’est la gravitation de l’économie.

    De même pour les démocraties, la séparation des pouvoir n’apporte qu’un bienfait temporaire, parce que les puissants finiront toujours par trouver un terrain d’entente, et que c’est un équilibre stable une fois atteint, on ne revient pas en arrière.

    Je n’ai pas de solution à ces problèmes. Peut-être qu’il n’existe pas de moyens en dehors de la violence pour réguler les excès des uns et des autres. J’espère qu’on finira par le trouver un jour. Mais ce jour n’est pas arrivé pour l’instant.

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    1. Si vous êtes intéressé par ces questions de façon concrète et historique, lisez Tardieu

      André Tardieu, La Paix, Payot, 1921.
      André Tardieu, Devant l’obstacle : L’Amérique et nous, Emile-Paul, 1927.
      André Tardieu, L’Epreuve du pouvoir, Flammarion, 1931.
      André Tardieu, Devant le pays, Flammarion, 1932.
      André Tardieu, La réforme de l’État, Flammarion, 1934.
      André Tardieu, L’Heure de la décision, Flammarion, 1934.
      André Tardieu, Sur la Pente, Flammarion, 1935.
      André Tardieu, La Révolution à refaire : tome 1, Le souverain captif, Flammarion, 1936.
      André Tardieu, La révolution à refaire, tome 2, La profession parlementaire, Flammarion, 1937.

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    2. Tout-à-fait juste.

      M. Bertez se réfère toujours, lorsqu’il prend de la distance, à un
      capitalisme concurrentiel et égalitaire qui n’existe plus au sein
      de la mondialisation. Le capitaliste n’a pas de patrie, pas plus que
      ses capitaux éparpillés aussi bien horizontalement sur les territoires
      que verticalement dans les montages complexes, ce sont là des
      truismes.
      Le capitalisme n’a plus d’existence réelle, et la réalité même lui sert
      d’alibi, de caution. Son problème est qu’il se heurte à la limite
      matérielle, terrestre, de sa caution, qu’il a commencé à détruire.
      Il est le trou noir du monde, sa négation en marche, et non pas
      relative, potentiellement créatrice, mais absolue.
      Nous sommes dans le chaos rampant.

      Il est curieux de lire comme M.Bertez utilise un vocabulaire à la
      Stirner (cf. »l’Unique et sa propriété ») pour parler de la liberté.
      Bien sûr on est « libre » de rester jusqu’au bout sur le Titanic.
      Mais là, même les riches n’en réchapperont pas. Parce qu’il n’y a
      plus de mer dans l’illusion totale du système! Plus de frontière
      à se mettre sous la dent, d’ouest sauvage avec quelques indiens
      à liquider, d’affreux bolcheviques, de menaçants chinois.
      Tout le monde se retrouve dans le même sac systémique.
      Stirner de son temps pouvait encore écrire: « le moi n’est pas tout,
      mais il détruit tout. Seul le moi qui se décompose lui-même,
      le moi final, est le moi véritable ». Encore cette mégalomanie
      concluait-elle: « Je n’ai fondé ma cause sur rien ».
      Maintenant la décomposition est achevée. Les forces séparées
      du moi n’ont plus besoin de lui, plus besoin de la liberté pour
      rejoindre l’anéantissement. l’in-sensé.
      La liberté qui nous reste, c’est de les abattre.
      Non pour prendre la place des riches, but médiocre et, on le
      voit, suicidaire, (ce que l’on peut conclure de la révolution française,
      remplacer une classe par une autre), mais pour en finir avec le
      capitalisme et ses tares, rendre leur place aux hommes,
      l’espèce à qui le capital culturel ( pléonasme) a donné
      la liberté. Contrairement au capitalisme, virus mutant strictement
      étranger à toute culture.

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      1. Mon objectif est de faire reflechir, c’est la raison pour laquelle je publie votre texte.

        Mais de grâce ne vous permettez pas de prétendre que vous comprenez ce que j’écris et en plus d’y coller une étiquette.

        Votre premier paragraphe montre que vous n’avez rien compris à ce que j’écris. Lorsque je parle de capitalisme, je me sers d’un concept. Un concept est une abstraction utile pour le raisonnement, c’est un opérateur du raisonnement. Le concept est un passage à la limite, une Idée. Lorsque je parle de capitalisme, je parle de l’Idée de capitalisme, comme lorsque je parle de démocratie. Le concept n’épuise pas la réalité qui, elle est un mode d’apparaitre du concept, un mode brut, avec des imperfections, des impuretés. Le capitalisme auquel je me réfère n’existe pas, c’est un horizon, un passage à la limite. Le concept est un diamant brut. Il faut être sot pour croire ce que vous écrivez. Même dans le système actuel, nous sommes en régime capitaliste réel, puisque la logique ultime, sous jacente est l’accumulation du capital. Pour reprendre une formulation qui m’est familière, le capitalisme dont je parle est en quelque sorte l’inconscient, la structure cachée du système. On est bien dans la catégorie « capitalisme ». Tout comme le régime de l’URSS était un régime capitaliste, l’accumulation capitaliste se faisant non au niveau de la propriété privée mais au niveau de l’état. Autrement dit et c’est là votre contre-sens majeur, le capitalisme dont je parle n’ a jamais existé. Et il n’existera jamais. Son mode d’apparaitre sera toujours impur, déficient. Ce que je voudrais quand je défends le capitalisme, c’est que l’on tende vers …
        .
        « M. Bertez se réfère toujours, lorsqu’il prend de la distance, à un
        capitalisme concurrentiel et égalitaire qui n’existe plus au sein
        de la mondialisation. Le capitaliste n’a pas de patrie, pas plus que
        ses capitaux éparpillés aussi bien horizontalement sur les territoires
        que verticalement dans les montages complexes, ce sont là des
        truismes. Le capitalisme n’a plus d’existence réelle, et la réalité même lui sert
        d’alibi, de caution. Son problème est qu’il se heurte à la limite
        matérielle, terrestre, de sa caution, qu’il a commencé à détruire.
        Il est le trou noir du monde, sa négation en marche, et non pas
        relative, potentiellement créatrice, mais absolue. »
        .
        Ceci pour le premier point. Ensuite sur Stirner.
        .

        Je ne suis pas sur que vous ayez lu autre chose que les titres ou les citations de Stirner. Ou alors vous faites comme lui la confusion entre l’égoisme et la liberté. Cette confusion vous conduit à des affirmations charabiaesques. Stirner est confus, mais vous en rajoutez dans la confusion. La liberté dont je parle n’a rien à voir avec celle que vous semblez tirer des phrases de Stirner. La liberté dont je parle est radicale, fondamentale, c’est un rapport de soi à soi. Elle est plus proche du concept d’individuation que du concept peu clair d’égoisme; la liberté n’est pas un état, elle est un mouvement, un mouvement pour advenir, pour échapper à notre destin qui est que nous naissons en société, nous sommes des produits d’une histoire, d’une famille, d’un système, d’un déterminisme et que le but de la vie est de se « desaliéner », de se sortir de ses déterminations initiales. Etre libre ce serait ne s’autoriser que de soi même. Cela a rapport avec notre inconscient, tout ce à quoi nous sommes soumis, à notre insu. Etre aliéné c’est être étranger à soi même, se désaliéner c’est devenir -et non redevenir-, soi même, se réapproprier soi même. Cette fois, la référence intellectuelle est psychanalytique, rien à voir avec Stirner qui n’avait pas accès aux idées et découvertes de la psychananlyse. Ce travail pour advenir est un travail sur soi, pour se réapproprier. Redevenir propriétaire de soi non pas au sens de Hegel, qui fut maître de Stirner, mais au sens de Freud ou Lacan. Contrairement à votre affirmation le concept de propriété de soi ne vient pas de Stirner, mais de Nietszche.

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