Juillard

Le communautarisme est une immense faillite

Les attentats de Bruxelles ont-ils sonné le glas du communautarisme? Ce serait trop beau. Certes, la preuve par Molenbeek et Schaerbeek a été apportée qu’à laisser se constituer des ghettos ethniques au cœur des cités, on joue notre liberté et notre sécurité à la roulette russe, ou plutôt islamiste. Mais la culture de l’excuse a encore de beaux jours devant elle. Quand on ne trouve à l’action des terroristes que des mobiles légitimes, tels que la frustration, le refus de la discrimination et des fractures sociales, le désir de «socialisation» (sic), sans parler du « contexte international », on n’est pas très loin de leur donner raison (ainsi Corinne Torrekens, directrice de DiverCity, un groupe de conseil en sciences sociales et politiques lié à l’Université libre de Bruxelles, Libération, 24-03-2016). Il faudra encore beaucoup de crimes et de souffrances pour que l’on admette que le « vivre ensemble », cette expression inepte, indécente, derrière laquelle on camoufle l’apartheid des cultures, n’est qu’une blague, une blague sanglante.Nos sociétés sont multiculturelles et sont vouées à le devenir un peu plus chaque jour. La rapidité, le bon marché des transports, les énormes écarts de prospérité entre les nations font que les pays riches d’Europe et d’Amérique sont en train de devenir des mosaïques ethniques, tandis que les pays pauvres conservent pour l’essentiel leur identité. Pour les pays d’accueil, le communautarisme est une solution de facilité et une marque de candeur extrême. Pour permettre au migrant de « conserver ses racines », on somme le pays d’accueil de renoncer aux siennes, ce que les populations locales n’acceptent pas ; elles ont l’impression d’être déracinées sur leur propre sol.

Ajoutez à cela un phénomène nouveau, qui est la marque propre de l’islamisme, et qui contraste avec l’immigration du passé : la détestation du pays hôte. Le résultat, c’est ce cocktail détonant qui est en train de gagner toute l’Europe et que l’on appelle sommairement le populisme. Le communautarisme, c’est-à-dire la juxtaposition sur un même territoire de communautés différentes par l’origine géographique, la langue, la religion, l’histoire, la culture, la philosophie, est une immense faillite. L’Europe, si le phénomène devait persister, ne lui survivrait pas. L’Allemagne, les Pays-Bas, les pays scandinaves l’ont reconnu depuis peu. La Belgique, le Royaume-Uni ne tarderont pas à le faire. Nos nations multiculturelles sont donc devant une alternative brutale, sans échappatoire: intégration ou guerre civile. Seule la version universelle de l’humanisme, héritée de la chrétienté, des Lumières et de la Révolution française, nous permettra d’échapper à ce désastre. 

Une réflexion sur “Juillard

  1. J’apprécie le courage de M. JULLIARD. Son intervention dans le dernier numéro de la revue Eléments témoigne d’une respectable honnêteté intellectuelle.

    L’article ci-dessus est lucide et courageux presque jusqu’au bout…, car les deux dernières phrases, celles qui traitent du remède, retombent dans l’incantatoire ou l’angélisme.

    M. Julliard affirme en conclusion de son article : « Nos nations multiculturelles sont donc devant une alternative brutale, sans échappatoire: intégration ou guerre civile. Seule la version universelle de l’humanisme, héritée de la chrétienté, des Lumières et de la Révolution française, nous permettra d’échapper à ce désastre. »

    Si l’intégration de populations extra-européennes avait été possible, nous le saurions et surtout nous l’aurions déjà réalisée, puisque nous avions su la pratiquer avec les immigrés intra-européens. M. Julliard est-il vraiment persuadé que la masse de la population immigrée d’origine extra-européenne, aujourd’hui critique en termes de dynamique de groupes, est véritablement séduite par l’intégration et aspire à incuber les valeurs et vertus européennes ?

    J’ai beau faire des efforts d’auto-persuasion, la solution avancée, « la version universelle de l’humanisme », me semble relever de la langue de bois, du politiquement correct, du vertige devant la profondeur du ravin, ou encore du découragement devant la longueur et le pourcentage de la montagne à gravir.

    C’est justement la version universelle de l’humanisme appliquée comme un remède omni-pathologique, sans prudence philosophique, sans pragmatisme, sans courage politique, qui nous a conduit dans une impasse effectivement extrêmement dangereuse.

    En outre, M. Julliard croit-il vraiment que le capitalisme dénaturé et mondialisé sera sensible aux vertus de l’humanisme christiano-révolutionnaire (un couple du reste illégitime) ? Qu’en pensent M. Soros et ses coreligionnaires ?

    Il me semble qu’il n’y a, en pratique, que trois solutions qui ne s’excluent pas entre elles :
    1. l’assimilation de franges minoritaires, laquelle s’effectue sans gros problèmes, au fil de l’eau,
    2. la guerre communautaire chronique (que M. Julliard nomme guerre civile) et
    3. la valise pour les non-assimilables.

    A défaut, la nature ayant horreur du vide ou de l’immobilité, il restera de facto l’issue fatale pour les européens : le changement violent de civilisation, qui entrainera forcément un déracinement, au sens donné à ce terme par Simone Weil. Arrivé à ce stade, on comprend bien le sentiment de déréliction des peuples européens, que M. Julliard a le courage de reconnaître.

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