Dans ce texte, à partir de l’analyse du gradualisme pratiqué par les banques centrales, il est suggéré que cette technique est largement utilisée pour vous mater, vous domestiquer, faire de vous des serfs. L’analogie avec la façon dont l’Europe de Bruxelles opère est flagrante.
Le coeur du message martelé par Yellen est maintenant le gradualisme.
Voici le titre de Bloomberg qui relate son intervention mardi dernier devant The Economic Club of New York: “Yellen Takes Control of Fed Message to Stress Gradual Approach.”: « La Chairwomen insiste sur le caractère graduel de son approche ». « Il était déja clair pour tout le monde que la Fed allait prendre une approche extrèmement graduelle de la normalisation » « il est remrquable que la Fed soit prête à employer des money printig additionnels, des nouveaux QE. »
Yellen: “Even if the federal funds rate were to return to near zero, the FOMC would still have considerable scope to provide additional accommodation. In particular, we could …put additional downward pressure on long-term interest rates and so support the economy–specifically, forward guidance about the future path of the federal funds rate and increases in the size or duration of our holdings of long-term securities.
En clair, nous allons pratiquer le gradualisme maximum et, si il le faut nous referons ce que nous avons deja fait, nous ferons baisser les taux longs pour soutenir l’économie par les guidances futures, par l’augmentation de la taille de notre bilan et par l’extension de la « duration », maturité, de notre portefauille.
Le gradualisme s’inscrit tout à fait logiquement dans la démarche des Banques Centrales, il permet d’endormir, d’éviter les chocs et surtout il est reversible. On peut faire un pas et ne pas en faire au tour suivant, voire revenir en arrière. C’est exactement ce que Yellen a expliqué la semaine dernière à New York. Elle expliqué que la borne des taux zéro pouvait être enfoncée, qu’elle pouvait encore faire baisser les taux longs, ce qui signifie en clair que l’hypothèse d’un nouveau Quantitative Easing est de nouveau sur la table. Le gradualisme est un mode de gestion qui s’adresse à la fois au réel,on fait quelque chose, et un mode de gestion qui s’adresse aux perceptions, on gère la façon dont les agents économiques et financiers perçoivent les choses. .
C’est bien sur une astuce de communication puisque le gradualisme réussit à concilier à la fois l’action et l’inaction. On fait, tout en faisant pas, tout en faisant…Nous sommes dans le registre du paradoxe de Zénon d’Elée, vous savez celui qui démontrait que le mouvement est impossible et que l’on ne pouvait atteindre un but en divisant chaque pas par deux. Miracle de l’infinitésmal …verbal, car il suffit de marcher pour prouver l’idiotie et l’inadéquation du paradoxe. Mais la Com, c’est cela, la parole, le verbe.
Mais le gradualisme c’est plus qu’un truc de communication, c’est une démarche réelle. une façon de procéder et même une façon de concevoir la réalité: on considère que la réalité est un continuum, que tout est progressif, divisable, dérivable, que la réalité n’est surtout pas une succession de ruptures et de gaps. Le gradualisme, c’est l’instrument de la toute puissance supposée. L’illusion du pouvoir infini qui agit correctement à condition qu’il soit administré avec doigté. Le gradualisme veut faire avancer les choses dans une direction, mais sans que les comportements psychologiques en soient modifiés, il faut essayer de faire en sorte que les agents économiques et financiers croient qu’aujourd(hui c’est comme hier et que demain sera comme aujourd’hui. C’est l’inverse de ce faisait l’orthodoxe Buba, laquelle, quand elle agissait le faisait brutalement, pour modifier, briser les comportements.Si on va plus loin dans l’analyse et il faut le faire si on veut être efficace, il faut admetrte que le gradualisme cherche à réaliser une accoutumance, une domestication par la douceur, il apprivoise ce qui, réflechissez-y, est une tentative d ‘échapper à ce que nous savons tous, le caractère sauvage, indomptable des marchés et des foules.
Le gradualisme c’est le calmant administré à la « bête sauvage ». Il y a un lien organique entre le gradualisme et l’apprentissage, l’apprentissage de la servitude, le lien c’est l’accoutumance, la dépendance, la « dope ». Vous remarquerez en passant que le gradualisme est également la technique utilisée par les Maîtres de Bruxelles pour imposer toujours plus d’Europe. Notons que le complement du gradualisme, c’est la prolifération des fausses assurances de toutes sortes, celles qui se sont effondrées comme un chateau de sable en 2008, puisque ces assurances n’en sont pas, elles ne sont que des couvertures progressives et en chaine sur les marchés, elles présupposent la liquidité perpétuelle, la continuité et bien sûr l’absence de défaillance des contreparties. Bref le gradualisme, c’est tout un monde. Vous savez que nous appelons ce monde: une névrose.
Le gradualisme est le mode opératoire en même temps que la philopsophie des banquiers centraux et de toute une école d’économistes qui détient le pouvoir monopolistique mondial. C’est le Triste Savoir » d’une clique qui se serre les coudes et n’autorise pas qu’on la remette en question; d’une clique qui s’exprime unilatéralement sans autoriser ni débat ni contestation. C’est une philosophie qui nie la complexité , qui considère comme négligeables les « effets de tout ou rien », les ruptures. Olivier Blanchard l’ancien du FMI n’a pas été guéri de ses handicaps intellectuels, lui qui n’avait rien prévu en 2007, n’a rien appris: il continue de dire que les modèles linéaires, simplets qu’il utilise sont suffisants pour manipuler. L’approximation qu’ils fournissent lui suffit! C’est vrai que les crises comme celle de 2008, qu’il n’a pas vu venir, sont rares! Avec le gradualisme il n’y a pas de goutte qui fait déborder les verres et pas de fétus de paille qui brisent le dos des chameaux. Il n’y a pas d’effet de seuil. Avec le gradualisme, les Maîtres sont maîtres, ils considèrent que l’épaisseur du réel est un mythe, ils peuvent tout diriger. Avec les Maîtres, il n’y a pas de révolte, il n’y a pas de « y’en a marre », pas de Marine le Pen, pas de Trump, etc. La philosophie du gradialisme c’est celle de la toute puissance, celle de la négation de la mort: on peut tout assurer. C’est la négation de la mort, mais c’est aussi la négation de la vie, car nous ne sommes vivants que d’être mortels; autrement dit le gradualisme est une caratct2ristiqué de ce qui est presque éternel: le Système. Le gradualisme à a voir avoir la dictature, la tyrannie du système sur les individus. Le gradualisme n’est pas une philosophiede la vie ou du réel, il repose sur la négation du réel, du mortel du périssable, la négation pour tout dire de l’histoire laquelle ensigne que tout disparait, mêm les civilisations comme l’a écrit Valery. Le gradualisme appliqué à la gestion du monde conduit à des catastrophes, il faut que les incendies de forêt existent et qu’ainsi se regénèrent les forêts, il faut que les secteurs économiques vivent et meurent pour que le nouveau, plus adapté puisse advenir. Le gradualisme de la micro-gestion des cycles économiques, des cycles des marchés, le gradualisme qui s’impose à tout , par baby-steps, pas de bébés qui prétendent tout éviter, est une imposture.
C’est le gradualisme qui nous a conduit là ou nous sommes, c’est à dire à la crise longue, la grande récession, le « nouveau normal » et maintenant « la croissance ralentie séculaire », croissance qui ne cesse d’ailleurs de ralentir. Le gradualisme nous a conduit à la stagnation, à la déflation et tout à fait naturellement aux taux zéro et il nous conduira tout aussi facilement aux taux négatifs; le zéro, n’est même plus une discontinuité, une limite, il se franchit graduellement.
Greenspan a adopté le gradualisme en ne montant les taux que par baby-steps lorsqu’il fallait les monter, il toujours été en retard par rapport aux « animal spirits » qui sont sa bête noire intellectuelle, il a laissé se developper l’exubérance qu’il avait pourtant diagnostiquée correctement, il est entré de plein pied dans la dissymétrie avec des baisses de taux fortes mais des hausses minuscules. Tout ceci a été fort bien analysé en son temps par l’excellent économiste de Morgan Stanley, Stephen Roach. On peut s’interroger sur le revirement de la pensée de Greenspan. Dans les années 60, il avait une autre philosophie et une autre analyse, opposée au gradualimse. Son interprétation de la crise de 1929 était à l’oppsé de celle de Friedman et de Bernanke. Greenspan considérait que la Fed avait provoqué la crise, dans les années 20, pendant les « Roaring Twenties », en ne cessant d’alimenter l’éxubérance, il utilisait la formule « add coins in the fuse box », la Fed n’a cessé de mettre des pièces de monnaie dans la boite à fusibles. Ce qui est une conception du monde et des responsabilités en tout ou rien, en choc, en rupture.
Le gradualisme traduit l’évolution historique qui a consisté à se mettre de plus en plus en position d’otage des marchés. En mettant le crédit sur les marchés, en développant le market-based credit, on s’est mis en position de subir les hauts et les bas, les caprices des marchés, des humeurs et on s’est interdit de surprendre. Gradualisme, dissymétrie, pseudo transparence, connivence, crony capitalism, complicité avec les banques TBTF et finalement, accroissement exponentiel des inégalités par la financiarisation, tout cela est un seul et même système. Un système qui en est arrivé à un point tel que ses responsables considèrent que décoller des taux zéros pour les porter à juste un peu au dessus de zéro, à une fraction de quelque chose, d’un montant minuscule est dangereux. La gestion a basculé, elle n’a pour ainsi dire plus de rapport avec l’économie réelle, elle n’a plus de rapport qu’avec la complaisance à l’égard des marchés, avec le souci de ne pas les troubler, de ne pas les décevoir, le souci de faire ce qu’ils demandent. Et ils exigentde plus en plus, car ils sont de plus en plus fragiles et … cyniques.
Une erreur intellectuelle colossale, résultat de la consanguinité des Banquiers Centraux et des élites dominantes, a été commise et ils s’en mordront les doigts, elle signera leur perte.
En mettant le crédit sur les marchés pour repousser les limites de la création de crédit par les banques, on a effectivement disséminé le risque, mais on a aussi disséminé la responsabilité et la compétence. Un banquier classique juge des limites du crédit qu’il peut accorder, il trie, il sanctionne et ainsi le crédit est tenu en laisse. Mais si le crédit est empaqueté, mis sur le marché, personne dans la chaine des intervenants n’exerce cette fonction de limite, de sélection et de refus. On accorde de plus en plus de crédit pourri , subprime et ce de plus en plus, au fur et à mesure que l’appétit pour le gain et pour le jeu se developpe. Le marché se gave, il n’exerce aucune fonction disciplinaire de cet ordre, au contraire, il permet tous les abus, toutes les dérives, un chien avec un chapeau et une pelle trouve du crédit pour financer un projet idiot dans les schistes pétroliers! Aux USA , le crédit auto est majoritairement subprime tout comme le crédit étudiant etc etc.

Plus on met le crédit sur les marchés, plus on le met dans les mains avides de profits et irresponsables et plus la tentation est forte de créer du crédit pourri, l’appât du gain, l’appat des commissions sont là. . Si en plus, la Banque Centrale n’a rien compris si elle baisse sans cesse les taux et donne l’argent gratuitement, alors la machine infernale à fabriquer les crises du crédit se met en branle, la solvabilité globale se détériore inexorablement, les valeurs de ce crédit, d’incertaines deviennent nulles. Et la crise de reconnaissance de cette nullité menace sans cesse, de plus en plus souvent, au moindre coup de vent, au moindre ralentissement de la croissance. Ceci explique qu’au lieu de sortie et d’Exit comme promis en 2011, on a eu l’inverse, la fuite en avant marquée par cette étape terrible de Bernanke en 2013 face à la mise en risk-off: « the Fed is ready to push back against a tightening of financial conditions ». Ce qui voulait dire que la Fed était prête, qu’elles’engageait à s’opposeer à tout resserrement des conditions financières », c’est à dire à faire en sorte que la dérive puisse continuer. C’était la fuite en avant claironnée, le colossal feu vert.
Dans un régime de crédit basé sur les marchés la fonction de limite, de tri et de sélection, bref les fonctions disciplinaires d’allocation , ne sont pas exercées et il faut que cette « tenue en laisse » soit effectuée en amont, plus haut, au niveau de la Banque Cenrtale, c’est elle qui doit imposer rigueur et discipline. Or les Banques Centrales du monde entier font le contraire, elles poussent au crime de laxisme. Pourquoi? Parce qu’elles veulent que la bicyclette roule, « coûte que coûte ». Le gradualisme fait parie du « coûte que coûte », il ressort de la même panoplie.
Certes les responsables n’ont plus de pouvoir réel; malgré leur apparente omnipotence, les maîtres sont devenus serfs et esclaves de la « bête ». Et c’est ainsi que se résume l’histoire financière depuis 2011, date à laquelle ils ont tenté de pratiquer l’Exit, essayé de sortir de la cage des politiques non conventionnelles et qu’ils ont échoué.
L’histoire financière sera sévére car les historiens ne seront pas intoxiqués par la propagande des « dominants » et surtout pas par la peur. Ils verront clairement la dérive du Système et le tournant de 2011 ou l’on devait « sortir » et ou on n’a pas pu le faire; le tournant ou alors que l’on devait réduire le bilan de la Fed on l’a monté de 2,1 trillions à 4, 5 trillions. Le tout pour une croissance de plus en plus chétive, maigre qui fait que l’on est passé d’un espoir de rebond en « »V au « nouveau normal de 2% » et maintenant à la « stagnation séculaire ».


Boursièrement , pour votre portefeuille , le gradualisme, c’est cela:

Vous vous appauvrissez, vous êtes érodé, mais les hauts et les bas, vous dissuadent de vendre, vous hésitez et vous subissez l’érosion pendant que les banques et les TBTF larguent ce qu’elles ont accumulé à la faveur du crédit gratuit des QE. Chaque fois que vous êtes sur le point de vendre, les autorités envoient une « bonne nouvelle » qui fait remonter les cours et vous redonne de faux espoirs. Le gradualime boursièrement, c’est cela!.
Depuis Novembre 2014, le marché n’a rien fait d’autre que vous donner de faux espoirs, résultat même si vous êtes doués vous êtes perdant. Si vous n’êtes pas doué ou géré par une banque, alors vous perdez beaucoup.