Montebourg veut un référendum; nous aussi, pas pour les mêmes raisons

Arnaud Montebourg défend l’idée d’un référendum sur la loi Travail. Vous savez que nous sommes également partisans d’un référendum sur cette question. Cependant, ce n’est pas pour les mêmes raisons que Montebourg. Lui veut consulter le peuple pour sortir du blocage actuel; ce n’est pas notre motivation. Nous voulons un référendum parce que la loi Travail, les relations de travail, la conception que l’on a du travail, et, par extension, le statut du salarié, sont des pierres angulaires du système français. Tout le système français est construit sur une conception qui protège le salarié contre le pouvoir de l’employeur. Mieux même, le système français organise la contestation de ce pouvoir. Le système hérité de l’Histoire de France est fondé sur une sorte de conception dans laquelle le travail est une sorte de prolongement de l’esclavage et que c’est à ce titre que l’esclave salarié doit être protégé de son maître employeur.

De ceci témoignent l’intervention de l’Etat, le volume considérable du Code du Travail, la multiplication des conflits devant les instances. De ceci témoigne la détérioration profonde, sans cesse accrue, des relations dans l’entreprise. Si la France est coupée en deux, c’est bien à ce niveau. Cette distinction ne recouvre absolument pas ce que l’on appelle la lutte des classes. Elle est d’un autre ordre, elle n’est pas scientifique, comme l’est le concept d’exploitation du travailleur, elle est morale, voire plus ou moins religieuse sur les bords.

L’extension du monde de la marchandise, la mondialisation des échanges, créent un marché unique qui s’impose à tous et c’est ce marché unique qui a tendance, de plus en plus, à fixer la valeur des productions, le niveau de salaire, la durée du travail, la productivité, la mobilité, la flexibilité, etc. Ce qui signifie que l’Etat/Nation a perdu le pouvoir de fixer et de codifier le travail, les relations de travail, et, par extension, le statut des travailleurs.

Jusqu’à présent, tous les gouvernements ont voulu réaliser la quadrature du cercle. Ils ont voulu maintenir la conception française du travail, esclave opposé au travail/marchandise. Ils ont refusé en quelque sorte la professionnalisation, l’objectivisation et voulu maintenir la fiction d’un homme total qui doit être « respecté » dans le cadre des relations de travail. D’une certaine manière, les gouvernements ont voulu maintenir un cadre rigide pour protéger le travail et le travailleur et ce malgré les pressions européennes et mondiales en faveur de l’assouplissement tous azimuts.

La condradiction ne se situe par uniquement au niveau des gouvernants, elle se situe aussi au niveau de la société civile et des citoyens. Ils veulent à la fois les bienfaits de l’ouverture, les avantages de la concurrence, la possibilité de s’insérer dans le grand large mondial, mais en même temps, au même moment, et dans la même contradiction, ils en refusent les conséquences, à savoir l’adaptation généralisée. On veut une chose en France, mais on refuse de s’adapter à ce que l’on veut. Voilà la réalité française à laquelle est confronté le gouvernement. Voilà la réalité que personne n’a osé affronter jusqu’à présent. Sortir de la contradiction qui bloque la France impose que l’on clarifie le débat, que l’on montre les avantages et les inconvénients du choix fondamental que constitue l’ouverture sur le monde. Cela impose que l’on ose aborder la question de qui perd et qui gagne. La question de savoir à qui doit profiter le changement d’attitude en matière de travail. Cela impose également d’oser affronter le conflit inter-générationnel, c’est à dire quelles sont les conséquences, non seulement pour maintenant, mais pour nos enfants. Avons-nous, vieux pays égoïste, frileux, râleur, prétentieux, coq sur le tas de fumier, le droit d’engager unilatéralement l’avenir des générations futures.

Notre démarche ne doit absolument pas être confondue avec celle de Montebourg ou celle des autres politiciens. Il ne s’agit pas pour nous de résoudre un problème politique créé par le blocage de la démocratie, il s’agit de placer le peuple devant ses responsabilités et de le forcer à réfléchir lui-même sur ce qu’il veut.

Oui, un référendum s’impose et c’est la grande affaire, normalement, du quinquennat. C’est une opération vérité, une opération clarification, qui, une fois réalisée, débouchera enfin sur une légitimité et fera ainsi par contrecoup, tomber les blocages.

« Même s’il n’est plus au gouvernement, Arnaud Montebourg a tenu à exprimer ses idées pour stopper la crise entre le gouvernement et les contestataires à la loi Travail. Invité de BFMTV et RMC, l’ex-locataire de Bercy estime que les actuels blocages de raffineries et dépôts de carburants « portent atteinte aux intérêts de la France, à son image internationale, et la vie quotidienne des Français ».

Les contestataires et les défenseurs du texte campant sur leurs positions, l’ancien ministre socialiste envisage le référendum comme étant la clé du problème. « Je trouve que c’est une bonne recommandation. Quand il y a un blocage, et bien la démocratie parle, et pas la violence », lance-t-il.

« Les torts sont partagés »

« C’est un gouvernement du dialogue, pas un gouvernement du coup de force », a ajouté Arnaud Montebourg, qui entrevoit une autre solution : nommer un médiateur pour trouver un compromis. Il rappelle, en effet, que la loi Travail n’avait « pas été négociée avec les organisations syndicales » et a été adoptée en faisait usage du 49-3 à l’Assemblée nationale.

Celui qui prépare activement 2017 a toutefois refusé de condamner l’attitude des syndicalistes. Au contraire, il pense que « les torts sont partagés » entre les manifestants et le gouvernement. Selon lui, « un gouvernement qui se prétend social-démocrate, ça veut dire qu’il est capable de construire des compromis ».

Confusion sur l’article 2

Arnaud Montebourg s’aligne ainsi sur la position de Jean-Claude Mailly,  qui réclame lui aussi un référendum.Interrogé par France info, le secrétaire général du syndicat Force Ouvrière est d’ailleurs revenu sur les interventions de Bruno Le Roux et Stéphane Le Foll. Alors que le porte-parole du gouvernement a assuré qu’il n’est « pas prévu » de revoir l’article 2 de la loi Travail – portant sur la hiérarchie des normes – mais seulement de le compléter, le patron des députés PS à l’Assemblée nationale affirme l’inverse.

Jean-Claude Mailly a déploré l’attitude du gouvernement qui « ferme aussitôt la porte » à la proposition du député, alors que cet article « est l’un des points clés de ce projet de loi ». Le syndicaliste a rappelé sa détermination : « Tant que le gouvernement ne revient pas sur cet article 2, nous continuerons la mobilisation ».

Une réflexion sur “Montebourg veut un référendum; nous aussi, pas pour les mêmes raisons

  1. Passons sur le baratin politicien de M. Montebourg (2017 approche). Il prétend que ce gouvernement social-démocrate serait un gouvernement de dialogue; en réalité, il n’est ni ouvert au dialogue, ni social, ni démocrate. Nul besoin de développer plus, tant les comportements de nos hommes politiques contemporains parlent d’eux-mêmes sur ces points, bien au-delà des mots presque toujours destinés à manipuler.

    En revanche, la motivation que vous avancez en faveur d’un référendum sur ce sujet parait fondamentalement pertinente, même si le recours à cette procédure serait voué à un résultat connu d’avance.
    Car il est certainement trop tard désormais pour les français de se poser la question de savoir si la rythme et les conditions actuelles de la mondialisation sont acceptables, car la réponse n’est plus ouverte. Les vassaux ont bien peu de chances de réussir leurs rebellions, même lorsqu’elle passe par la voie soi-disant démocratique (les grecs devraient pouvoir en causer).
    Ce qu’on désigne sous le terme de peuple français, pour ne parler que de lui, ne peut même plus s’illusionner aujourd’hui sur la réalité du pouvoir dont il disposerait; peut-être ça explique en partie pourquoi il est, en même temps, si amorphe, si inconsistant, et occasionnellement si rétif.

    L’idée d’un référendum ne serait donc utile que pour dépasser consciemment et collectivement un stade déjà dépassé. Ce ne serait déjà pas si mal, tout bien pesé. Ce référendum ne présenterait donc un réel intérêt que du point de vue tactique.
    Maintenant, on n’est jamais sûr à 100% que le refus de regarder le monde tel qu’il est aujourd’hui ne pourrait pas l’emporter (comme un cheval qui se cabre devant un obstacle qu’il n’avait pas apprécié, avant, à sa juste difficulté). Nous nous retrouverions alors dans la même panade qu’après le référendum de 2005 sur l’Europe. Il faudrait à nouveau violer le peuple à la façon Sarkozy; même avec l’habitude, ce n’est jamais bon de manifester trop d’arrogance.

    Aucune chance donc que se référendum se tienne, d’autant que le procédé n’est plus une voie envisageable ou légitime pour l’Union européenne.

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