Les élus Front national Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard ont claqué samedi la porte d’un colloque organisé à Béziers (Hérault) par le maire de la ville, Robert Ménard, pour promouvoir une union des droites.
Ménard a déclaré samedi matin ne pas vouloir faire du « mouvement citoyen » qu’il lançait ce week-end, « Oz ta droite », le « marchepied » du FN et de sa présidente Marine Le Pen.
« Il ne s’agit pas d’être le marchepied d’un candidat » ni « le marchepied de personne », a-t-il dit à plusieurs reprises aux journalistes qui lui demandaient si ce « rendez-vous de Béziers » visait à préparer la candidature de Marine Le Pen. « Il n’y aura pas de consigne de vote », a-t-il ajouté.
La nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal-Le Pen, venue à la tête d’une délégation du parti d’extrême-droite, avait déjà laissé percer son irritation vendredi. « Je ne suis pas venue pour inaugurer un mouvement dissident du FN », avait déclaré la députée du Vaucluse.
La sortie de Robert Ménard, samedi matin, a été la goutte de trop: elle a quitté brusquement le colloque à la mi-journée avec le député FN Gilbert Collard: « C’est une erreur politique majeure et historique de Robert Ménard de partir dans des mouvements dont on sait qu’ils sont voués à l’échec politique », a dit l’élue FN, selon les sites internet de plusieurs quotidiens, dont Le Monde et Libération.
Gilbert Collard a pour sa part regretté « une maladresse lourde, grave » et rappelé que Robert Ménard avait bénéficié du soutien du FN lors de son élection à la mairie de Béziers. « Il aurait pu faire l’économie de cette phrase, qui est discourtoise à notre égard et qui occulte le fait que s’il est le maire de Béziers, c’est en grande partie grâce à nous. »
Robert Ménard a minimisé le départ fracassant de Marion Maréchal-Le Pen: « J’ai d’excellents rapports avec Marine Le Pen. Sur 80% des idées qu’elle développe, je suis d’accord. Mais les 20% de désaccords sont importants », a-t-il dit à des journalistes.
L’ambition affichée par Robert Ménard et le directeur du journal Valeurs Actuelles, Yves de Kerdrel, co-organisateur du colloque, était de réunir la « vraie droite » et de faire ce week-end une cinquantaine de propositions pour « changer la donne politique » dans la perspectives des élections de 2017.
« La vraie droite, c’est une droite qui n’a pas honte d’elle- même, c’est une droite qui revendique ses valeurs, une droite qui ne rase pas les murs (…) qui dit un certain nombre de choses sans se soucier du qu’en-dira-t-on, du médiatiquement correct », a expliqué Robert Ménard . C’est « une droite conservatrice sur le terrain des valeurs, sur le terrain des moeurs, et plus libérale, moins étatiste dans le domaine de l’économie », a-t-il ajouté.
En fait, Ménard définit un positionnement politique qui suggère le souhait d’une candidature intermédiaire entre les Républicains et Marine le Pen. De ceci témoigne pensons nous, le soutien apporté par Valeurs Actuelles . Nous estimons que ce souhait est raisonnable, mais tactiquement peu practicable compte tenu du calendrier, il teste trop peu de temps d’ici les élections présidentielles. Sauf à trouver un homme miracle capable par sa stature et sa popularité de rassembler un nombre de partisans suffisant pour bousculer la donne du tripartisme.
Il y a un trou à droite qui normalement aurait du être comblé par une scission de l’UMP, mais la « soupe » et les expériences historiques ont dissuadé ceux qui auraient pu être tenté de suivre cette voie. En fait il ne reste que la possibilité de créer un groupuscule plus ou moins bidon qui roulera pour quelqu’un d’autre et en échange se verra promettre un strapontin, rien qui, de près ou de loin, s’apparente à une nouvelle donne ou à une recomposition.
Si Ménard veut néanmoins être utile, ce qui n’est pas sûr, nous ignorons ses intentions, le combat à mener par tous ceux qui refusent la politique étrangère, la politique économique, la politique sociale et la politique sociétale, c’est de travailler pour la constitution d’un front uni plus large que le Front National, ce n’est pas jouer les forces d’appoint, c’est donner la priorité à ce qui est à la hauteur des enjeux; l’union des opposants.
Selon Robert Ménard, les personnes invitées au colloque de Béziers, prévu sur tout le week-end, représentent un spectre allant « d’une partie des Républicains » de l’ex-président Nicolas Sarkozy « à une partie du FN ».
» Travailler pour la constitution d’un front uni plus large que le Front National … c’est donner la priorité à ce qui est à la hauteur des enjeux : l’union des opposants », dites-vous.
Ce front uni ne pourrait se constituer a minima qu’avec l’assentiment, mieux à l’initiative, du Front national qui, en l’état actuel des choses, est la force d’opposition la plus consistante.
Cela rappelle la proposition de Jacques Sapir en faveur d’une alliance électorale de non-agression des deux fronts -le national et celui de gauche-, car il y a très peu de chances que le FN parvienne seul à sortir vainqueur au second tour électoral d’un duel contre le candidat de l’oligarchie.
Je ne suis pas convaincu que le FN ait bien envie de s’extraire du tripartisme pour faire la courte échelle à d’autres, après tant d’années de persévérance pour se faire une place au soleil (le vivant cherche toujours à persévérer, c’est-à-dire à élargir sa vitalité). En outre, comme vous nous l’aviez exposé, il y a quelques mois, le FN a essentiellement une démarche électorale, alors que la situation présente exigerait un travail de fond sur le terrain et sur la cohérence des idées, et particulièrement sur la stratégie à suivre pour gagner d’abord, mais aussi et surtout pour passer à l’acte ensuite [je crois que gagner serait le plus facile et que le plat de résistance serait le lendemain de la victoire électorale que les tenants du système transformeraient en combats de rue politico-ethniques; faisons confiance à tous les Valls d’ici et d’ailleurs].
En l’état actuel des rapports de force en présence entre les mondialistes et les territorialisés (que la césure dominants-dominés recouvre en partie), je partage votre aspiration à l’union des opposants au système, tant la chape de plomb est lourde et que l’urgence exige que chacun sorte de son pré-carré idéologique. C’est pourquoi dans le conflit actuel sur la loi travail, je crois qu’il faut soutenir la CGT et FO -malgré toutes leurs limites idéologiques que vous avez rappelées-, car toute opportunité d’aller « au contact » doit être soutenue; le temps n’est plus aux pinaillages philosophiques. Il faut se battre aux cotés de ceux qui sont encore combatifs, au risque, bien sûr, de se faire phagocyter demain; pendant la Résistance, on a d’abord résisté, même si la plupart des groupes de résistants ont essayé de préparer leurs lendemains.
Mais il faut réaliser qu’en l’état actuel des choses, à un an de l’échéance présidentielle, l’objectif de cette union des opposants résiderait uniquement dans un « ippon » infligé à la nomenklatura au pouvoir depuis le départ du général de Gaulle (certes, cela redonnerait espoir et remusclerait la combativité). Mais que faire ensuite sur la base d’une simple union électorale des opposants ? Rien a priori, même si on peut toujours se dire que l’avenir est imprévisible et qu’il ne faut pas attendre d’être sûr de gagner pour se battre.
Sous cette réserve, et en tout cas pour 2017, je vois mal sur quoi pourrait déboucher une union des opposants. Ne sous-estimons pas les moyens financiers illimités et la détermination guerrière extrême de la ploutocratie aux pouvoirs (nous ne devons pas négliger la capacité de manipulation politique de tous les Soros de la planète).
C’est pourquoi je trouve que l’initiative de Robert Ménard n’était pas si incongrue que ça, car il n’est pas idiot stratégiquement de vouloir amenuiser préalablement l’hégémonie de la fausse droite qui repose en grande partie sur des intérêts personnels. D’autres travaillent certainement à une démarche similaire sur le coté dit socialiste de l’échiquier politique.
Très accessoirement, je trouve excessive la réaction de Gilbert Collard, car en quoi est-ce une maladresse lourde et grave d’avoir prétendu ne pas organiser un colloque pour seulement construire un marchepied pour un candidat, en général, voire pour M. Le Pen, en particulier ?
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