On ne peut ni jouer contre la Fed ni jouer avec elle, tout est perdant.

La semaine avait été calme et les observateurs s’attendaient à ce qu’elle se termine comme elle avait commencé, tranquille.
Ce fut un coup de tonnerre. Les chiffres de l’emploi américain de Mai ont pris la communauté spéculative totalement par surprise avec une création de 38 000 postes seulement pour 158 000 attendus.
Les marchés ont chaviré: forte chute des rendements des obligations et fonds d’état, retournement des marchés des changes, hausse vigoureuse  du Yen et de l’Euro, chute du dollar contre toute devise, forte baisse du secteur bancaire mondial  et en contre partie hausse de l’or accompagnée d’un  bond exceptionnel du secteur des mines d’or. Cela a couté cher! Une volatilité généralisée que l’on n’avait pas connue  depuis le mois de Décembre. Pour l’exemple, le Yen a monté de 2% , le dollar index a chuté de 1,8%, les mines d’or ont fini la semaine sur une performance de +13, 8%.
Le plus spectaculaire, pour nous, c’est la baisse des taux et donc symétriquement la hausse des fonds d’état dont pourtant le marché reste très large: le rendement des Treasuries à 2 ans a chuté de 11 pts de base en une seule journée, et de 14 pbs sur la semaine, à 0,77%. Le rendement du 5 ans a perdu 25 pbs à 1,23% et celui du 10 ans 15 pbs à 1,7%. Relevons en passant que le Bund Allemand s’est mis à l’unisson, son rendement a chuté de 5 pbs à 0,68%. Un vrai carnage quand on sait que la spéculation est vendeur « short » pour des quantités records sur tous ces assets selon les derniers chiffres de la CFTC,  Commodity Futures Trading Commission.
Le bon temps ou les Hedge funds et les Proprietary Trading faisaient  leurs choux gras en suivant la Fed est terminé: on ne peut ni jouer contre la F ed ni jouer avec elle, tout est perdant.  Les pertes de la Communauté sont systémiquement importantes car elles cassent la connivence et donc la maniabilité du Système, ce dernier se disloque, se met en « désordre  de marche ». Ceci accompagne la perte de crédibilité des Banques Centrales, elles étaient crédibles tant qu’elles faisaient gagner de l’argent nous l’avons expliqué en son temps. Les bandits ne s’entendent que tant que le butin à se partager est suffisant. Le temps va venir ou certaines institutions géantes vont oser être à nouveau « rogues », c’est à dire qu’elles vont venir agir en prédateur. Le Syndicat géant va se disloquer.
Le message lancé par les marchés est clair, la hausse des taux de la Fed est inadéquate, elle va à l’encontre des marchés qui eux prédisent la baisse de ces mêmes taux. La divergence entre  ce que veut et dit la Fed et ce qu’anticipent les marchés, au lieu de se réduire, cette divergence s’aggrave, la Fed est de plus en plus hors  du coup , à « coté de la plaque ».
Tout au long de ces dernières semaines, la Fed s’était évertuée à réduire cet écart entre les anticipations des marchés et son plan de marche, elle s’est ridiculisée. Ce sont les marchés qui ont raison, pas la Fed. La probabilité pour une hausse des taux en Juin s’est effondrée, elle était de 22% juste avant les chiffres de l’empoi, elle a dégringolé à … 4%; Il y a une semaine cette même probabilité était encore de 30%. Voilà ce que c’est de mener une politique monétaire « data dependant », c’est à dire gouvernée par les statistiques.
La Fed voulait régulariser, monter les taux, et les opérateiurs lui disent: non, pas question, n’y pensez même pas!  Tirez un trait sur votre espoir de pouvoir reprendre l’initiative les 14/15 Juin. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, la Fed a une fois de plus perdu le contrôle, elle est dans un coin, dans  un « corner ». Elle court derrière les marchés, derrière l’économie et une fois de plus elle a raté la lucarne de tir.
Les pertes de la Communauté spéculative fragilisent le système, elles traduisent la montée des risques réels, les vrais, pas ceux des modèles, et elle va inciter à plus de prudence sinon de retenue dans  le levergaging. Or c’est précisement ce dont le monde a le moins besoin. Le monde a besoin que les paris restent ouverts , que le casino continue de tourner alors que d ‘une part la croissance ralentit et que d’autre part les autorités perdent la main. Par ailleurs, la hausse du Yen et le rebond de l’Euro vont dans le sens du deleveraging également; si on perd sur les emplois et aussi sur les ressources, cela devient intenable.
On craignait la divergence mondiale entre les USA et le reste du monde, voilà que l’on se trouve devant un indicateur qui pointe vers la convergence sinon la resynchronisation. Cela fait mal à ceux qui travaillent en « carry ». Le Yen a fait un bond de 3,4% en fin de semaine, signant ainsi  un presque plus haut de 18 mois alors que Kuroda prie et menace pour le faire baisser. L’Euro a refranchi ses résistances à la hausse au dessus des 1,1335 alors qu’il tentait  de faire un parcour vers le bas, il n’est plus très loin de ses plus hauts de l’année!
Les commentateurs sont, semble-t- il, passés à coté de l’essentiel en ne mettant pas en évidence le fragilité du secteur bancaire. Celui ci bénéficiait depuis quelque temps des faveurs des recommandations du « sell side » et voila qu’il rechute lourdement avec tous les effets  d’entrainement et de transitivité que l’on peut craindre. Les plus touchées ont été les banques de l’eurozone; le STOXX 600 des bancaires a perdu 2,2% vendredi ce qui a porté son déchet de la semaine à 5,4% , et ceux de l’année 2016 à 19,6%. A tout seigneur tout honneur les banques Italiennes ont reculé de 2,9% pour des pertes hedomadaires de 8,9 % et des pertes de 2016 de 40%.
Rien d’étonnant si les primes de risque , les spreads se dilatent à nouveau sur les Périphériques européens, n’est ce pas! Le risque, le vrai risque monte.
Le risque monte, de plus en plus,  et il se donne à voir non dans  les mouvements boursiers, mais dans le désordre et l’impuissance des régulateurs: « ils » sont dépassés.
Rien ne se passe comme « ils » l’avaient anticipé, rien ne se passe comme « ils » le souhaitent. C’est une évidence maintenant pour ceux qui ont le nez collés sur les terminaux qui donnent les nouvelles, mais c’était un constat assuré depuis longtemps pour ceux qui observent le déroulement hsitorique de la crise depuis sa révélation.  Et surtout pour ceux qui ont la mémoire des propos des dirigeants. Il suffit ce comparer ce qu’ils ont dit à ce qu’ils font ou plutôt à ce qu’ils sont incapables de faire.
Nous avons toujours soutenu la thèse du « No Exit ». Le mythe, l’illusion  de leur pouvoit tient encore grâce aux subterfuges. Normalement, tout aurait du craquer lorsque  la Fed a stoppé les QE; cela n’a pas craqué car on a fait donner la garde,  on a fait lancer les QE de la BOJ et de la BCE en relais.  Cela a donné l’illusion que l’on pouvait sortir des politiques non conventionnelles.  On voit clairement maintenant que cette illusion ne vaut pas plus que celles de  David Copperfield. Avec l’impasse dans  laquelle se trouve le Japon,  et les mesures désespérées qu’il sera obligé de prendre, nous pensons qu’une nouvelle étape de prise  de conscience va bientôt s’effectuer.
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