Les marchés vivent sous morphine, mais le mal progresse

 

Dans le passé, jusqu’en 2007 nous vivions sous stéroides. Le dopage  avait pour objectif de nous exciter, de nous donner l’impression d’une croissance et d’une prospérité supérieures à la fois à la réalité et surtout supérieure au potentiel raisonnable.

D’ou, bien sur, le recours à l’accroissement des endettements et l’argent facile. Depuis la crise, la drogue a changé, on s’est apercçu que les excitants produisaient peu d’effets et que le plus facile était de s’attaquer aux perceptions, c’est à dire aux marchés.

On a fait en sorte que les marchés disent ce que l’on voulait entrendre, qu’ils disent que les choses  allaient mieux. Puis cette nouvelle forme de dopage a, elle également, touché ses limites: nouvelles bulles ménaçant la stabilité financière du système, flux financiers inopportuns, spéculations désordonnées, élargissement des inégalités, le tout pour un résultat bien maigre: la croissance est resté modeste, avec une incapacité marquée à s’auto enrtetenir.

On a tenté de faire croire que tout cela était la nouvelle norme, « le new normal », mais comme il a fallu réduire sans cesse cette nouvelle norme, on s’est résigné à introduire une nouvelle donne de pure propagande cette fois: la croissance serait séculairement ralentie.

Et l’on a commencé à brasser de nouvelles idées; les pistes allant des taux négatifs aux prélèvements sur les comptes bancaires, au revenu universel ou à sa variante le « social credit ». Bernanke est allé assez loin puisqu’il prone la monétisation directe des dépenses et des répartitions des Etats afin de réaliser une sorte « d’hélicopter money » qui ne passe plus par l’intermédiaire des banques.

Mais le temps presse. Les conséquecnes de l’échec des politiques menées reviennent comme une vengeance: on a beau manipuler les perceptions, les gens des marchés sont stupides, mais pas ceux de la rue, ils ressentent l’appauvrissement, la glissade et ils votent. Ils mettent en question non seulement les solutions à la crise, mais aussi l’ordre politique et si on n’y prend garde ils mettront bientot en question l’ordre social. Tout ce que l’on voit, depuis la dislocation des bipartismes; la  montée de ce que les bien-pensants appellent les extrèmes, le débat sur le Brexit, la popularité de Trump, les tensions à l’intérieur de l’Europe,  etc etc, tout ce que l’on voit est le vrai symptôme de l’échec. On n’a pas réussi à revenir aux conditions antérieures, le système n’arrive pas à se reproduire à l’identique. On peut mentir aux marchés car c’est leur intérêt de croire aux mensonges qui les enrichissent, , mais on ne peut mentir aux peuples car il vivent la dégringolade dans le quotidien.

En attendant que tout cela se décante, il faut bien vivre et surtout éviter de remettre en cause la stabilisation obtenue par sept années de politique monétaire non conventionnelle. Et il faut maintenir »la confiance » la crédibilité des autorités et celle de la Fed en particulier. Il ne faut pas que le sentiment de l’échec et de l’impuissance se diffuse trop. Il ne faut pas que le doute fasse boule de neige et menace de se transformer en colère.

Les marchés questionnent le bluff de Yellen

Pour cela il faut oser bluffer. Bluffer c’est oser affirmer que tout va bien , que la reprise est sur la bonne voie et que pour peu que l’on y mette un peu de patience et de doigté, on est sorti d’affaire. Quel meilleur moyen d’affirmer que tout va bien ou mieux, que de réduire les doses de médicaments? C’est la fonction de la hausse des taux dans le dispositif, après le plafonnement/maintien  des QE.

Réduire les doses de laxisme monétaire, c’est  administrer la preuve que l’on est sur la bonne voie. Et c’est le sens  des messages de Yellen depuis la mi 2014, messages renouvelés en Juin 2015, puis en Décembre . Ces messages  annoncent et justifient un chemin, « a path », une voie programmée vers la régularisation. Ce que nous voulons exprimer c’est le fait que la régularisation n’est pas justifiée par la situation réelle de l’économie, mais par les nécessités de la gestion des psychologies. La régularisation, c’est la méthode Coué. Et vous comprenez ainsi beaucoup mieux pourquoi elle est sans cesse remise en cause, elle begaie, elle balbutie; elle ne tient qu’à un fil de perceptions et ces fils sont ténus, peu solides. Pourtant, la ficelle de la hausse des taux , car c’en est une maintenant, est un peu grosse.  La hausse des taux ne s’impose pas en pure gestion. On vient encore d’en avoir l’illustration avec le contrepied des  mauvais chiffres de l’emploi ,  certes ils sont mauvais, mais pour Yellen, il faut feindre, « faire comme si » et s’accrocher  au schéma qui a été tracé.

En décembre, la Fed à décidé de monter ses taux pour la première fois depuis la Grande Récession. Elle a tiré un peu vite sur les chiffres pour leur faire dire que l’expansion était suffisante pour absorber le sous emploi, le « slack » et créer les conditions de la croissance auto-entretenue. Yellen souvenez vous a expliqué : l’économie est « on a sustainable path », « we are confident in the US économy ». On devait alors le prouver en montant les taux de 1% en 2016 , on allait même jusqu’à affirmer « qu’il fallait se préparer à contrôler l’inflation et éviter une hausse des salaires trop vive » (sharp wage rises).

Nous sommes six mois plus tard et la Fed n’a pas pris le risque de monter les taux une nouvelle fois. Elle a du accepter de se déconsidérer, et de diverger de son « path ». Pire, elle a du s’incliner devant les marchés qui proclament que la Fed se trompe et que l’on ne peut monter les taux comme elle l’annonce. Les marchés cpmbattent la Fed, ils crient qu’elle se trompe.

Maintenant, l’économie ralentit à nouveau! Cela fait quelques trimestres que cela se donnait à voir, mais jusque là l’emploi maintenait la fiction, l’illusion que l’allure de la croissance restait satisfaisante. Cette semaine, à Philadelphie, devant le World Affairs Council, Yellen a du plier, elle a du reconnaitre , un peu maladroitement, son inquiétude en revenant à son diagnostic  « d’incertitude ». Elle prétend rester optimiste, ce que la presse met en avant, mais hélas, l’espoir n’est pas une stratégie, les chiffres convergent et ils sont là.

yellen

Les conditions du marché du travail vont dans le sens d’une décélération, c’est incontestable.

Fed labour conditions

Si on en croit le dernier sondage de la National Association of Business Economics, la croissance va ralentir en 2016 à un rythme de 1,9% alors que les prévisions/ espoirs étaient affichés à 2.5%.

NABE

Les chiffres de l’emploi sont mauvais quelque soient les triturations; le chômage est à 4,7% , au plus bas depuis 2007, mais c’est parce que les gens cessent de chercher du travail, la « labour force  » a décru de 458 000. Les vrais jobs, ceux qui permettent de gagner dignement sa vien continuent de se contracter. Il n’y a que 7,4 millions de chômeurs offciellement, mais mais si on tient compte du sous-emploi qui devient chronique, c’est 20 millions de personnes qui ne peuvent vivre dignement protégés de la précarité. Les emplois sont mal payés et surtout de plus en plus à temps partiel: ce temps partiel a bondi de 468 000 ce dernier mois.

Ce qui compte pour le système, ce n’est pas Wall Street, mais Main Street et surtout en période électorale. Les vrais indicateurs de l’économie ce sont ceux qui touchent au concret, pas aux abstractions des professeurs et des fonctionnaires, ce sont les difficultés des étudiants à honorer leurs dettes, la croissance des impayés dans le crédit auto, la progression continue de la soupe populaire (les food stamps) ; l’envolée des couts de la santé, la chute de la propriété immobilière des ménages, le plongeon du revenu médian …et la résultante synthétique de tout cela: la présence de Trump dans la course à la Présidence.

Americans

 

 

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