Titre :Les chocs se succèdent, les mines explosent l’une après l’autre, ….tout est piégé.
Conrad Bertez
« Les causes précèdent nécessairement les effets, l’histoire explique le présent. »
Les répliques du choc du Brexit semblent vouloir s’enchainer. Un peu partout, de nouveaux foyers d’inquiétude s’allument et, dans un climat financier délétère dominé par l’incertitude et le stress, les esprits ont vite fait de s’enflammer. Hier, c’était le marché immobilier britannique ; aujourd’hui, c’est la situation italienne ; demain, cela sera peut-être la situation de toutes les banques européennes menacées de contagion. Plus tard, on recommencera certainement à parler des risques sur l’euro et sur la construction européenne. Tout s’accumule. Les marchés baissent et les opérateurs ont vite fait de faire l’amalgame ou de créer des liaisons entre des événements qui, en eux-mêmes, n’ont pas forcément de rapport. On voit fleurir à un vocabulaire de catastrophe, les titres des dépêches d’agences utilisent des mots comme « instabilité », « chaos », « crise. » Quand on sait que les marchés sont essentiellement gouvernés par l’émotionnel, on comprend les remous actuels.
La raison de cette situation remonte à 2015. C’est en effet à l’été 2015 que le climat boursier s’est assombri. La tendance haussière s’est brisée, le top a été fait. Une tendance baissière s’est enclenchée. Au cours des mois qui ont suivi, plusieurs chocs sont venus ébranler la solidité de l’édifice financier. En particulier le choc de la baisse du pétrole, celui de la chute des matières premières et enfin l’éclatement de la bulle chinoise. Ces chocs ont été jugés tellement importants et dangereux que, d’abord la Réserve fédérale US a différé son calendrier de hausse des taux et qu’ensuite, lors de la réunion de Shanghai, un certain nombre de mesures ont été prises afin de stopper les enchainements négatifs. Les marchés qui étaient au bord du gouffre en janvier ont commencé de se redresser à la mi-février. On a repris en main le pétrole, les matières premières, et on a réduit la tension sur le dollar afin de favoriser un meilleur financement international. D’un risk-off noir en début février, on est passé à un risk-on nettement plus optimiste. Les financiers ont la mémoire courte, mais les dégâts étaient faits en profondeur, le terrain était miné.
Au cours des mois qui ont suivi, la tenue des marchés financiers a été essentiellement soutenue par l’espoir. Espoir que des nouvelles mesures seraient décidées par les Banques Centrales. Espoir que la conjoncture américaine allait se redresser après un passage à vide au premier trimestre. Espoir que l’inconnu et l’incertitude du Brexit allaient être levés et allaient par conséquent procurer une sorte de soulagement. Rien ne s’est passé comme prévu.
Alors que l’on se préparait à une reprise estivale, l’orage est arrivé, comme un coup de tonnerre, le référendum britannique qui a opté pour le Brexit est venu tout remettre en question. Dans un premier temps, le choc a été sévère avec des reculs de 10% sur les marchés lors de la réouverture, et des écarts de 15% sur les valeurs bancaires considérées comme particulièrement vulnérables. La réaction des autorités a été rapide et adaptée. Elles ont calmé les appréhensions en promettant pour la énième fois de nouveaux assouplissements de politique monétaire. De façon concertée, toutes les Banques Centrales ont assuré qu’elles s’opposeraient « à un resserrement des conditions financières ».
Les choses auraient pu en rester là et beaucoup croyaient même qu’à la faveur de ces promesses et de quelques mesures budgétaires complémentaires, le secteur financier allait pouvoir passer le cap sans trop de dégâts. Il n’en a rien été.
Mardi 5 juillet, on a appris les difficultés des sociétés immobilières britanniques. Trois d’entre elles ont été obligées d’annoncer qu’elles suspendaient les transactions sur leurs titres et étaient incapables de satisfaire aux demandes de liquidités des porteurs. Tous les spécialistes avaient beau s’attendre à ces difficultés, dans un climat orageux, ces nouvelles ont fait très mauvais effet. La spéculation a été colossale sur l’immobilier britannique, non seulement sur le résidentiel, mais également sur la propriété commerciale. A la faveur des taux d’intérêt extrêmement bas, et grâce à une conjoncture britannique plutôt porteuse, la valeur de l’immobilier s’est envolée, une bulle s’est reformée et les loyers eux-mêmes se sont mis à galoper. Cette conjoncture a produit des rendements de 18 à 20% pour les porteurs de parts des sociétés concernées. Inutile de dire que la spéculation s’en est emparée, la qualité du secteur s’est dégradée. L’ensemble est devenu fragile.
Heureusement les autorités et les managers avaient prévu la possibilité de difficultés et des coupe-circuits avaient été prévu. Ce sont ces coupe-circuits qui ont été mis en œuvre, mais au lieu d’être appréciés comme tels par la communauté financière, c’est à dire comme un signe que les mesures prudentielles fonctionnaient, elles ont été considérées comme justifiant la panique.
La situation italienne constitue le second élément d’inquiétude. Il y a très longtemps que les banques italiennes sont en mauvaise posture. Déjà en 2013 les institutions internationales s’inquiétaient. La banque JP Morgan par exemple évaluait les créances douteuses italiennes à 500 milliards d’euros pour un total de créances douteuses européennes de 750 milliards d’euros. Il apparaît à l’évidence donc que le problème était connu depuis longtemps. Et il aurait pu être résolu dans des conditions satisfaisantes s’il n’y avait eu opposition politique entre l’Allemagne et l’Italie.
Le gouvernement italien considère qu’il n’est pas en position d’imposer une recapitalisation douloureuse à son pays. Il souhaite utiliser des fonds publics pour aider à cette recapitalisation. En sens inverse les Allemands veulent que les Italiens « paient », certains disent même qu’ils veulent les punir. En conséquence ils exigent que les règles européennes soient appliquées c’est-à-dire que la recapitalisation passe d’abord par l’imputation de pertes aux actionnaires, aux obligataires et aux déposants. Les choses se sont aggravées à un point tel que ces derniers jours, Renzi, qui se sait fragilisé politiquement, a menacé de passer outre aux volontés de Bruxelles et des Allemands. Renzi est allé jusqu’à mettre en cause publiquement Draghi en l’accusant de n’avoir rien fait lorsqu’il était au Trésor italien pour résoudre le problème bancaire. Renzi vientde réaffirmer qu’il ne voulait pas spolier les épargnants italiens.
Dans un environnement délétère, dans une situation économique marquée par un ralentissement de la croissance, dans une ambiance politique dominée par l’incertitude, tous ces chocs successifs ébranlent la sérénité des investisseurs, même celle des plus raisonnables.
A fortiori elle fait douter les plus fragiles ; elle réjouit ceux qui ne cessent de critiquer les politiques suivies et qui n’ont de cesse de montrer qu’elles conduisent à la catastrophe.
La stabilité mondiale repose sur une pointe. Cette pointe, c’est celle de la confiance et de la crédibilité dans l’action des Banques Centrales. Ce sont elles qui tiennent le système à bout de bras depuis la crise de 2008 et ce sont elles qui ont encore dû monter en première ligne tout au long de 2015 et encore ces derniers jours.
La situation est devenue tellement lourde et complexe, qu’elles finissent par se trouver dans une impasse. Quoi qu’elles fassent, il y a toujours une pièce du système qui lâche. Quand ce ne sont pas les marchés financiers, c’est l’immobilier, quand ce n’est pas l’immobilier, ce sont les banques, et si ce ne sont pas les banques, ce sont les emprunts souverains des pays périphériques. Le dernier développement en effet concerne les fonds d’état des périphériques européens. Les primes de risque sont en train de s’élargir, ce qui constitue en soi un nouveau motif d’inquiétude : une baisse des fonds d’Etat des pays en difficultés rejaillit immédiatement sur les banques du pays concerné.
Le navire prend l’eau. Les Banques Centrales écopent. Elles parent au plus pressé ; hélas les brèches se multiplient.
« Heureusement les autorités et les managers avaient prévu la possibilité de difficultés et des coupe-circuits avaient été prévu. »
S’ils avaient vraiment prévu qqch, ils auraient fait correspondre la liquidité de l’investissement à celle du sous-jacent…
Donc non, je ne crois pas qu’ils aient prévu quoi que ce soit. Ils n’apprennent jamais rien des catastrophes passées.
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