Renzi risque de perdre le contrôle de l’Italie

Renzi risque de perdre le contrôle de l’Italie

jeudi, 07.07.2016
Agefi suisse

Banques italiennes. La montée du parti Cinq Etoiles augmente l’incertitude financière

Conrad Bertez

Trois sondages, menés par Ipsos, Euromedia, et EMG en début de semaine indiquent que le parti populiste cinq Etoiles est maintenant plus populaire que le parti démocratique du premier ministre itlaient. Matteo Renzi est acculé par une économie en ralentissement et un système bancaire  qui pose «un risque systémique pour l’Europe» d’après Bini Smaghi, le président de la banque française Société Générale. Renzi doit maintenant gérer un risque de crise politique.

Un referendum sur l’amendement de la constitution italienne est prévu pendant le mois d’octobre. Cet amendement vise à réduire le pouvoir du sénat Italien. Le referendum est implicitement un vote de confiance pour Renzi et ses réformes, et le premier ministre italien a annoncé qu’il donnerait sa démission s’il n’obtenait pas le soutien populaire. Les réformes libérales menées depuis son arrivée au pouvoir ont largement érodé sa popularité alors que les espoirs de reprise de l’économie italienne commencent à s’estomper.

Le gain de popularité du mouvement cinq Etoiles peut être considéré comme une mauvais présage pour le referendum prévu en octobre. Si Renzi venait à démissionner suite à l’échec de sa réforme, la prise de pouvoir par le parti populiste pourrait mettre fin aux tentatives de libéralisation de l’économie italienne. Le parti Cinq Etoiles n’est en outre pas anti-européen, mais il est un franc partisan de la démocratie directe, ce qui risque de poser de grosses difficultés dans les négociations avec la Commission européenne, échaudée par la récente victoire des partisans du Brexit au Royaume-Uni.

Cet aspect est particulièrement important pour le système financier italien. Il est en mauvaise position après 13 trimestres de récession. Au moins 18% du bilan des banques est composé de dettes non-performantes, soit 360 milliards d’euros. Les  revenus des banques italiennes sont affaiblis par l’environnement de taux d’intérêt presque nul. Elles sont trop faiblement capitalisées pour soutenir l’économie italienne par l’émission de plus de crédit, et la chute constante de leurs titres les empêche de trouver des souscripteurs à leurs tentatives de recapitalisation sur le marché. La croissance italienne en souffre déjà comme en témoigne les chiffres du commerce italien sortis hier, les pires en 31 mois.

Renzi avait tenté en avril de recapitaliser les banques  à travers la création d’une «bad bank» qui devait acheter les mauvaises dettes italiennes au frais du public. La commission européenne a refusé, citant les règles européennes de «bail-in» interdisant l’aide aux banques tant que les épargnants et les créditeurs n’ont pas fait de pertes. Le gouvernement Italien avait alors créé le fonds Atlas. Cet actionnaire de dernier recours financé par les banques italiennes n’a pas suffi. Seulement capitalisé à hauteur de 5 milliards, il n’a fait que redistribuer les risques entre les banques italiennes au lieu de les réduire.

Suite aux résultats du referendum britannique, les titres des banques italiennes ont perdu 20%. Renzi a essayé encore une fois d’obtenir la permission de la commission, cette fois pour une recapitalisation des banques à hauteur de 40 milliards,  car la loi permet normalement des dérogations en cas de crise exceptionnelle. L’Allemagne s’y est opposée encore une fois, lui offrant seulement la possibilité de garantir les dettes des banques plutôt que de les recapitaliser.

La situation des banques n’a pas cessé de se détériorer depuis. Deux banques régionales, Popolare di Vincenza et Veneto Banca, ont tenté une augmentation de capital de l’ordre de 2,5 milliards sans trouver preneur. Elles ont dû faire appel aux ressources du fonds Atlas. Monte Dei Paschi, la troisième banque italienne, a reçu lundi une demande de réduire des mauvaises dettes de la part de la banque centrale européenne.  Son titre s’est tant écroulé en réponse que le gouvernement a interdit la vente à découvert. Les primes sur les assurances contre le défaut (CDS) de la banque ont ensuite fortement augmenté, et indiquent maintenant que deux tiers des investisseurs s’attendent à une faillite de la banque d’ici cinq ans.

Coincé par la commission européenne avec un système financier dont le capital chute sans cesse, Renzi rassurait hier qu’il n’y a «aucun risque pour les épargnants italiens».

Le chef du gouvernement a toutefois invité l’Union européenne à «réfléchir» à la situation des banques en Europe. «Les prochains jours, j’en suis sûr, permettront aux autorités européennes de bien réfléchir à la situation du crédit sur notre continent», a déclaré M. Renzi lors d’un point de presse à l’issue d’une rencontre avec son homologue suédois Stefan Lövfen. «Qui connaît la réalité sait que la vraie question sur la finance en Europe n’est pas celle des créances douteuses italiennes, mais celle des produits dérivés des autres banques», a-t-il ajouté

En tout cas, la promesse de bail-out implicite vient à point, car elle permet d’éviter une ruée sur les banques qui aurait des effets catastrophiques. Renzi tente de négocier un accord avec l’Europe tandis que le fonds Atlas dépense ses maigres ressources, mais il n’est pas certain que la population italienne, et les investisseurs, y croient. Si le referendum d’octobre venait à échouer, cet arrangement déjà précaire serait plongé dans une incertitude plus grande encore. n

Révolte sourde contre le Comité de Bâle

Les fédérations bancaires française et allemande souhaitent que la Commission européenne reçoive un mandat «clair» pour négocier de nouvelles règles prudentielles moins exigeantes pour elles auprès du Comité de Bâle, selon un communiqué publié mercredi.

Cette demande a été formulée à l’issue d’une rencontre à Berlin avec le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble.

Les deux fédérations s’inquiètent notamment de devoir augmenter leurs fonds propres «de plus de 50%», alors qu’elles estiment les avoir renforcés «significativement» au cours des dernières années.

Elles jugent, en outre, que les propositions actuelles du comité risquent de créer une distorsion de concurrence à l’avantage des banques américaines.

Le ton monte actuellement en Europe contre les règles prudentielles en cours d’élaboration au sein du Comité de Bâle, tandis que le G20 a récemment demandé à ce que ses futures réformes ne comportent pas d’augmentation trop importante des exigences de fonds propres.

«Les propositions techniques actuelles avancées pour consultation par le Comité de Bâle ne respectent pas cet engagement: elles doivent donc être révisées», a ainsi insisté mercredi matin le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.n


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