La crise bancaire, la goutte d ‘eau qui peut faire déborder le vase eurosceptique

Alors que les politiciens et les banquiers centraux tentaient de nous effrayer avec le vote sur le Brexit, nous ne nous sommes pas laissé intoxiquer et nous avons soutenu que le vrai problème n’était pas le Brexit en lui même mais la situation des banques en Europe et singulièrement la situation des banques Italiennes et celle du géant allemand, la Deutsche Bank .

Nous n’avons cessé de passer des graphiques et des alertes pointant leur descente aux enfers en bourse. Nous avons stigmatisé l’ignorance et l’irresponsabilité de Schauble le juriste et de Merkel la politicienne qui voulaient maintenir le principe des bail-in et refusaient le bail-out pour punir les italiens. Or il apparait maintenant que là aussi nous avions raison: on se rend à l’évidence les bail-ins sont dangereux car on ne peut spolier les épargnants italiens sauf à courir le risque d’un retour de baton anti-euro, anti Union. Les Italiens détiennent l’arme atomique, ils peuvent faire sauter l’Union Européenne.

Voila que le FMI va dans  notre sens , il tire la sonnette d’alarme sur les banques italiennes, sur la stagnation de long terme (20 ans) de l’Italie et le risque systémique pour l’euro qui en découle. Il n’y a pas de convergence possible ou alors il faut que l’ Allemagne paie, c’est simple.

Nous buvons du petit lait, satisfait de ne pas être tombé dans  le piège de la propagande officielle. De même nous avons immédiatement indiqué que dans  le cadre du système dit de »Vive les Crises » tout cela laissait présager une bonne rasade de whisky monétaire et beaucoup de mesures subreptices comme celles qui consistent  à fermer les yeux sur les déficits qui dérapent à nouveau en Europe. Tout cela est bon pour ce que nous appelons la « hausse de misère », la hausse provoquée par la menace de catastrophe. Les chants désespérés sont toujours les plus beaux!

De même toujours, nous avons pointé le lien entre d’un coté le risque sur les banques et de l’autre les taux zéro ou négatifs: c’est parce que l’argent en dépôt bancaire est menacé que les grosses fortunes achètent des fonds d’état à n’importe quel prix: elles fuient la monnaie bancaire, « la mauvaise monnaie chasse la bonne », on stocke la bonne, celle qui a la garantie de l’état et on se débarasse de celle qui n’a pour garantie que le bilan et la solvabilité des banques.

C’est un run, discret, silencieux, voila ce qu’il faut comprendre, voila comment il faut interprêter les achats irrationnels, mais pas si  irrationnels que cela, sur les refuges que sont les fonds d’état. Plus les cours des banques euros chutent et plus les taux du 10 ans US chutent, il faut prendre la liaison causale dans ce sens et non à l’inverse. On achète des fonds d’état américains car ils sont plus surs que la monnaie scripturale des banques euros.

De même nous avons expliqué qu’une chaine n’était jamais plus solide que son maillon le plus faible et que les ratios des banques en Europe ne devaient pas faire illusion, la contagion est redoutable, la Deutsche Bank est le maillon faible.

Compte tenu de la gravité de la situation illustrée par l' »euphorie misérable » des bourses , actions et obligations, la question se pose: est-ce que le problème bancaire européen peut être résolu sans  modification radicale des arrangements institutionnels européens ?

On le voit nous n’hésitons pas à aller très loin. La politique suivie depuis 2012 est un échec, on n’a pas réussi à réduire le risque bancaire, on n’a pas réussi à déconnecter les banques des Souverains, on revient à la situation d’avant le Banking Act qui n’a jamais été finalisé. La question centrale , le casus belli avec l’Allemagne se pose; et cette question est celle de la solidarité.

La Grèce n’était qu’une répétition et son cas a montré tout ce qu’il ne fallait pas faire! La catastrophe ne s’est pas vue car la Grèce est un petit pays, mais l’Italie, c’est autre chose. Les idiots de la TROIKA ont voulu continuer le « extend and pretend » sans  se rendre compte que cela était suicidaire car cela laissait non résolus les problèmes futurs: que faire en cas de choc ou de détérioration de la situation d’un pays majeur comme l’Italie? La Grèce était un cas d’école, un modèle réduit sur lequel il fallait travailler et innover. Les gouvernements ne l’ont pas compris. La Grèce n’était pas une exception, non c’était la répétition/anticpation de ce qui allait se passer. Toutes les failles de l’euro et de l’Union s’y sont révélées.

L’italie est , disons nous un pays majeur et pas seulement en terme de poids économique ou en terme de poids dettes, mais en termes historiques; c’est un pilier, un membre fondateur de l’Union. Il dépend des Allemands et de Schauble et Merkel de faire de la brêche actuelle dans  l’Union, un gigantesque gouffre.

Les banques italiennes sont attaquées par la Communauté spéculative mondiale, elles sont quasi sans fonds propres, même pas sous capitalisées, et la question terrible se pose : qui peut venir à leur secours, qui est le garant? Renzi voulait que l’on injecte 40 milliards, cela ne suffirait déjà plus a restaurer la confiance. En attendant la BCE fait en sorte de fournir les liquidités pour tenir, et elle accumule les dettes souveraines de l’Italie ; tout en déséquilibrant encore plus le système. Non seulement l’intervention de l’état italien est nécessaire, mais elle se suffira pas car il est faible et fragile et surendetté. Le pays n’a aucune croissance depuis son entrée dans  l’Eurozone,  les banques sont zombies, la machine a créer du crédit est cassée ce qui pèse encore sur les possibilités de croissance.

Nous avons évoqué la nécessité de nouveaux arrangements institutionnels  en Europe afin de pourvoir traiter le problème italien ,mais également celui de la Deutsche Bank , non seulement les Allemands ne veulent pas payer pour les autres, mais ils ne peuvent payer pour eux même c’est à dire pour la Deutsche Bank. La valeur de la banque allemande se contracte comme peau de chagrin, elle ne peut se recapitaliser par elle même, ses cocos sont bradés, ses CDS sont au plus haut, la situation est pire que lors de la crise  de 2008.  Les marchés nous disent clairement, à l’évidence, que la Deutsche  a un problème et ils la considèrent comme presque Junk. Les deux règles chères à Schauble , mais aussi aux élites Allemandes, pas de nouvelles dettes publiques , pas de fonds publics pour venir en aide, ces deux règles bloquent aussi bien la situation concernant les banques italiennes que concernant la banque allemande. Là aussi il y a enchevètrement.

Dans la situation présente caractérisée par l’impossiblité d’interventions publiques européenne et nationale, la seule solution est celle défendue par Schauble, celle des bails in, mais elle met  en danger  le sentiment européen , elle risque de constituer la goutte d’eau qui fera déborder le vase eurosceptique.

EN PRIME  une déclaration terrible d ‘un connaisseur , Lorenzo Bini Smaghi : tout le secteur bancaire est sous pression.. nous avons adopté des règles inadaptées, elles doivent être changées, dans un marché ou les crises potentielles menacent. 

“Italy’s banking crisis could spread to the rest of Europe, and rules limiting state aid to lenders should be reconsidered to prevent greater upheaval, Societe Generale SA Chairman Lorenzo Bini Smaghi said. ‘The whole banking market is under pressure,’ the former European Central Bank executive board member said… ‘We adopted rules on public money; these rules must be assessed in a market that has a potential crisis to decide whether some suspension needs to be applied.’

With about 360 billion euros ($389bn) in soured loans saddling Italian banks, the government has sounding out regulators on ways to shore up lenders bruised by a renewed selloff after the British vote to leave the European Union. The government would invoke an EU rule allowing temporary state aid if regulatory stress tests uncover a shortfall at Banca Monte dei Paschi di Siena SpA, a person with knowledge of the discussions said…”

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur “La crise bancaire, la goutte d ‘eau qui peut faire déborder le vase eurosceptique

  1. Les événements semblent accélérer, comme dans une fractale.

    Voir David Stockman furax aujourd’hui dans zerohedge contre Ben, ses hélicos, et sa chevauchée des Valkyries : http://www.zerohedge.com/news/2016-07-12/stockman-rages-ben-bernanke-most-dangerous-man-walking-planet – à noter qu’il vous rejoint sur le fait qu’un jour ce type devra être jugé par le tribunal de La Haye…)
    Et puis, en complément de votre excellent billet, la non moins excellente Liliane Held à propos de la terrifiante menace des chambres de compensation et du rôle trouble de la DB dans cette affaire :

    https://lilianeheldkhawam.com/2016/07/10/le-risque-de-faillite-systemique-de-leurozone-vient-de-ses-chambres-de-compensation-partie2-liliane-held-khawam/

    Nous vivons une époque passionante en tout cas, merci à vous de l’éclairer par vos analyses si souvent prémonitoires.

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