Un stress test qui en dit bien peu sur les banques!

Un stress test qui en dit peu sur les banques

SAMEDI, 30.07.2016
Agefi Suisse


Les résultats du stress test administré vendredi par l’autorité bancaire européenne aux banques n’ont pas l’air de rassurer. Les commentaires se concentrent sur la méthode et les perdants, bien  que la grande majorité des banques aient réussi l’épreuve.

Conrad Bertez

Les resultats du stress test administré vendredi par l'autorité bancaire européenne de Andrea Enria aux banques n'ont pas l'air de rassurer. Les commentaires se concentrent sur la methode et les perdants, malgré le fait que la grande majorité des banques aient réussi l'épreuve.

Les resultats du stress test administré vendredi par l’autorité bancaire européenne de Andrea Enria aux banques ne rassurent pas. Les commentaires se concentrent sur la methode et les perdants, malgré le succès de la grande majorité des banques. (Reuters)

Vendredi soir, à 21h, l’autorité bancaire européenne (EBA) publiait les résultats de son stress test annuel. L’heure était choisie afin que tous les marchés concernés soient fermés à la sortie de l’annonce, pour ne pas provoquer de mouvements brusques ou désordonnés sur les marchés.

Les résultats du test, et ce que le test essaie d’accomplir, sont complexes. C’est l’une des raisons pour lesquelles, cette fois, l’EBA n’a pas élaboré de critères de succès ou d’échec explicites.

Néanmoins, en appliquant les critères des accords de Bale et des stress tests précédents, deux banques apparaissent comme singulièrement mal préparées à affronter le scenario de l’EBA: Banca Monte dei Paschi di Siena, la troisième plus grande banque italienne, et Allied Irish Banks, l’une des quatre grandes banques irlandaises.

Généralement, les réactions aux résultats du stress test semblent mitigés. Les grands médias internationaux comme le Wall Street Journal et le Financial Times y voient un signe positif modeste quant à la capacité du système bancaire européen à résister à des chocs. Bloomberg, de son côté, se concentre plus sur les perdants. Bloomberg a publié plusieurs critiques des méthodes utilisées dans le stress test au cours des jours précédents. Il suggérait que les tests du Centre pour la Gestion du Risque de l’Université de Lausanne, dont les résultats sont bien plus négatifs que ceux de l’EBA, utilisent une méthode beaucoup plus réaliste pour juger la performance des banques en cas de crise.

Ces réactions aux résultats de l’EBA sont inquiétantes, car en plus d’être un outil pour les régulateurs, les stress tests ont pour but de rassurer le public quant à l’avenir des banques. Ce but risque de ne pas être atteint. Les institutions financières européennes ont pourtant besoin d’inspirer confiance car leurs titres n’ont de cessé de chuter en Bourse, à l’instar de la Deutsche Bank dont le titre a perdu plus de 60% depuis l’an dernier.

Bien qu’ils prennent en compte une baisse de la valeur des actifs détenus, les stress test de l’EBA ne sont pas une simulation d’un crash financier comme celui de 2008. Leur scenario est celui d’une profonde récession pendant trois ans, commençant en décembre 2015. Ainsi, les épreuves du test ne reflètent aucun changement aux bilans depuis le 31 décembre 2015, et assument que ceux-ci restent les mêmes pendant la durée de la crise. Le but est de voir comment leur ratio CET1, une comparaison du capital servant à absorber les pertes contre les actifs ajustés en fonction du risque, évolue suite à une augmentation des risques opérationnels, de crédit, et de marché, ainsi que suite à une baisse des revenus et une hausse des frais.

Les accords de Bale 1 impliquent que les banques gardent un ratio de capital CET1 d’au moins 4.5%, et les stress tests précédents considéraient un ratio de 5.5% nécessaire à une banque en bonne santé.

En moyenne, le ratio CET1 des banques testées était en décembre 2015, sur la base des règles les plus récentes («fully loaded»), de 12.6%. Après trois ans de crise simulée, la perte moyenne était de 3.4%, soit un ratio moyen post-crise de 9.2%. Ce n’est, cependant qu’une moyenne. Alors que la banque DNB norvégienne ne perdrait qu’un point de base, la Allied Irish Bank perdrait 8.8%, descendant à 4.31%. La Monte Paschi di Siena perdrait 14.51%. Son ratio descendrait à -2.44%, c’est-à-dire qu’elle serait largement insolvable.

Pour des raisons de méthode et de fait, ces résultats ne constituent pas une bonne base de référence pour les investisseurs; Ils reflètent mal la situation du secteur bancaire européen ainsi que les risques auxquels il est exposé. D’une part, lisant le rapport, on peut voir que les banques grecques et portugaises n’y figurent pas. Les stress tests sur ces banques en difficulté seront faits, mais ils ne seront pas publiés. D’autre part, les tests, de par leurs dates de référence, ne tiennent pas compte de l’amélioration ou de la détérioration des bilans depuis décembre 2015, ce qui peut avoir une grande importance quand l’on considère tous les efforts de recapitalisation de la Monte Paschi, par exemple. Les plus grands risques sont aussi peut être sous-estimés. Par exemple, les risques de contrepartie sur les dérivés sont calculés sur la base de la faillite des deux contreparties les plus dangereuses aux yeux de la banque passant l’examen, or en cas de faillite de contreparties, le risque s’arrête rarement a deux. Le risque est en chaîne.

L’élément le plus important est certainement l’omission du régime de taux négatifs dans le stress test. Ce sont pourtant ces taux d’intérêt négatifs que Deutsche Bank accuse d’avoir réduit ses bénéfices après avoir publié la semaine dernière une baisse de 98% de son taux de profit trimestriel.

Il serait dangereux de prendre les résultats de l’EBA pour ce qu’ils ne sont pas, c’est-à- dire un annonciateur de risque à court terme. Ils surestiment le risque en ne prenant pas compte de l’aide que porteraient évidemment les états et les banques centrales en cas de crise, et en supposant une rigidité complète des politiques des banques. Ils le sous-estiment en ne se concentrant pas sur les risques systémiques et les conditions d’exploitation qui font actuellement perdre de l’argent aux banques. Principalement, ils sont à l’usage interne des banques et des régulateurs, afin que le système bancaire puisse s’adapter aux conditions à venir.

Il n’est ni innocent ni étonnant qu’ils se posent la question de l’impact d’une profonde récession économique en Europe, la probabilité est loin d’en être négligeable. Ce qui est plus inquiétant, peut-être, c’est qu’une publication spécialisée et crédible comme Bloomberg annonce que les stress tests ne révèlent pas les vraies faiblesses des banques. Le pionnier des stress tests, Timothy Geithner, considère que son coup de génie a été de restaurer la confiance des investisseurs à travers le succès de ces épreuves. Il a d’ailleurs donné à ses mémoires le titre de «Stress Tests». Cette fois, il n’y a nulle raison de se réjouir; les commentateurs restent sceptiques. Ils croient moins aux réassurances des régulateurs qu’aux chiffres des organismes privés qui circulent et qui font état de prêts non performants très supérieurs au trillion d’euros annoncé.


Le tableau ci dessous se lit du haut qui est la banque la plus vulnérable vers le bas ou on est de moins en moins vulnérable tout en l’étant encore fortement.

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