Le capitalo-socialisme-monétaire d’état: nous n’avons encore rien vu !

En 2013, au cours de la conférence du FMI sur la crise( the IMF conference on the crisis), Christine Romer, (head of Obama’s economic council), concluait :

I think the right conclusion to draw is that financial shocks are likely to be both frequent and hard to predict – not just in their timing but in their form.”

« je pense que que la conclusion juste qu’il faut tirer est que les chocs financiers seront selon toute vraisemblance , plus fréquents et plus difficiles à prévoir, pas seulement dans leur calendrier mais aussi dans leurs formes »

Ceci donne un point départ autorisé à notre thèse de l’instabilité croissante du système et aux développements que vous trouverez ci dessous. Développements qui se résument par :

vous n’avez encore rien vu d’une part

 

et nous sommes dasn un nouveau nouveau capitalisme d’autre part.

Et la conclusion:   jouez en paix. .

Bien entendu les Romer, Blanchard et autres harkis du système n’offrent pas d’explication de la crise dans laquelle nous sommes plongés, si ils devaient en offrir une à partir de leurs remarques partielles, elle rejoindrait la notre, celle de l’insuffisance du taux de profit et des conséquences des mesures prises pour s’y opposer! Mais comme il ne faut pas révéler le grand secret du système, chut, mieux vaut considérer que la crise tombe du ciel:

méchanceté et avidité des banquiers,

mauvaise régulation macroprudentielle

frugalité des chinois,

excès de dépenses sociales,

inégalités de revenus et de patrimoine,

punition tombée du ciel de la croissance séculaire ralentie …

Bref tout vaut mieux que reconnaitre ce qui crève les yeux:  le système est un système efficace car il est fondé sur le profit et l’accumulation compétitive. Et c’est parce que depuis les années 70 il refuse la destruction du capital non productif, fictif, de poids mort qu’il est victime de la loi tendancielle de la baisse du profit face à l’accumulation sans fin du capital.

J’ai écrit récemment que je pensais que le pire était passé pour le secteur bancaire. C’est une opinion bien sur. Elle est fondée sur le fait que l’alerte depuis le début de 2016  est sévère , la dégringolade des cours ne trompe pas, la situation est grave. J’ai interprété les évènements sur la Deutsche Bank et le Crédit Suisse comme de très sérieux avertissements: ces établissements sont non seulement systémiques, mais géopolitiques. J’entends par géopolitique le fait qu’ils sont liés à la place de leur pays d’origine dans le monde.

Des géants mondiaux ne se « décapitalisent » pas à ce point sans qu’il y  ait , sous jacente, une situation dramatique. Cet effondrement des cours , à ce jour n’a pas produit de panique bancaire classique, de « run », car les dispositifs de secours, les liquidiités des banques centrales sont là, surabondantes et tout le monde le sait.

Certains émettent l’idée qu’il faut procédéer à des nationalisations; c’est une naiveté car les banques sont de fait nationalisées, totalement adossées à leur souverain d’un coté et à leur Banque Centrale d’autre part. Avec le Parrain, la Fed qui surveille tout cela de très loin, mais de près.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de risque car les banques mondiales dépendent d’un souverain/suzerain, d’un Centre fournisseur de dollars , pour leur « dollar funding » et sa bonne volonté n’est pas assurée, en tous cas pas assurée automatiquement.

La faille de la « quasi nationalisation » vient du fait que tout en se concertant, le système n’est pas intégré, unifié, mondialisé. Les banques centrales et les pays se concertent tout en se faisant concurrence. C’est la contradiction majeure: d’un côté des interêts communs, mais de l’autre une rivalité féroce. Et la Crise, la disparition de la prospérité aiguisent les contradictions, avivent les antagonismes.  On est toujours content, quand, on le peut de faire mettre les épaules à terre d’un partenaire!

Notre opinion selon laquelle le plus dur serait passé pour les banques est un pari, il n’est pas fondé sur des faits mais sur le constat que la situation est grave et les banques sont au coeur du système: on a accepté de jouer le « coûte que coûte » pour sauver le système une première fois, on ne va pas prendre le risque de le remettre en difficulté une seconde. Mais dans  le coût du « coûte que coûte »  il faut inclure la destruction des modèles d’exploitation des banques.

Cela semble évident.

Mais si le pire n’est pas le plus probable, cela ne signifie pas que l’on va retourner à la situation ancienne et que la situation des banques va vraiment s’améliorer ou redevenir privilégiée comme elle l’était avant. . Se redresser un peu, certes, mais retour à la situation ancienne, c’est peu probable. Le rapport des forces a changé. Quand le système a pu se passer de l’épargne (et des classes moyennes) grâce au crédit, puis grace à la dissémination  sur les marchés, le système a ruiné les épargants (et les classes moyenes), Le système a dit:  « je fais sauter votre rémunération, maintenant, débrouillez vous, payez vous les un sur les autres par le Ponzi. Je pense  que le sytème  estime qu’il peut presque se passer des banques, il est donc enclin à mener des politiques qui leur sont moins favorables.

Le système a muté et c’est ce que les observateurs, le nez collé sur les nouvelles et les marchés oublient. Ou plus excactement, ils ne le voient pas du tout.

Nous avons connu une période post 2008 ou les autorités ont cajolé les banques, et les banquiers. Elles ont favorisé leur nettoyage de bilans, elles ont aidé à la reconstitution des fonds propres et elles ont inflaté les actifs financiers pour les re-solvabiliser. On n’a pas mis les banquiers en prison, on ne leur a pas tordu le bras;  Geithner l’a dit clairement, parce que l’on avait peur qu’en leur nuisant, il n’y ait des réactions négatives, des « runs ». On a toléré leurs nuisances parce que l’on avait peur d’elles.

Mais la politique suivie a été un échec et si on l’avait reconnu, les choses en auraient d’ailleurs été facilitées, on aurait pris consciecne de la réalité au lieu de tenter de la dissimuler. Et les réflexions se seraient orientées autrement, ailleurs.

La fameuse transmission n’a pas fonctionné, le système est resté colmaté, « impaired ». Les réserves oisives du système bancaire, les tendances au deleveraging,  en témoignent si besoin en était. Les banques ne peuvent jouer leur rôle normalement parce que … la situation n’est pas normale, tout simplement. Ce sont les marchés qui se sont substitués au secteur bancaire traditionnel et la finance est passée à un stade nouveau, tout comme le système capitaliste d’ailleurs, nous sommes passés à une sorte de capitalisme basé sur la finance gouvernementale, ou quasi-gouvernementale, celle du couple maudit Gouvernement/ Banque Centrale.

C’est au Japon que cette évolution est la plus nette, les banques sont quasi hors, jeu ceux  qui  font le jeu c’est le duo, Gouvernement/Bank of Japan , le duo Kuroda/ Abe. Nous sommes dans  un « encore nouveau capitalisme »:  après le capitalisme commercial, le capitalisme productif, le capitalisme financier, le capitalisme d’arbitrage, nous sommes dans le « capitalo-socialisme-monétaire  d’état », ou de la finance d’état pour simplifier.

En pratique et il existe peu d’études malheureusement sur ce point, tout est en train de se réaménager , les relations entre les états, les banques centrales, les marchés, les banques, les ménages et les firmes. Les relations se réaménagent et avec elles  les pouvoirs et les jeux de pouvoirs. Le fameux « Vous ne l’avez pas fait par vous même » de l’Obama socialiste  qui a scandalisé devient de plus en plus vrai, tant la dépendance de tous à l’égard du couple maudit s’est renforcée. Les banques sont prisonnières, elles accumulent de la monnaie banque centrale et des dettes des gouvernements, elles sont gavées. Elles empilent des portefeuilles de crédit ou des portfeuilles de titres, sur des fonds qui en dernière origine reposent sur le crédit du couple maudit Gouvernement/Banque cenrtrale.

Les money managers sont purement et simplement des joueurs, jamais le diagnostic de Keynes n’a été plus juste: un capitalisme de casino. Le couple maudit a pris le risk à son compte, le VIX est à 11! Il garantit tout, tout le monde se moque des risques, du Brexit, de la guerre, de la stagnation, de tout absolument tout, car le couple dit: soyez sasn crainte, jouez en paix entre vous, nous on controle le réel. Ceci explique la démission criante; le succés grandissant des fonds passifs,de la gestion passive, des ETF , il n’y a plus d' »actionnaires » au sens actif,il n’ y a que des « passionnaires », ceux qui ont la passion du jeu. Les capitalistes ne le sont plus que de nom, ils ne misent plus de capitaux de leur épargne, non ils font des écarts , du carry, ils jouent des martingales quantitatives etc etc. Les managers eux ne sont plus interessés à la production des choses, ce qui les motivent c’est la production des cours de bourse, c’est à dire la production des numéros gagnants pour alimenter la loterie.

La caracteristique majeure du nouveau système, c’est son instabilité, elle devient chronique, vertigineuse. Ceci nous conduit à penser comme nous le faisons depuis depuis 2008 qu’il n’y aura plus jamais de retour en arrière : l’instabilité évolue à sens unique dans pareil système, elle ne peut que croitre.. Et avec l’instabilité croît le pouvoir de celui qui, seul,  à les moyens de la contrer, de la bloquer ;  je veux dire le pouvoir du couple maudit Gouvernement/Banque Centrale.

On a est de plus en plus dépendants de cet assureur: il crée de plus en plus d’instabilité et  ce faisant il se rend de plus  en plus indispensable … comme garant dela stabilité. Et donc il nous rend de plus en plus dépendant/serfs. Les banques ne tiennent plus le haut du pavé, plus le pouvoir,  donc elles ne pourront plus comme avant,  attirer à elles les richesses réelles. En tous cas plus dans les mêmes proportions.
Le fait que les marchés soient dans les plus hauts, que les spreads se soient considérablement contractés, que les émissions de dettes Corparaite pulvérisent tous les records, que les emprunts des souverains en ruine comme l’Italien soient recherchés à des taux de 1% , que plus du tiers des emprunts souverains se négocient à des taux négatifs, tout cela n’est pas circonstanciel, c’est la nouvelle norme, le nouveau capitalisme.

Nous n’avons rien vu.

La tentative de la Fed de faire semblant de tenter de hausser ses taux est une mystification dérisoire, il s’agit de faire semblant, de prolonger les illusions et de neutraliser les prises de conscience, il faut empêcher les réactions et les adaptations.

En 2011, « ils nous ont eu », ils ont fait semblant de préparer une normalisation,  ils ont même eu le culot de nous détailler une « Exit Strategy », un plan de sortie ! Ah les braves gens. Nous sommes en 2016, la normalisation des taux est impossible, voila ce que nous disent les marchés, le retour à des bilans normaux des banques centrales, n’en parlons pas…

Alors allez y, jouez en paix!

2 réflexions sur “Le capitalo-socialisme-monétaire d’état: nous n’avons encore rien vu !

  1. Merci encore pour vos commentaires toujours intelligents, avertis et pertinents.
    Je regarde quotidiennement votre site et suis toujours impressionnée par votre clairvoyance et votre art d’expliquer clairement ce qui est complexe, la réalité qui se cache derrière les constants et nombreux écrans de fumées qui sont devenus un outil indispensable à la gestion économique et sociale de ce triste et dangereux système qui évolue rapidement vers un control totalitaire

    Osons imaginer que quelque chose d’inattendu permette la prise de conscience et le refus des illusions et donc fasse dérailler cette logique quasi guerrière et permette de changer le cours de cette folle évolution.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s