Editorial : G20, la solution serait de coloniser Mars

La réunion des chefs d’état des 20 économies dominantes le week end dernier a été très productive: elle n’a débouché sur rien, mais elle a tracé un cadre: « l’économie mondiale est en difficulté ».

Cette clarification était nécessaire. Si déja au moins ce constat était diffusé, rendu public et faisait l’objet d’un débat, alors on aurait accompli un grand progrès. Une conscience claire des problèmes est préférable à l’enfumage.

Selon le FMI, l’année 2016 sera la cinquième année consécutive au cours de la quelle la croissance globale sera inférieure à la moyenne des années 1990/2007 , soit inférieure à 3,7%.

Un résumé qui dit presque tout

En gros le FMI écrit : « la croissance va encore ralentir cette année, en particulier dans les economies avancées du G20. La performance des Emergents va être « mixed ». Les perspectives globales sont médiocres avec une dynamique de long terme défavorable et des disparités de revenus domestiques qui augmentent les défis lancés aux autorités. Les développements récents comme l’inflation très basse et le ralentissement des investissements, et des échanges, confirment  les tendances négatives. Le déclin  de l’investissement, exacerbé par le surendettement du secteur privé, et les problèmes des bilans du secteur financier, la tendance au ralentissement de la productivité, les facteurs démographiques, tout cela pèse sur les perspectives de long terme.ce qui réduit encore circulairement les incitations à investir malgré les taux bas records. Une période de croissance faible qui touche les salariés a sucité beaucoup de questions quant à la globalisation, et détérioré le climat politique ce qui gêne les réformes.  Les risques vers le bas dominent. »

IMF 1

Le résumé est intéressant, c’est une énumération, pèle mèle, de tout ce que l’on peut trouver dans la littérature économique, nous disons pèle mèle car vous remarquerez le soin qui est mis à ne pas articuler de raisonnement, de logique: on juxtapose en évitant bien de tracer des liens de causalité. Tracer des liens  de causalité serait donner des pistes pour comprendre d’abord, donner des arguments à ceux qui critiquent l’action des autorités  ensuite et fournir des pistes pour agir enfin.

La seule suggestion de causalité qui émerge est  celle des inégalités de revenus: « les disparités de revenus augmentent les défis « . Lagarde y revient dans son Blog « la faible croissance globale interagit avec les inégalités croissantes dans la mesure ou cela nourrit un climat politique hostile aux réformes et conduit les pays à mener des politiques rétrogrades. »

Les inégalités, cela gêne les réformes! 

Donc les inégalités ne sont même pas une cause, elles sont une gêne dans la mesure ou elles créent climat qui empêche les réformes. On reste sur sa faim quant aux causes de la situation.

Le FMI ne se rallie même pas à l’analyse de Stiglitz  lequel soutient que les inégalités sont la cause organique de la stagnation. En fait le FMI ou Lagarde ne veulent pas entrer en matière dans ce domaine du diagnostic. Ils préfèrent tourner autour du pot comme l’on dit, car si ils formulaient un diagnostic, tout leur édifice idéologique s’écroulerait. On préfère gloser sur les inégalités, en omettant de dire qu’elles ont été creusées par la politique monétaire de recherche  d’effet de richesse chez les plus riches : « le revenu des 20% du sommet ont progressé de 40% au cours des 20 dernieres années alors qu’ils ont stagné pour le bas de l’echelle sociale » écrit Lagarde.

Nous y insistons car nous sommes au coeur du problème: la pensée fausse, les théories et les idéologies ont pour objectif non pas de fournir des lignes de conduite, mais de recouvrir d’un voile qui empêche la prise de conscience. Le FMI et Lagarde pratiquent la pensée analytique, celle qui sépare, celle qui juxtapose et isole, ces gens considèrent les éléments de la situation dans  leur isolement, et non dans leurs rapports, non dans  leur mouvements et interactions mais  dans leur repos. Une pensée efficace , dialectique mettrait en relation: la croissance lente, le déclin de l’investissement, la chute de la productivité, l’excès dettes, la hausse des inégalités par un raisonnemnt qui réintroduirait le grand absent, celui qu’il ne faut pas nommer en système capitalise, le profit. Le raisonnement serait : face à un taux de profit insuffisant pour faire tourner la machine économique et croître, on a eu recours à l’endettement, celui ci est devenu excessif , il a augmenté les inégalités au profit d’une minorité, il a conduit à peser sur les revenus salariaux et à metre les salariés au chomage, la demande est devenu insuffisante, une crise de surproduction s’est developpée, les investissements se sont taris, la productivité a donc chuté…  et la combinaison de tout cela donne une croissance lente, fragile, précaire et déséquilibrée qui n’existe encore que par les béquilles des artifices.

IMF-2

Croissance lente, dettes colossales, stagnation de l’investissement ,  faible productivité, stimulation monétaire et augmentation des inégalités, tout cela se comprend organiquement si on admet qu’à la base il y a l’érosion du taux de profit , c’est à dire un excès de capital total  à rémunérer pour le cash flow disponible dans le système. Le mort tue le vif,  l’excès de capital ancien tue l’investissement neuf.

Les suggestions 

Face à cette situation quelles sont les suggestions faites au G20?  Ces suggestions se situent au niveau des apparences, il s’agit de traiter non les causes profondes, mais les symptomes.

La croissance faible exige « un soutien de la demande ». La politique monétaire a touché ses limites et révélé son inefficacité, il n’y a pas de « green shoots », pas de croissance auto entretenue donc il faut: « il est temps de stimuler l’investissement public et de mettre en place des programmes de développement des infrastuctures ». Cela c’est pour lutter contre l’insuffisance de la demande chère aux Bernankistes.

L’autre volet , c’est l’action sur l’offre, entendez par là,  la hausse du taux d’exploitation de la main d’oeuvre pour augmenter le surproduit, ce que nous appelons les cash flows: dérégulation des marchés du travail pour qu’ils deviennent  de  vrais marchés et puissent s’ajuster à la baisse des salaires, déréguler les produits afin de détruire les fonds de commerce les plus faibles, baisser les salaires indirects comme les pensions et les couvertures sociales. Tout cela  afin de restaurer la profitabilité.

Au plan sociétal il faut libéraliser afin de mettre en concurrence et favoriser les arbitrages les moins coûteux par: le maintien du principe de la globalisation, le développement des échanges de biens  et services, et bien sur l’ouverture des frontières tous azimuts, aux capitaux,  aux marchandises et à la circulation des hommes (immigration).

World trade

Le FMI et le G20 voient le monde dans le rétroviseur, ils croient que nous sommes encore en 2007! Ils n’ont pas compris que nous sommes dans une nouvelle phase et qu’aussi bien la globalisation, que la coopération et la coordination sont du passé, nous sommes dans une nouvelle tendance qui nous éloigne de tout cela. Il n’y a plus de libre circulation tout frotte, tout se grippe; il n’y a plus de nouveaux accords au WTO (World trade Organisation) , les grandes négociations régionales , TTP et TTIP sont embourbées, Trump veut revenir en arrière, et remetre en cause le NAFTA; la Grande Bretagne sort de l’ensemble européen; nous sommes dans la déglobalisation et la redomestication. Ce n’est pas un hasard si le seul à s’être montré lucide a été le Chinois , le Présient Xi Jinping, les exportations sont vitales pour son pays et sa stabilité, le Président chinois a réclamé un effort en faveur du développement des échanges et des investissements:  » nous devrions faire évoluer le G20 et le faire passer d’une boutique  ou l’on parle à une institution ou on agit en équipe ».

Le rêve de la colonisation de Mars 

La « solution » d’un gigantesque programme mondial de dépenses d’infrastutures qui revient comme une litanie  est un mythe: d’abord il faut se poser la question du contenu de ces programmes, ensuite de leur faisabilité politique alors que les priorités restent à la réduction des déficits, enfin comment trouver des programmes qui ne pèsent pas sur le taux de profit, mais au contraire le bonifient? Le gaspillage n’est pas une solution, sauf de très court terme.

On ne voit pas de programme qui résoudrait le problème de la tendance à la baisse du taux de profit et de l’érosion des retours sur investissement.  L’idée de plans colossaux de dépenses publiques est fausse à la racine, elle part du postulat qu’il y a trop de capitaux disponibles et pas assez d’occasions de les employer. Cette idée passe à coté de l’essentiel, la question n’est pas l’emploi, mais l’emploi profitable. On sait quoi faire de ces capitaux , il suffirait de les consacrer à l’environnement,  à la santé,  à l’éducation etc. Mais on ne peut le faire,  ces emplois seraient contreproductifs, ils pèseraient  sur la profitabilité au lieu de la restaurer.  Et les élites le savent.

Toutes ces idées reposent sur un contresens, contresens  qui consiste à croire que le capital rapporte peu parce que la demande de capital est inférieure à l’offre. Si les taux de  rendement sont bas, rock bottom, c’est parce que la demande de capital serait faible ; il suffirait de l’augmenter de façon keynesienne!

La valeur du capital ne dépend pas de l’offre et de la demande, ce qui est fixé par l’offre et la demande, c’est son prix, comme on le voit dans les délires actuels des valorisations pratiquées sur les marchés. Non la valeur  du capital a à voir avec la somme des cash flows, avec le surproduit  qu’il procure jusqu’à la fin de sa vie, ce qui est très différent. Il ne suffit pas de créer une demande de « capital », ce que fait Yellen ,  il faut créer une demande qui soit productive, profitable et qui remonte la profitabilité  du système.  S’ il suffisait de hausser la demande de capital, alors il y a longtemps que les problèmes japonais seraient résolus eux qui ont construit des routes, des ponts , des infrastructures qui ne mènent nulle part et ne servent à rien.

Les économistes de Macquarie (Viktor Shvets et Chetan Seth) vont encore plus loin , ils proposent la colonisation de Mars comme solution aux maux   actuels d’excès de capital, de chômage et de faible productivité! La faible profitabilité du système ne sera pas corrigée par un programme de colonisation de Mars, au contraire. Les auteurs de cette proposition semi humoristique ignorent que l’on ne peut se permttre des dépenses non productives que lorsque les taux de profit sont très élevés, quand il y a un gros surplus. C’est quand la profitabilité est très elevée que l’on peut se payer les dépenses spatiales de Kennedy des années 60; ce type de dépenses non profitables, non créatrices de surplus ont asphyxié l’URSS. Ce qui est vrai c’est qu’à long terme ces dépenses peuvent indirectement favoriser l’éclosion de nouvelles découvertes et technologies. Mais les guerres aussi!

Le bonheur c’est toujours pour demain!

Passons sur les subertfuges de promesses de reprise pour 2017 que l’on entend ici et là; elles font partie de la propagande et en fait nul ne sait. On ne sait même pas si la petite  croissance actuelle des USA est pérenne tant elle est faible et mal assurée; un jour on parie sur l’accélération, le lendemain on parie sur la modération. En Europe, c’est le nième ralentissement après de faux espoirs. L’espoir, le refuge de l’espoir c’est une reprise des Emergents comme l’Inde, le Brésil , la Russie et une stabilisation de la Chine. Autant dire que l’espoir repose sur une absence de raréfation du dollar, une absence de tension sur le « funding », une liquidité internationale accrue.   En clair un status quo de la Fed et des largesses  accrues en Europe et au Japon.

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