Depuis quand les robots nous piquent le boulot ?

Depuis quand les robots nous piquent le boulot ?
 Note BB:  ce texte de qualité est publié sur un site ami. Je suis en discussion avec le responsable, c’est la raison pour laqualle il me semble prématuré de fournir le lien qui y conduit. Vous remarquerez que la démarche est différente de la notre, plus directive sinon plus commerciale. J’attends vos réactions . N’hésitez pas à nous en faire part.
Cher lecteur,
À un inventeur qui lui présentait une machine à dresser des colonnes, Dioclétien répondit : « range ta machine et laisse-moi nourrir le petit peuple ».
C’était il y a 1800 ans et déjà l’on craignait que la machine ne prenne le gagne-pain des hommes.
L’anecdote est racontée par l’économiste Alfred Sauvy avec ce commentaire :
« L’utilisation de cette machine ne réduisait en rien la quantité de grains existant dans l’empire [romain], de sorte qu’il existait un moyen de nourrir le petit peuple mieux qu’avant, grâce aux bras devenus disponibles. »
Aucune innovation technique n’a été mieux accueillie depuis… charrue, moulin à vent, canalisations…
Montesquieu se souciait des ravages des moulins à vent.
L’écrivain Louis-Sébastien Mercier s’offusquait de la disparition des porteurs d’eau, métier de misère à vous rompre le corps. Les pauvres ! Encore heureux qu’on ait pu les soulager.
Les métiers d’aujourd’hui ne sont pas bien meilleurs
J’ai loué une voiture le week-end dernier. Au comptoir, j’ai dû attendre 10 minutes que l’employé tape et vérifie mes numéros de permis, de carte de crédit et d’identité.
Imaginez passer toute votre journée à saisir des numéros à 15 chiffres devant des clients aussi patients qu’aimables.
Quel est l’utilité d’une telle tâche quand une machine fait le même travail, sans erreur et en une seconde à peine.
Plaignez-vous les guichetiers de péages qui ont vu leur métier disparaître ainsi que les longues heures dans les gaz d’échappement ?
Mais que vont-ils faire me direz-vous, si ce n’est grossir les rangs du chômage ?
Le chômage est une invention du XXe siècle
Le chômage est une idée assez bizarre, née après la première guerre mondiale et qui véhicule l’idée qu’il est mauvais de ne pas travailler.
Attention, cela ne veut pas dire que je défends l’oisiveté ni qu’il n’y avait pas de chômage avant 1920 ou sous l’ancien régime… L’expression n’avait simplement aucun sens. On se préoccupait de pauvreté, pas de chômage.
Après tout, les populations de chasseurs-cueilleurs d’Amazonie qui « travaillaient » 2 à 3 heures par jour à chasser du petit gibier, cueillir des baies et les préparer s’en portaient très bien et ne souffraient certainement pas de « sous-emploi ».
Les paysans de l’ancien régime qui se retrouvaient en partie désoeuvrés pendant l’hiver (ne serait-ce qu’à cause des journées plus courtes) ne se croyaient pas au chômage technique.
Mon métier menacé
Permettez moi d’examiner mon exemple personnel —au moins, je ne parle pas pour un autre. Je ne compte plus les soirées que j’ai passées à lire des manuels d’économie à observer autour de moi. Rien que sur cette lettre, j’ai bien sué quatre heures devant mon clavier pour tenter de formuler mon idée clairement et agréablement tout en restant juste.
Je n’ai pourtant qu’à peine effleuré les millions de pages qui constituent la science économique et toutes les contributions majeures au sujet de l’emploi.
Je ne doute pas qu’un robot saura, d’ici quelques années, compulser la base de connaissance de l’humanité en une seconde et formuler une idée d’une manière bien plus claire et sûre que la mienne.
Et alors ?
TANT MIEUX, je n’aurais plus à fournir tout cet effort pour un résultat si minuscule.
Peut-être serais-je heureux d’aller cultiver mon potager, sculpter un bout de bois, passer du temps avec mes enfants et ma famille que je vois si peu, ou même apprendre un nouveau métier dont je n’ai pas encore idée.
Ce qui est sûr, c’est que nous n’en serons pas moins riche que maintenant, bien au contraire, je serais plus riche de quelques heures que je pourrai investir dans un nouveau projet.
Bien sûr, cela demande des efforts. Cela demande de s’arracher de son quotidien sans savoir de quoi demain sera fait. Cela veut peut-être dire déménager, reprendre des études, échouer, recommencer…
Mais ça je n’y peux rien, c’est-là le lot de l’humanité de toute éternité.
Sans cette force brute qui nous pousse hors de nous, rien n’aurait jamais été inventé ni découvert, que ce soit le beurre, le fil à beurre ou l’Amérique.
Les Francs ne seraient jamais entrés en Gaule ni les Romains : la France n’existerait pas. À vrai dire l’homme serait encore singe, le singe encore poisson et le poisson bactérie… bref vous m’avez compris.
Les robots créent la richesse ET les emplois
Je reproduis ci-dessous une longue citation tirée de « L’économie du diable », classique de la littérature économique d’Alfred Sauvy (à la page 36) et qui fait encore référence aujourd’hui sur le sujet :
« Voici une explication très sommaire du mécanisme de croissance des emplois.
 
Une machine est introduite dans une industrie pour faire le travail de dix hommes et admettons même que le coût de la machine soit négligeable.
 
Quelqu’un, ou quelqu’organisme, va gagner à cette opération qui élimine le travail de dix hommes et supprime leur salaire. Le gagnant c’est à priori le chef d’entreprise, mais ce peut-être aussi :
 
le consommateur, si le prix baisse,
les salariés, si une augmentation leur est accordée,
l’État si des impôts sont crées ou majorés ;
une répartition peut aussi exister entre ces divers bénéficiaires.
 
Il y a toujours quelqu’un qui gagne le salaire des 10 éliminés. Dès lors, le circuit est ouvert.
 
Le ou les bénéficiaires vont dépenser le gain réalisé d’une certaine façon (consommation, investissement etc.) et de ce transfert va résulter la création de nouveaux emplois, quelque part, ailleurs dans l’économie.
 
Quels emplois, où et combien ? Cela dépend de l’orientation d’aujourd’hui. »
Bien sûr, et l’exemple est encore de Sauvy, nous pourrions immédiatement interdire les camions et créer des millions d’emplois en transportant les marchandises dans de petites voitures, ou mieux, en charrettes voire à dos d’homme.
Voteriez-vous pour un homme politique avec un tel programme ?
Et pourtant la charrette, comme la voiture et les 35-tonnes ont commencé par détruire des emplois avant d’en créer plus.
Permettez-moi de répéter la conclusion de ma lettre d’hier : Nous ne sommes riche que de ce que nous produisons et d’ajouter : que ce soit nous, le soleil qui fait pousser les tomates ou les robots qui nous conduiront bientôt dans des voitures autonomes.
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2 réflexions sur “Depuis quand les robots nous piquent le boulot ?

  1. ,,Nous ne sommes riche que de ce que nous produisons et d’ajouter : que ce soit nous, le soleil qui fait pousser les tomates ou les robots qui nous conduiront bientôt dans des voitures autonomes. »
    Tres d’accord avec cela, mais il reste a savoir ce que NOUS, deviendrons en ne s’occupant que du developpement materiel et unilateralement, sans s’occuper dans la meme mesure de l’esprit.

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