A lire Editorial: Un coup de tonnerre monétaire, complété

Le Wall Street Journal vient de publier un article qui fait grand bruit sur les marchés. Son titre est presque technique: « Euro surges after report ECB consider a QE Taper ». (WSJ, Paul Vigna du 4 Octobre 2016.)

La nouvelle, bien sur ce n’est pas que l’euro monte, cela c’est une astuce de journaliste pour faire passer la vraie information/fuite qui est que la BCE discute de la fin de sa politique monétaire de Quantitative Easing, politique d’achats de titres à long terme. Ce que l’on appelle le « Taper ». L’échéance était fixée à 2017, en Mars semble -t-il, mais les marchés attendaient non pas une confirmation de l’échéance, mais au contraire sa prorogation. On attendait cela il y a quelques jours. On espérait  que la BCE et Draghi annoncent que les mesures seraient prorogées et élargies.

Il y avait eu un indice que nous avons relevé , lorsque Mersch avait montré le bout de l’oreille il y a quelques jours . Yves Mersch avait quasi endossé le pointde vue Allemand en expliquant : « Il y a une limite basse au niveau où peuvent aller les taux d’intérêt, le point auquel les coûts des taux bas subis par le secteur bancaire surpassent les avantages », a-t-il précisé. « Faire reculer davantage les taux d’intérêt comporterait des risques croissants, car les réactions de tels replis pourraient ne pas être toujours linéaires », a-t-il ajouté. 

Comprenez qu’en langage de Banque Centrale ou d’économiste, une réaction non linéaire est une réaction de rupture, une réaction de crise. Ce que nous appelons souvent, rupture d’un invariant. Ce n’est pas une déclaration insignifiante, c’est un aveu, la girouette tourne.

Le Wall Stret Journal ne s’y est pas trompé , lui qui a tout de suite abandonné le fil conducteur de la hausse de l’euro, pour en venir à l’assentiel: « Over the past couple of months, the capital markets have been especially antsy on the topic of the limits of monetary policy. A report this morning suggesting that maybe one key central bank is feeling the same way sent the euro surging. » Ce qui veut dire que cette information du WSJ se place dans un contexte: celui ou les marchés de capitaux s’interrogent sur les limites à la politique monétaire. Le thème non seulement est dans l’air chez les détracteurs de ces politiques, mais aussi maintenant chez les banquiers Centraux, dans  l’establishment, dans le milieu des PHD, c’est à dire du « quarteron d’academics » qui gouvernent le monde.

Nous avons expliqué récemment que le vent tournait autour de la girouette plantée sur la tête des Banquiers Centraux. Nous n’avons cessé de montrer l’inefficacité  de leurs politiques monétaires non conventionnelle.  Nous avons soutenu,  dans un article récent que l’évolution des économies depuis la grande crise financière (GFC)  et économique (GEC)  de 2008 n’était pas très différente de celle que l’on aurait vu sur la seule base des variables macroéconomiques réelles avec une politique monétaire standard, du type règle de Taylor. C’est à dire que l’on aurait pu se passer de ce que nous appelons la Grande Aventure ;  les choses ne seraient pas allé plus mal et les conséquences désastreuses qui se manifestent  maintenant ne se seraient pas produites, tout serait plus sain. Plus sain et moins fragile.

Il y a peu nous avons interrogé: « Les banquiers centraux savent ils ce qu’ils font? » Notre réponse est « non ». Pourquoi parce qu’ils travaillent à partir de théories qui se sont révélées fausses mais qu’ils ne peuvent et veulent pas les abandonner: le monde économique et financier, cela ne marche pas comme ils le croient, comme ils le modélisent et donc comme ils espèrent le manipuler. La création de monnaie vive est endogène, c’est à dire que c’est l’activité économique qui crée la monnaie et fixe sa vitesse de circulation et non l’inverse, la monnaie venue d’ailleurs, des livres de comptes et de l’ordinateur des banques centrales, cette monnaie  est une monnaie morte, elle  ne crée pas d’activité économique autre que spéculative. Les QE ne créent pas de vraie monnaie!

La richesse productive crée la Valeur, ce n’est pas la valeur qui crée la richesse. Les marchés ont créé de la valeur, transféré des richesses, ils n’ont pas créé de richesse productive pas d’investissement productif utile pour les niveaux de vie et la prospérité.

Donc depuis quelque temps on sent bien que l’on est en transition. Yellen va nomaliser alors que sur la base des données économiques, rien ne le justifie, une politique dite « data dependant » ne monterait pas les taux alors que la construction, l’automobile et la manufacture pointent vers le bas. Le japonais Kuroda se demande s’ il ne faut pas changer son fusil d’épaule et rendre la courbe des taux plus pentue, il  est temps, aprés trois ans d’échec, d’y penser. Et depuis quelque jours, c’est au tour de la BCE de lancer des ballons d’essais en ce sens, dans le sens de la fin de la politique actuelle, dans le sens du « Taper ».

Sur les marchés également, on sent bien que les choses ne sont plus comme avant. Ainsi en debut d’été on a vu quelques frémissements à la hausse des taux longs, c’est d’ailleurs à cette époque que nous avons émis un conseil très ferme pour les particuliers de vendre leurs valeurs à revenu fixe, les rendements sont  négatifs, nuls ou quasi nuls et les risques de perte en capital se rapprochent avons nous expliqué. Autant avoir du cash, c’est le meilleur placement, son pouvoir d’achat en terme de portefeuille de valeurs mobilières va monter de 40 à 50% dans le moyen terme.  Tout est trop cher, tout est plus cher qu’en 2000 ou 2007 et il n’y a aucune place ou se réfugier, « no place to hide ».

Attendez les soldes, ils viendront. Après une hausse qui a commencé sans correction (significative)  le 9 mars 2009, les marchés financiers ont mangé leur pain blanc, tout absolument tout est trop cher, valorisé, « pricé » pour rapporter moins de 1% en nominal,  dividendes ou intérêts réinvestis sur 12 ans. Tout ce que l’on peut attendre, c’est une bouffée spéculative qui donnera une fois de plus l’impression que c’est reparti pour un tour. Ce sera un piège, la réalité est que la musique, la vraie musique s’est arrêtée en juin 2014,  comme en témoigne les cours des indices larges, ceux du NYSE par exemple qui sont stagnants depuis,  et la réalité est que depuis on joue les prolongations, on a mis un disque pour faire croire que l’orchestre était encore là. La réalité est que depuis deux ans les marchés sont engagés dans un processus de « top », étalé.  L’esprit de jeu, ce qu’ils vous font passer pour le goût du risque est votre ennemi! Ils connaissent leur Adam Smith et leur John Law par coeur, eux qui avaient compris que « tout joueur s’exagère toujours ses chances de gains ».

Tout est trop cher , ce qui signifie que rien à ce niveau ne constitue un placement. La rentabilité d’un placement dépend du prix auquel on l’acquiert, si on l’achète bon marché on a une rentabilité correcte, si on l’achète cher on a une rentabilité médiocre et on risque en plus de perdre en capital. Quand on vous dit que les valeurs mobilières sont à leur prix, à leur « fair value » puisque le rendement des fonds d’état est quasi nul ou voisin de 1%; on ne vous dit rien d’autre que ceci: les valeurs mobilières sont valorisées pour rapporter comme ces fonds d’état, moins de 1%. Mais avec en plus un risque perte en capital à la fin et un risque de volatilité considérable entre temps.

Rien ne rapporte rien, alors autant ne rien avoir.Les Banquiers Centraux et leurs complices ont supprimé la rémunération de l’épargne, la rémunération des épargnes sans risque comme les livrets, les fonds monétaires, les obligations, les fonds d’état, tout cela pour vous faire faire une course au rendement, pour que vous vous  précipitiez pour acheter tout ce qui rapporte encore un peu. Cette course au rendement, cette « search for yield » cynique avait pour objectif de faire baisser tous les taux, tous, de gonfler la valeur des titres, tous les titres, de créer un effet de fausse richesse pour vous forcer à consommer, pour rendre le crédit gratuit  et surtout pour forcer  à investir. La manoeuvre a échoué car, et cela est incontestable, c’est le drapeau qui signale l’échec:  l’investissemnt productif n’est pas reparti. Il stagne il végète  et c’est cela le vrai échec, l’échec sur l’investissement!  Ni le faux pouvoir d’achat, ni les taux nuls et l’argent  gratuit n’ont déclenché la vague d’investissements attendue. Le résultats n’est pas là, mais le prix a été payé, l’argent est parti gonfler les marchés, on n’a pas eu les dépenses d’investissement, mais les cours des valeurs mobilières sont inflatés et maintenant on ne sait plus que faire.

Ci dessous l’échec total sur l’investissement 

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Certains,  lourdement « chargés » sur les marchés se retrouvent avec le bébé dans les bras alors qu’il n’y aura personne pour le reprendre.un jour , il n’y aura de suivant, alors tout le monde se précipitera vers la sortie, tous du même coté du bateau. Juste pour fixer des ordres de grandeur, Il y a 300 trillions d’actions et de valeurs à revenu fixe dans  le monde global, et le bilan des banques centrales est dérisoire, l’américain n’est que de 4,5 trillions!

Ces derniers temps, en 2014 et surtout 2015, on a essayé de faire croire au public qu’il y aurait encore des acheteurs, que le Ponzi, que la chaîne du bonheur allaient repartir, bref, que les banques centrales allaient continuer d’acheter et on a même fait courir le bruit  qu’elles allaient acheter plus et élargir leur assortiment: des obligations émises par les entreprises  et tenez vous bien des actions, des ETF! La preuve disent ils , c’est que le Japon le fait bien… mais ils oublient de dire que le Japon le fait, mais sans résultat!  Le résultat est nul mais les inconvenients sont colossaux: on détruit les modèles d’exploitation des banques, on les ruine, on détruit les caisses de retraites, les assurances, les protections sociales. On détruit le revenu espéré par les épargnants des classes moyennes. La situation est déja désespérée et les élites le savent.

Bernanke a dit un jour une horreur de cynisme: « il faut bien que les titres du portefeuille mondial soient détenus par quelqu’un ». Cela veut dire qu’il faut que quelqu’un porte le bébé que constitue le portefeuille mondial de valeurs mobilières, les fameux 300 trillions; on ne peut vendre qu’à quelqu’un , la planète Mars n’achète pas encore. En clair, tout ce qui est émis doit être détenu, tant pis pour le porteur. Donc en tant que classe, en tant qu’ensemble, les classes moyennes perdront, elles subiront la remise à niveau, sauf ceux qui auront repassé le mistigri à d’autres. Mais en terme macro économique et financier, les choses sont jouées, voila ce qu’il faut savoir. Et elles seront appauvrissantes, déflationnistes, et c’est pour cela que l’on créera peut être encore de la base-money, de la monnaie de misère,  au risque de faire de l’hyperinflation/fuite devant la monnaie.

Tout le monde sait que les prix actuels des actifs sont fictifs; mais on paie ce prix là d’abord parce qu’il n’y a pas d’alternative et ensuite parce qu’ on espère qu’il y aura quelqu’un de plus stupide qui viendra acheter. Et ce quelqu’un c’était jusqu’à ces derniers temps, les Banques Centrales avec leur QE.

Les banques centrales ont réussi à faire tenir l’édifice par trois choses, leurs achats, leurs promesses que cela allait continuer et l’entretien  de l’esprit de jeu. De ces trois choses, compte tenu des masses en jeu, c’est l’esprit de jeu qui est déterminant, car seul le public mondial a les ressources à la hauteur des masses concernées. C’est souvent autour de cette question que tournent les remarques sur la fameuse crédibilité des banques centrales: leur capacité à stabiliser tout ce que détient le public. Mais pour entretenir l’esprit de jeu, il faut du spectacle, comme au Lotto montrer, pouvoir exhiber des gagnants à la TV , il faut qu’il y ait des tirages et l’arrêt de la hausse, c’est équivalent à ne pouvoir montrer des gagnants. Depuis deux ans il n’y a plus de gagnants .

Au début de la crise, les autorités vous ont spolié afin de renflouer les banques et les gouvernements surendettés, mais maintenant , les mesures exceptionnelles ayant duré trop longtemps, on en est arrivé à un point ou on ne fait plus que détruire les banques, les mesures ont cessé de les favoriser, il n’y a plus de « spreads », plus de gras pour elles , donc on annule, on saccage ce que l’on a fait dans première partie du traitement de la crise. La politique ne profite plus qu’aux gouvernements qui peuvent s’endetter presque gratuitement et qui ne s’en privent pas.

On ne peut aller plus loin pour deux raisons: d’abord des raisons politiques, il faudrait changer les lois,  et ensuite des raisons  financières. Pour aller plus loin il faut changer de système on ne peut rester dans le système actuel, voila la vérité. La montée des mécontentements populaires n’est qu’un symptôme parmi d’autres du fait que l’on touché les limites. Les autres limites se profilent mais seules les élites les voient.

Le terme de « Bulle  » est trompeur et c’est à juste titre que les Bernanke, les Yellen et nous même ne cessont de répéter que, pour parler juste, il n’y a pas de « bulle » du prix des actifs. Une bulle se caractérise un état d’engouement, de fête, d’euphorie et ici il n’y a nulle euphorie, mais une triste réalité, une triste contrainte qui a forcé les gens à acheter du papier. Ce n’est pas l’optimisme qui a fait les cours inflatés, mais le pessimisme et maintenant l’échec. Cela fait 3 ans que le Japon mêne une politique extrême de « coûte que coûte » pour fabriquer de la reprise et de l’inflation et malgré cette action désespérée, malgré des taux négatifs, malgré un endettement public colossal, malgré des achats d’actions et d’ETF, le Nikkei  est au niveau de 2014, et plus bas qu’il n’était il y a 30 ans.

Il n’y a aucune corrélation entre les politiques monétaires aventuristes et l’évolution de l’économie réelle, la seule corrélation est celle, temporaire et trompeuse et fragile  avec l’inflation du prix des actifs financiers. Pöur que la politique aventureuse produise des résultats, il faut aller vers ce qu’ils appellent l’helicopter money, c’est à dire le financement direct des dépenses des gouvernements par le gonflement du bilan  des banques centrales. Cela signifie que la politique monétaire doit devenir clairement fiscale, donc elle doit être approuvée par les parlements et les représentants  du peuple. Ce qui est loin d’être acquis;  et surtout il y a un « hic »: les Allemands, les gardiens de l’orthodoxie mondiale  le refusent absolument. C’est peut-être la raison pour laquelle on leur tord le bras en  ce moment d’ailleurs!

Comme nous l’avons dit, pour aller plus loin, il faut changer de système. Il faut changer les lois organiques, la nature de la monnaie, restreindre les libertés, il faut prendre des risques considérables car même avec de telles mesures désespérées, le résultat ne sera pas garanti, car il reposera sur une inconnue non maitrisable: la psychologie, les réactions du public, les animal spirits, sa capacité à avaler la destruction potentielle de la monnaie et les principes même de la vie dans nos sociétés.

L’Histoire ne sera pas tendre avec les apprentis sorciers, elle leur montrera que toujours c’est le réel et le peuple qui ont raison. Un jour vient le temps des comptes, « the day of reckoning », et ce jour là on vérifie l’adage de la Sagesse des Nations: « on est toujours puni par ou l’on pêche », c’est à dire  que l’on a pêché par la monnaie et on sera puni par la monnaie.

En Prime:

Le marché phare mondial, le S&P 500, le vertige;  et surtout un processus de fabrication de « Top » étalé. Nous sommes aussi cher qu’en 2000 et 2007. En 2000 le S&P a chuté de 50% et le Nasdaq de plus de 80%. 

Sur l’article du WSJ, sur le Taper de la BCE ; baisse des fonds d’état et hausse de l’euro 

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L’article du WSJ

Euro Surges After Report ECB Considering a QE ‘Taper’

Oct 4, 2016 2:49 pm ET

Over the past couple of months, the capital markets have been especially antsy on the topic of the limits of monetary policy. A report this morning suggesting that maybe one key central bank is feeling the same way sent the euro surging.

2 réflexions sur “A lire Editorial: Un coup de tonnerre monétaire, complété

  1. Magistrale analyse.
    Les actifs de tout type vont s’effondrer, c’est clair. La baisse drastique de l’or qui vient d’avoir lieu est-elle une première manifestation du phénomène ou a-t-elle une autre cause première ? On peut tout lire à ce sujet et il est bien difficile pour moi d’arbitrer entre des explications – au niveau des causes secondes – qui paraissent vraisemblables. Quelqu’un peut-il me répondre ?

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  2. Passionnant article bravo et merci.
    La fuite devant la monnaie de la part du grand public s’opère déjà, discrètement. Les gens « aisés » et informés ont déjà liquidé les fonds euros pour acheter des meubles d’art, des whiskies japonais et… Des voitures. Je puis vous affirmer, pour suivre ce marché avec intérêt que les Porsches 993 sont à 50% au dessus de leur valeur de revente par rapport à ce qu’elle était, ne serait-ce qu’en 2012. Un ami me disait qu’il se forme une bulle sur les voitures de collection ( 928 GTS, Renault Alpine ou Mercedes pagode par exemple). Les whiskies Chichibu ou Asama grands millésimes ( je suis amateur… ) s’arrachent sur e-bay ainsi de suite…
    Je ne parle pas de Van Gogh ou de Picassos ici c’est à dire des ultra-riches. Mais de classes moyennes qui commencent à piger que ça sent mauvais. Amusant : un ami a cassé son PEA pour acheter une Aston Martin de collection et il m’a dit : « quand ce sera la m… En France et que je franchirai la frontière, les douaniers pourront toujours fouiller la voiture et chercher l’or et les billets, sans réaliser que j’ai mon c… posé dessus. »

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