La BCE, un coup pour rien, surtout pas de vague !

La  conférence de presse de Draghi n’a pas éclairé les marchés, il s’est  contenté de dire que la BCE avait « fait le point » sur les travaux techniques menés par ses équipes sur les différentes options envisageables. Un peu comme l’avait dit Kuroda il y a quelque temps. C’est un signe , même si il n’est pas clair, que la politique monétaire n’est plus tout à fait sur les mêmes rails.

Il a ajouté pour éviter les réactions non voulues des marchés,  que les responsables de la BCE n’avaient débattu ni d’un arrêt du programme d' »assouplissement quantitatif » (QE) ni de sa prolongation. C’est ce que l’on appele piloter et ici le pilotage c’est l’entretien de l’indecision.  Il s’agit de se laisser la possibilité changer tout en ne le disant pas et en évitant de mentir. 

« Il est parfois (…) plus important de dire de quoi nous n’avons pas parlé: nous n’avons pas parlé de ‘tapering’, ni de l’échéance prévue de notre programme d’achats d’actifs », a-t-il dit, pour évoquer un ralentissement progressif du programme de politique monétaire.

On se souvient qu’il y a quelques semaines, un ballon d’essai dans le sens du Tapering progressif avait été lancé, nous l’avons commenté en son temps.

Il est évident que la BCE n’a pas envie de chahuter les marchés alors qu’ils vont subir le choc de la tentative de normalisation plus ou moins symbolique américaine. Toute volatilité est bannie , c’est ce qu’il faut comprenbdre;  à chaque jour suffit sa peine pensent les banquiers centraux; une chose à la fois. La volatilité, c’est l’ennemi, c’est la mise en risk-off, c’est a dire la tendance au deleveraging.

La régulation se fait beaucoup plus subtile depuis le consensus de Shanghai et les autorités ont beaucoup progressé dans leur capacité manipulative depuis les accidents de l’été 2015 et de janvier/fevrier 2016.

La coopération est excellente sur tous les fronts, même avec les Chinois et les pétroliers. L’accord de Shanghai a mis l’accent sur la nécessaire remontée systémique des prix du pétrole et la nécessité de contenir la hausse du dollar, il faut avouer que cela  été réussi. Tant que le dollar index ne passe pas les 100, la situation est en mains. On est à 98,41. Les ventes de Treasuries US par la Chine, les pétroliers et le Japon ont permis à ces pays de « mobiliser » des dollars qu’ils ont mis à la dispositions de leurs banques, ce qui a limité les tensions sur le refinancement de gros de ces banques; tensions qui avaient été , parmi d’autres causes, à l’origine des accidents de 2015 et 2016. Bravo, bien joué.

Constatant que l’économie de la zone euro poursuivait une reprise « modérée mais régulière »,  Draghi a estimé que la politique actuelle était plus efficace qu’espéré initialement par la BCE et il a rejeté les arguments selon lesquels les taux d’intérêt négatifs auraient des effets contre-productifs. On n’est jamais si bien servi que par soi même est semble-t- il l’adage de Draghi.

« La conclusion a été qu’ils ne freinent pas la transmission de notre politique monétaire. En d’autres termes, les taux bas fonctionnent », a-t-il déclaré.

Comme l’avaient anticipé la quasi-totalité des économistes interrogés par Reuters, le taux de refinancement de la BCE reste fixé à zéro et le taux de facilité de dépôt, devenu de fait son principal taux directeur, reste à -0,40%.

Interrogé sur leur évolution possible, Mario Draghi a réaffirmé qu’ils resteraient « à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas sur une période prolongée, et bien au-delà de l’horizon fixé pour nos achats nets d’actifs ».

L’euro s’est dans un premier temps apprécié face au dollar en réaction à ces déclarations, montant jusqu’à 1,1040, puis il est retombé.  Les Bourses de la zone euro étaient quant à elles hésitantes,  l’indice large Stoxx 600 était inchangé et la Bourse de Paris gagnait 0,26% après un passage dans le rouge.

 

Mario Draghi a par ailleurs réitéré son appel aux gouvernements de la zone euro pour qu’ils assument leur part du soutien à la croissance, par le biais de la politique budgétaire et des réformes structurelles. Mais ne vous y trompez pas, cet appel ne constitue pas un aveu d’échec.

 

2 réflexions sur “La BCE, un coup pour rien, surtout pas de vague !

  1. De Draghinades en Draghinades, de G20 en G20, de Yellenades en Yellenades, le feuilleton , la new great experiment continuent…La concertation et le pilotage représentent la maîtrise de nos élites pour éviter l’emballement de la communauté financière et « gérer » l’effondrement programmé de nos économies…un peu comme un accouchement vers un autre monde…

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    1. Vous faites ressortir le caractère progressif et semble -t-il inéluctable de la gestion de nos élites.
      L’évolution vers l’effondrement n’est pas la plus probable, on peut obtenir le même résultat de destruction des couches moyennes par un glissement lent, et c’est ce qui se fait depuis 35 ans.

      Nous sommes sous la coupe d’ingénieurs sociaux, c’est à dire de gens dont la fonction est de piloter, malgré les résistances, le changement social vers une modernité qui permet de maintenir l’ordre anciern sous une autre forme, plus dure et à la fois plus soft.

      C’est le temps du « soft power ».

      Les ingénieurs sociaux sont fascinés par la fable de la grenouile et ils s’en sinspirent, comme l’a révélé Juncker ily a maintenant quelques années.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Fable_de_la_grenouille

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