Billet Le contrat de confiance: tu ne contesteras pas l’évidence

je soutiens souvent l’idée difficile à faire passer que nous sommes plongés dans une névrose. Nous avons perdu le contact avec la réalité, nous habitons un imaginaire, produit par le système pour les besoins de sa durée et de sa reproduction. Et pour nous, c’est ce qui explique notre impuissance à changer les choses, à changer le monde malgré nos mécontentements et nos colères. Je soutiens l’idée  que le problème politique est de comprendre pourquoi malgré son rejet des politiciens et des médias, le peuple est impuissant, bref pourquoi cela dure.

Nous sommes plongés dans un imaginaire prenant, cohérent qui occulte la réalité, tout en l’exprimant par des actes manqués, des lapsus, des balbutiements de l’histoire comme la crise économique, la disparition de la légitimité des élus et des élites, la corruption des dirigeants, etc. Là je pense à tout ce qui constitue notre actualité: la campagne éléctorale américaine, la corruption des politiciens français par le Qatar, la création d’ennemis comme la Russie et comme ceux fantomatiques, mais criminels   des terroristes de l’EI que nous engendrons nous mêmes. Cet imaginaire est là devant nos yeux, c’est lui qui constitue la vitre, la glace, la cloison transparente qui nous sépare du réel tout en nous en envoyant une image déformée , biaisée pour les besoins des puissants. Cette vitre est une sorte de prisme qui décompose le réel, le fait éclater, , empêche sa reconstruction par la raison. Le but, la fonction objective  de cet imaginaire est d’obturer le fonctionnement de la raison,   du bon  sens et de l’intelligence. Il faut que la vision d’un monde éclaté, remplace celle d’un monde logique intelligible, donc criticable. Il faut casser les relations de cause à effet, les liens organiques entre les causes et les résulats et plonger dans l’irrationnel, au besoin en agitant l’émotionnel.

Le monde de l’establishment fonctionne sur la base d’une sorte de contrat de confiance, particulièrement visible dans deux domaines, celui de la justice et celui des médias. La justice nie l’inconscient, elle ne veut connairte que le sujet conscient, maitre de lui. Elle nie qu’il y ait un reste. Nous n’y insterons pas. Ceux qui participent de cet establishment s’engagent en quelque sorte à ne pas rompre les règles. Et les règles se résument en fait, en dernière analyse à celle ci: tu ne contesteras pas ce que tu vois, ce que l’on te donne à voir, tu ne contesteras pas l’évidence.

L’évidence coupe court à tout discours , à tout besoin de justification, à toute remise en question. La régle force  à entériner socialement le non-dit, le caché, le refoulé, à nier l’existence du chaînon manquant. Vous savez ce chaînon manquant qui explique les choses , les évènements et leur donne leur sens. Vous avez ce chaînon manquant qui explique la destruction de la Libye, l’intervention au Mali, les courbettes devant les wahhabites qui arment nos ennemis.

Bien sur ce n’est qu’un exemple tiré de l’actualité, mais nous aurions pu prendre celui de la crise financière qui devient bancaire on se demande bien pourquoi! La règle c’est l’oubli du chaînon manquant, cette règle fait loi au sein de l’establisment. La soumission des harkis du pouvoir n’est pas soumission à des personnes, non, ce serait trop visible, elle est soumissions aux contreparties d’un contrat scélérat caché, « tu en croqueras si tu respectes la règle qui consite à ne jamais parler, jamais montrer qu’il y a un reste, un manque et que c’est ce reste , ce manque qui expliquent tout. Nous disons souvent que c’est le mort du bridge qui gouverne le jeu de la carte et bien il  y a similitude, c’est le mort, le non-dit , le non-révélé, le refoulé  qui gouvernent. Exemple, la corruption des élus français et leurs ambitions qui donnent leur sens aux humiliations aberrantes que nous subissons et aux attentats qui terrorisent nos citoyens et permettent de les asservir.

Nous vivons dans des sortes de romans, on nous raconte des histoires parfaitement décrites dans cette série télévisée intitulée « les hommes de l’ombre », romans écrits par les ingénieurs sociaux, les communiquants et récités par les médias. Ces romans nous distraient, ils brossent dans le sens du poil, ils sont sous-tendus par une connaissance remarquable de nos faiblesses, de nos appétits pour le mensonge, lesquels comme le dit le philosophe « réussissent si bien parce qu’ils correspondent à ce que les gens veulent entendre. »

Le contrat social veut qu’il n’y ait pas de  reste, que le caché n’existe pas, que le non-su et le non-dit n’émergent pas. Et c’est en cela que le travail de Wikileaks est révolutionnaire en cette période électorale, il dit, il énonce non pas par personne interposée, ce qui est toujours contestable, non, il publie ce que les protagonistes de la politique disent et écrivent; il publie des e-mails, des conversations, des images. Le vrai révolutionnaire est celui qui donne à voir ce qui est caché, ce qui dérange l’ordre établi. Pas celui qui défile dans la rue. Le vrai révolutionnaire c’est le lanceur d’alertes, celui qui,  étant au dedans du système balance. Vive les balances!

Pour l’instant si vous l’avez noté, les médias sont du côté des pouvoirs, des élites, de l’establishment, mais le renversement de leur position est l’enjeu prioritaire. Beaucoup plus que la fraternisation avec la police et l’armée chère à nos révolutionnaires d’antan. Car de la matière à révéler, scandaleuse, celle qui fait trébucher, il y en a .  Il y en a,  de quoi alimenter  pendant des années les informations télévisées. Le jour ou les médias basculeront, alors ce sera la fin. Et nous pressentons que ce sera en tout ou rien ou plutot en boule de neige. Car l’alliance entre les pouvoirs et les médias est fragile, ce sont des salariés après tout et le sort des journalistes devient de moins en  moins enviable. Ce sont des gens fragiles, des gens frustrés, des gens de ressentiment, reversibles. Ils n’ont que les miettes. Ils sont agenouillés, mais en position d’équilibre instable . lls sont sous concurrence , sous le feu de la surveillance des médias nouveaux, de gens qui, pour peu qu’ils se disciplinent, sont libres. Même si leur  manque  de déontologie les égare.

La montée du thème que constitue le conspirationnisme est une nécessité historique, elle est surdéterminée  et ce n’est pas un hasard si depuis longtemps, les élites, l’ayant compris tentent  de déniger le conspirationnisme. Le Conspirationnisme en tant que pratique et que théorie de l’histoire, vise juste: il énonce que l’on ne dit pas tout, que l’essentiel est caché, ailleurs,  et qu’il y a des chainons qui manquent. Les conspis mettent leur nez là ou il n’est pas souhaité qu’ils le mettent. A ce titre ils prennent  le problème par le bon bout, là ou cela ferait mal. Hélas ils subjectivisent et au lieu de comprendre que ce qui gouverne, c’est un système, ils incriminent les personnes, c’est leur point faible. Ils postulent une erreur: « ce sont les personnes qui se réunissent et conspirent ».  Alors que la convergence est objective, les soi disant conspirateurs sont solidaires parce qu’ils sont les tenants-lieu, les gestionnaires d’un système qui, d’ailleurs les dépasse. Les conspis mettent le doigt sur une réalité qui leur parvient tronquée, déformée: il y a des choses  cachées, des chaînons qui manquent. Mais la parade des élites a été prompte et intelligente, elle a consisté non pas à réfuter, ce qui en terme de Com est toujours une erreur, mais à dévaloriser ceux qui en sont les porte parole, à les démoniser, c’est le nouvel Axe du Mal. Ils sont les héritiers de l’extrême droite la plus nauséabonde!

A terme il y a convergence entre l’action des lanceurs d’alerte, l’action des conspis et les laissés pour compte du système. Ainsi toute personne licenciée, éconduite,  écartée devient un informateur potentiel.  Tout remplaçant est toujours suceptible de balancer son prédécesseur.

 

3 réflexions sur “Billet Le contrat de confiance: tu ne contesteras pas l’évidence

  1. Bonjour. Pour aller dans votre sens, on peut affirmer aujourd’hui que les médias sont l’un des problèmes majeurs qu’affronte notre démocratie (sans parler de tant de nos « alliés dont les États Unis) Aucune changement, quelle qu’en soit la teneur, ne sera possible sans une refondation du socle économique des nos « grands médias », instruments puissants et omniprésents des oligarchies qui nous gouvernent. Créant de virtuelles évidences, ils interdisent à nombre d’entre nous une réflexion lucide et libre. Je dis tout cela dans mon « Les grands médias au pas cadencé? », essai qui tente de faire le tour de cette crise gravissime du fonctionnement démocratique. Si cela vous intéresse et dans le cas où je ne l’ai pas encore mentionné, ce lien:
    http://pucciarelli.fr/livregratuit_1.html
    Cordialement.

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