La seule diversification face au risque, c’est … le cash.

Depuis la dérégulation des années 80, le système crée beaucoup de monnaie, beaucoup de crédit, beaucoup de « liabilities », les liabilities, ce sont des promesses sur l’avenir, des créances, des droits à retraites, des droits sur les cash flow des entreprises, des droits des assurés sociaux…, nous n’insistons pas, vous avez compris. Le but de la dérégulation était d’accélérer la croissance et de compenser la tendance à l’érosion des taux de profit, bref il s’agissait de « doper ». Doper en multipliant les traites en quelque sorte sur l’avenir. Vous connaissez l’adage: « dans le long terme nous serons tous morts ». Hélas le long terme du temps de Greenspan est devenu le présent d’aujourd’hui.

Il faut préciser que les cours de Bourse sont une promesse, une promesse de cashs flows à venir, attribuables aux actionnaires. La masse des dettes des entreprises est elle aussi un droit sur leurs  cash flows futurs. Ce postulat est à la base de toute l’analyse financière. Les cours de Bourse élevés impliquent comme l’a justement fait remarquer Greenspan, que les cash flows futurs élevés sont intégrés, « embedded » dans les cours. Et Greenspan qui n’était pas analyste fiancier faisait confiance aux analystes pour avoir des anticipations justes; on a vu ce que cela a donné en 2000! Les cours ont du baisser de 50% sur les actions du S&P 500 et de 83% sur le Nasdaq pour remettre tout cela (les promesses)  en proportion des bénéfices! 

Ce système tient parce que les promesses sont pendant longtemps reportées, roulées, elles sont stockées, accumulées, à la fois par l’épargne, la création de crédit et l’esprit de jeu.  Si ces promesses partaient à la recherche  de leurs contreparties réelles, ce que l’on appelle un « run », alors il y aurait pénurie de presque tout ce qui est réel, , inflation considérable et/ou destruction des promesses les plus fragiles.

Tout le secret du système, nous l’avons écrit et expliqué au début des années 80 repose sur la nécessité de conserver l’argent à l’intérieur de l’ensemble que constituent « les papiers ». Il faut que l’argent reste piégé dans le papier, quel qu’il soit peu importe; qu’il ne sorte pas de ce sysème. Vous comprenez pourquoi les autorités ont été obligées de détruire l’or ou plutot son marché, c’était une « fuite » considérable et surtout dangerereuse car symbolique. 

Toutes les innovations de la dérégulation, l’or papier, le pétrole papier, l’immobilier papier procèdent  de cette idée: il faut offir au public une panoplie de papiers qui le dissuade de sortir de l’univers des promesses, de l’univers des « papiers ». Il faut que la ronde continue. Il faut que le jeu continue, que l’on ne s’apercoive jamais qu’il n’y a pas de chaises pour tout le monde, bref il ne faut jamais que la musique stoppe. C’est pour cela que l’on ne peut plus que « monter » sur les marchés depuis 2009 ; il faut masquer. Masquer entre autre qu’il n’y a  pas assez de « base money », pas assez de monnaie de base pour que tout le monde puisse vendre.

Que l’on soit risk-on ou risk-off, peu importe l’essentiel est que l’argent reste piégé, reste sur ces marchés, ces marchés  des promesses. Vous comprenez le fond de l’argumentaire commercial de la profession de gestion de fortune: toujours il faut que l’argent reste chez eux, soit en disant qu’ à long terme on est toujours gagnant ce qui est faux archi-faux, soit en disant qu’à condition de bien diversifier on peut réduire les risques.

Nous y voila, au mythe de la diversification. 

Les contre-performances des portefeuilles sont généralisées, donc on vous dit: la solution est de diversifier ses portefeuilles. Ce qui est extraordinaire, c’est que la profession ose dire cela alors que la tendance lourde est  à la négation des bienfaits de la diversification, à la corrélation tous azimuts,  à la mise en phase de toutes les classes d’actif,  à la gestion passive, à la disparition de la sélectivité! Pour parler vulgairement, « tout marche ensemble ». Savez vous que dans les phases de baisse la corrélation des marchés européens avec Wall Street approche les 90%! 

Nous  soutenons exactement le contraire de l’idée dominante: il n’y a aucune place pour performer, aucune place pour se cacher, no place to hide. La diversifiaction est un leurre.

1-La corrélation entre tous les « papiers » est forte, la Macro explique quasi tous les mouvements

2-la politique monétaire globale est le sous-jacent de tous les marchés, absolument tous, c’est elle qui a fait monter tous les prix, c’est la mer qui a levé tous les bateaux. Le Treasurie à 10 ans US est une sorte de symbole du sous-jacent global, mais il n’est pas premier, ce qui est premier c’est la politique monétaire et si on veut, la crédibilité des banquiers centraux, c’est déja plus vrai. Le système est un sytème neuf en apparence, on a remplacé l’épargne par le crédit et on cherche à prolonger la durée du cycle du crédit malgré la fatigue. Le système est vieux comme le monde! Simplement il semble plus sophistiqué.

3-les taux d’intérêts nuls ou négatifs ont induit un comportement général de recherche du rendement, une concurrence effrenée pour acheter tout ce qui rapporte encore un peu et ce, au mépris  de toutes les considérations de risque, au mépris de toutes les considérations historiques. En regard des normes historiques , tout est surévalué de 40 à 50 % et plus la durée de vie de l’actif concerné est longue, plus son prix est/ sera sensible à la remontée des taux quand elle arrivera. Les « durations » ne cessent de s’élever. Comme dans les loteries, la surévaluation de la masse des billets ne repose que sur  l’esprit de jeu. Tout cela repose sur des comportements humains primaires et il n’y donc aucune raison de s’étonner si ils se reproduisent sous le nom d’animal spirits. 

4- les taux d’intérêt nuls ou négatifs ne justifient absolument pas les valorisations actuelles , c’est une erreur de raisonnement dramatique. Les actions par exemple sont un actif à durée de vie très longue, leur valorisation est determinée par les cash flows à venir, par les flux pendant toute la durée de vie que l’on peut approximer à 50 ans. Les taux bas qui servent de réference dans les calculs de valorisation et dans les argumentaires commerciaux,  ne peuvent durer 50 ans car tous les systèmes sociaux et les protections sociales sautent! Les taux zéro justifient une prime sur les évaluations historiques normales pendant la durée prévisible des taux nuls ou bas, au mieux, pendant encore 3 à 4 ans. Puis viendra la hausse et donc la prise en compte de la nouvelle réalité avec la chute des valorisations.  La hausse des taux fera chuter le prix de tous les investissements anciens par simple effet d’arbitrage et de réaménagement des portfeuilles, ce sera à la baisse le phénomène inverse de celui auquel on a assisté à la hausse. C’est mécanique et mathématique. On vendra l’ancien  qui rapporte moins pour acheter le neuf qui rapporte plus.

5-la diversificaton ne servira à rien lorsque la hausse des taux sera enclenchée, tout sera touché de proche en proche car tout a été touché de proche en proche pendant 8 ans : les bonds, les fonds d’état, le crédit, les actions… Les pertes dépendront du risque enraciné dans chaque actif et de sa durée de vie, plus ce sera risqué et plus cela sera long et plus les pertes sont colossales. La hierarchie des pertes est déjà établie, c’est déjà joué et c’est ce que bien peu comprennent: les pertes et leur hierarchie sont jouées, c’est un acquis. La seule vraie question est de savoir quel sera le détenteur final qui les subira. 

6-il faut concevoir l’investissement radicalement autrement. En terme de classe radicale. Il y a la classe des « actifs papiers » et la « classe du cash », de la monnaie. Les autorités ont retiré du portefeuille mondial des « actifs papiers » qui rapportaient  et inondé en contrepartie de monnaie qui ne rapporte rien. Cette monnaie est un mistigri dont les porteurs veulent se débarrasser car ils pensent qu’à long terme elle va s’avilir et surtout elle ne rapporte rien alors qu’ils ont besoin de revenu. Donc ils échangent ce cash contre des titres qui eux rapportent encore un peu; ils montent comme on dit dans l’échelle du risque, les autorités ayant retiré du marché les placements sans rique il ne reste que les placements à risque,  à risque de plus en plus élévé. Donc pour bien comprendre il y a deux classes d’actifs: les actifs financiers à maturité longue et risquée et le cash qui est à maturité zéro; quand vous vous départissez de votre cash , vous enflez globalement la valeur de toute la classe des actifs « papiers ». La racine, le fondement de la hausse de tous les actifs financiers c’est cet arbitrage « cash contre papiers » parce que le cash est surabondant et que les papiers qui rapportent  encore un peu le sont de moins en moins

7-la baisse , la ruine des détenteurs des « actifs papier » est acceptée et programmée, elle fait partie de la politique suivie. Bernanke à qui on reprochait de ruiner les épargnants a répondu: « il faut bien que tout les titres (le papier) en circulation  soient détenu par quelqu’un! ».  Ce qui veut dire en clair que ceux qui se retrouveront avec le papier seront les victimes. Ceux qui auront gagné ce seront ceux qui auront vendu avant, mais il est impossible que la classe des épargnants  « sorte » , pour sortir il faut un acheteur, les acheteurs de la planète Mars ne sont pas encore là. 

8-personne ne connait la valeurd’équilibre des actifs car la politique monétaire a créé une économie fausse, dopée, avec une demande artificielle. Les chiffres d’affaires sont supérieurs à ce qu’ils devraient être. Les déficits publics « volent la demande future », ils créent des marges bénéficiaires élevées qui ne sont pas extrapolables, car sinon on tomberait dans la thèse de Karl Marx sur la tendance inéluctable à l’insuffisance de la demande et à la surproduction.

On ne le dit pas, mais nous sommes dans une crise de surproduction, c’est ce qui est occulté par la caractérisation de l’establishment qui prétend lutter contre la déflation: en réalité il lutte contre la surproduction comme dans les années 30. 

Conclusion: la seule diversification c’est la classe d’actifs nommée « cash », et c’est à l’intérieur de cette classe qu’il faut rechercher la diversification car le cash a de nombreuses formes. 

3 réflexions sur “La seule diversification face au risque, c’est … le cash.

  1. Comme écrit dans l’article, le cash a de nombreuses formes.
    Cash veut dire du concret, quelque chose de « solide » qui a une valeur réelle: immobilier, or, argent, …

    Alors oui ces actifs peuvent monter ou descendre, ils auront toujours une valeur.

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  2. Entièrement d’accord avec vous mais des billets en Euro, qu’est-ce que cela vaudra en cas d’éclatement de la monnaie unique ? Pourquoi pas plutôt de l’or qui couvre ce risque ?

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  3. « Le cash a de nombreuses formes », lesquelles ?
    1) De l’argent liquide chez soi, oui, mais à partir d’un certain montant cela devient très risqué (voleurs, difficultés pour le réinvestir…)
    2) Des pièces d’or et d’argent, oui d’accord, mais ne pas oublier non plus le fusil de chasse, les boîtes de conserve et les couvertures de survie
    3) Le cash dans les banques, oui, mais on connaît la solidité des banques… Ou alors il faut fractionner au maximum (pas de 100 000 € par banque), remplir d’abord livret A, LDD, PEL… privilégier des structures comme la Banque postale
    L’avantage du cash sur un compte, c’est qu’il est mobilisable très vite
    L’avantage d’avoir du cash par exemple sur un PEA, c’est qu’il permet de profiter très vite des chutes de marché si elles arrivent.
    4) Le cash sur les devises. Les devises, c’est toujours casse-gueule, mais d’avoir aussi un compte en dollars, pourquoi pas…
    Suis-je complètement à côté de la plaque ?

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