Vers une modification des conditions financières globales . Le couvercle du cercueil se soulève.

J’ai choisi d’insister sur ce que j’ai tendance à considérer comme un tournant, une nouvelle phase. Cela n’est pas sûr à 100%, je prends des risques en étant aussi clair. Je passe en quelque sorte à la limite. Mais la probabilité est bonne sinon forte que j’ai raison.  

J’analyse les conditions financières, non pas en termes financiers, mais presque en termes historiques ou sociologiques ou mieux encore et plus audacieux, psychologiques.  Ce qui recouvre l’idée suivante: le cycle d’humeur déflationniste des peuples touche à sa fin, les peuples font sauter les limites rétentionnistes imposées par la bourgeoise pervertie par la finance, par la bien-pensance qui n’est rien d’autre que le costume de la répression. .

Les forces de vie reprennent en quelque sorte le dessus sur les forces de mort. L’équilibre entre les braillards et les classes constipées se modifie. Les braillards sont loin d’avoir gagné, mais ils ont enfoncé les portes de la citadelle. Les hommes en gris et costumes trois pièces vont ils résister? La victoire des peuples, qui incarnent et mettent en oeuvre les forces de vie est en train de tenter  de venir à bout, de soulever  les couvercles que les élites voulaient clouer sur leurs  cercueils .

Les populistes feraient bien de ne pas se tromper d’analyse: pour gagner il leur faut parler aux braillards, les conduire, les unir, les galvaniser, il faut surfer sur cette vague d’énergie et d’irrationnel.

Surtout il ne faut pas essayer d’endosser le costume des « hommes en gris », surtout pas essayer de devenir « respectable ».  Celui qui gagne, ce n’est pas celui qui met son drapeau dans sa poche, qui se bat sur le terrain choisi et balisé par ses adversaires, non, celui qui gagne c’est celui qui impose son terrain, son champ de bataille.

La finance n’est qu’un reflet de la vie, ce n’est pas la vie. La finance ce n’est qu’un signe.

Vers une modification significative des conditions financières globales .

Les taux du 10 ans US viennent de passer au dessus de 2%. Le secteur bancaire est en forte hausse, il sur-performe. Les cours des métaux franchissent des seuils à l’image du docteur Copper. Le choix de Trump donne le signal d’une prise de conscience du fait que nous sommes dans une phase de tentative de reflation. Cela couvait depuis le début février 2016. Date de ce que nous avons appelé en son temps le “consensus de Shanghai”;

Bloomberg rapporte ces derniers jours qu’ Obama  a inscrit un remarquable record pendant ses huit années de mandat présidentiel: il a émis plus de dette qu’aucun président des Etats Unis ne l’avait fait fait avant lui. Et en plus il a réussi à le faire à des taux qui sont les plus bas jamais pratiqués.

Bien sûr il n’a pu le faire que parce que la Reserve Fédérale a conservé les taux à des niveaux bas records , ce faisant, devenant le plus gros détenteur de dette publique. Il a bénéficié également d’une demande insatiable de la part de la Chine qui a gonflé ses réserves dans des proportions considérables. Les acquéreurs mondiaux de dettes américaines ont ainsi doublé leur stock , il atteint maintenant 3 trillions.

La dette négociable sous Obama a donc plus que doublé sous  son mandant, elle atteint 14 trillions. Et au lieu de se réduire, après 4 années de pause, le déficit du budget recommence à s’élargir. Les orientations de Trump, les travaux d’infrastruture vont accélélérer l’élargissement. Pendant ce temps, la Reserve Fédérale juge que les risques de sa politique monétaire non conventionnelle et ses inconvénients aussi, ne contrebalancent plus les aspects positifs, la balance penche en faveur de l’arrêt de ces politiques, en faveur d’une hausse des taux et d’une tentative de normalisation. Pour éponger lesliquidités pléthoriques dans le système, qui sait si les banques centrales ne vont pas ëtre obligées, elle même de vendre des obligations? L’échec de la première tentative d’Exit de la Fed, en 2011, si nos souvenirs sont bons est encore dans les mémoires des professionnels.

Tout est lié: si l’aisance monétaire, si la stimulation deviennent moins fortes, les capitaux cessent d’irriguer le monde global, la liquidité se contracte, les devises fragiles et les emprunteurs en dollars sont en difficulté. Tout comme les grandes banques mondiales qui voient le « funding en dollars », leur refinancement de gros devenir un peu plus délicat à assurer. Tout à fait logiquement, les banques centrales qui ont accumulé des dollars et des Treasuries américaines pendant la période de facilité, ont tendance à les vendre pour soutenir leur change d ‘une part et aider leurs banques d’autre part. Elles doivent encore aider leurs entreprises qui ont emprunté en dollars et sont coincées dans le dollar « short ».

Ainsi plusieurs phénomènes liés se conjuguent pour peser sur le financement des déficits américains :

1- tendance à la hausse des taux et donc renchérissement des emprunts

2-tendance à la vente des Treasuries et non plus accumulation.

Il s’y ajoute un troisième dont on ne sait très très bien si il est temporaire ou bien si il est une inflexion majeure: partout les indicateurs d’inflation se redressent. Est ce l’effet de la politique de reflation des prix du pétrole et des matières premières mise en place il y a quelques mois? Est-ce  le coup de whisky monétaire des chinois de 2016? Est-ce quelque chose de plus fondamental comme la lassitude de la discipline, un revirement dans ce que l’on peu appler l’humeur des peuples dont les votes Brexit ou Trump seraient les symptômes? Est-ce transitoire, est-ce le début d’un nouveau cycle? visiblement nul ne le sait.

Ce qui est sûr c’est que les vents favorables qui ont servi Obama en matière de financement sont en passe de devenir des vents contraires.

C’est dans cet esprit que nous avons d’ailleurs conseillé de vendre les obligations et fonds d’état, y compris « short », en fin juin, début juillet. Au lendemain du vote Brexit. Nous avons jugé que les excès commis à l’occasion du vote Brexit constituaient une excellente porte de sortie pour un choix de prudence plus fondamental. « Plus rien ne rapporte plus rien alors autant ne plus rien avoir » avons nous plaisanté. Complémentairement, nous avons conseillé à l’époque l’achat du secteur bancaire.

Dans les situations de ce genre, les médias américains font souvent appel à Greenspan et de fait il est venu sur les télés. Il a confirmé ce qu’il avait dit il y a déjà plusieurs semaines ou il craignait un « conundrum » sur le marché obligataire du type de celui que l’on a connu en 2013 lors des débuts de l’épisode du Taper, la réduction des achats de titres à long terme de la Fed.

L’ancien  Chairman est donc venu sur   Bloomberg TV avec une  prédiction fracassante: « une hausse substantielle des taux à long terme américains est probable si les signes inflationnistes que l’on décèle maintenant , se confirment », « if inflation take hold ».

En fait Greenspan ne dit rien de plus que nous, plutôt moins mais c’est Greenspan et nous sommes Bertez.

Avertir que les taux longs dans la situation présente, analysée ci dessus,  vont monter si les signes de redressement durable de l’inflation se confirment n’apprend rien, rien de rien! Il en dit plutôt moins que nous, puisque nous, nous disons qu’ils vont monter, même si les signes inflationnistes ne se confirment pas; nous disons qu’ils vont monter de façon téléonomique car “on” va faire en sorte que la courbe des taux soit plus pentue dans le monde afin d ‘éviter de continuer à massacrer les banques et assurances et retraites. Les épargnants on s’en fiche, mais des institutions non!

Greenspan complète son cachet en ajoutant: “je pense que l’on pourra aller jusque  dans la zone  des 3 ou 4 ou même 5% en fin de course, ce sont les niveaux normaux dans l’histoire ». Exactement comme nous le disons, puisque Greenspan n’est pas plus précis, il ne dit pas quand sera la fin de course: dans 5 ans, dans 10 ans?

il est évident que la hausse des taux longs  est inéluctable et que quand elle se déclenchera pour de bon elle posera de très gros problèmes. Bien sur ce ne sera pas linéaire, il y a aura des phases de doutes et de retour en arrière, mais la vraie hausse viendra.  « It’s a problem, as in going from where we are now to 4 or 5 percent,” “c’est un problème de repasser dans la zone des 4 à 5%, dit Greenspan, il y a toute une structure d’adaptation aux taux bas qui s’est construite depuis  2008 et elle va devoir être débouclée”.  « There’s a whole structure of adjustments which have taken place, basically since 2008, which have to be unwound »,  « that’s not going to be done without a problem. »Cela ne se fera pas sans problèmes.

Ed Yardeni, le véteran de Yardeni Research pense que l’on est dans de mauvais draps; « tout au long de ces dernières années, on a « kick the can », tapé dans la boite et descendu la pente et tout d’un coup on arrive devant le mur de briques. » « il y eu tant d’emprunts au cours de cette période que l’on frissonne rien qu’à l’idée que les taux peuvent , un jour, retrouver leur niveau normal ». Oui, cela est vrai, mais cela a toujours été vrai, depuis des année , depuis le début des taux zéro, des ZIRP et autres NIRP!

Nous pensons que cette question de la hausse des taux longs est extrèmement importante, mais en elle même elle est trop partielle, incomplète, elle doit être remise dans son contexte: il n’est de vérité que du tout, n’est- ce pas? La situation économique est incertaine. La hausse des taux  ne se déroulera  absolument pas de  la même façon selon que l’économie sera en croissance quasi nulle, faible ou normale. L’impact de la hausse des taux, son rythme, ses effets négatifs, dépendront de la situation économique sous jacente. Et même de la situation politique. Une croissance normale, disons de 3 à 3,5% précipitera certainement l’accélération de l’inflation et augmentera les risques financiers, les agents économiques voudront en quelque sorte se rattraper. Il y aura un effet de ressort. Une croissance médiocre avec des phases erratiques comme celles que nous connaissons depuis 2013 ne sera pas tenable, les risques de défaut sur toute cette masse de dettes de mauvaise qualité seront quasi impossibles à absorber dans un monde fragile qui n’a pas de fonds propres.

Quel serait le rythme de croissance  optimum nécessaire pour éviter la stagflation et l’inflation non controlée? La question mérite d ‘être posée, dès maintenant. Elle se posait avant le choix de Trump, mais ici elle passe au premier plan compte tenu de sa volonté de sortir de ce que nous avons appelé il y a longtemps, “la glaciation”.

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