Une semaine de folie, au bord du chaos comme en 2008 et 1987

Il y a des gens qui se targuent de prédire l’avenir. Surtout en matière de marchés. La matière est « soft », non scientifique et cela autorise toutes sortes de charlatans à tenter d’en profiter pour se pousser du col.

Après tout, la denrée la plus rare est certainement la mémoire: le public a la mémoire courte, très courte. Il est donc possible de faire illusion. En toute mauvaise foi. Grâce à l’absence de transparence organisée par le secteur financier sur ses investissements, sur ses performances, et sur ses commissions, l’activité de marketiong de produits et de services d’épargne peut continuer longtemps, longtemps après les erreurs et les mauvais calculs. Il y a peu de sanctions dans ce domaine, et c’est un considérable gaspillage d’une ressource rare, la vraie épargne, celle qui sert à constituer les fonds propres.

On ne peut prédire l’avenir, tout au plus peut on tenter de tracer un champ de possibles; nous disons bien tenter car il n’est jamais sûr que l’on ait tout envisagé, que l’on ait recensé tous les cas de figures. Bien souvent l’intelligence est binaire, en noir ou blanc , en positif ou négatif, alors que la réalité est tout sauf binaire, ou mécanique, elle est dialectique, lutte des forces de sens contraire. Et dans la plupart des cas, le résulat, la résultante,  est incertaine.

Ainsi la semaine qui vient de s’écouler a donné tort à tous les prévisionnistes boursiers et financiers. Sur tous les points. Ils se sont trompés sur le résultat de l’élection, ils se sont trompé sur la réaction des marchés à cette élection surprenante et ils se sont encore trompé dans leur appréciation des conséquences de l’élection.

Ce que nous voulons souliger, c’est le fait que l’on ne peut prédire l’avenir, et que bien souvent les observateurs et ceux qui les écoutent confondent prévision et pari. On peut parier, surtout avec l’argent des autres.  Avoir une conviction c’est une opération subjective,  mais ceci n’a que très peu à voir avec un processus de savoir, un processus de connaissance objectif, reproductible, vérifiable. Cela a voir avec la chance, le hasard, tout ce que l’on veut et peut imaginer  de cet ordre.

Ceux qui prédisent l’avenir sont des charlatans, ce qui compte ce n’est pas le résultat, dans un monde que l’on réduit au binaire, on n’a toujours qu’une chance sur deux de se tromper! Non ce qui compte, c’est la démarche cognitive que l’on suit. Et nous soutenons que ce qui est déterminant dans le processus cognitif; c’est l’analyse, la compréhension du présent, de ce qui est; car c’est en lui que se trouvent les forces qui vont agir pour, dialectiquement produire le futur.

En clair l’avenir n’étant écrit nulle part, il n’est pas devinable; mais la connaissance des forces qui s’affrontent dans le présent permet de tracer quelques pistes sur ce qui peut se passer. Nous apprécions particulièrement ce raccourci du philosophe qui nous dit: nul ne peut prédire l’avenir, tout au plus peut-on voir le présent avec les yeux de demain. Ce qui signifie anticiper sur la compréhension de ce qui existe.

Le présent est complexe. Déméler les apparences, le superficiel du plus fondamental, le vrai du faux, l’efficace du dysfonctionnant, la parole de vérité du mensonge ou du biais, tout cela nécessite un travail considérable qui, sachez le n’est pas fait. Personne ne le fait, même aux plus hauts niveaux. Personne ne le fait parce qu’il n’y a personne pour le faire, personne pour payer. Et si il n’y a personne pour payer, c’est parce que le retour, le profit ne sont pas suffisants: il n’y a personne pour payer le « hard », la recherche, la réflexion avec du vrai argent, tout le monde veut du « soft », c’est à dire qu’on veut que les paiements  soient indirects, greffés sur autre  chose.  Bref le paiement doit être sans douleur. Personne ne veut assumer le coût de mettre un peu de rationalité dans un monde aberrant, idiot qui va d’idioties en idoties et de gaspillages en gaspillages.  Le court termisme superficiel est bien plus rentable que le travail en profondeur.

Cette introduction nous a été inspirée par l’examen de ce qui s’est passé la semaine dernière sur les marchés, une semaine de folie, une semaine folle dont ni les médias ni le public ne peut prendre la mesure, car, par solde, si on s’en tient au résulat final de la semaine, on ne voit quasi rien!  Et pourtant des trillions sont partis en fumée, envolés au paradis de l’argent, au « money heaven ». Et dire que l’on vous chipote pour vos impôts ou pour dépenser ce qu’il faut pour loger décemment 6000 sans abris nationaux ! Le public n’a aucune notion de tout cela, des gains, des pertes colossales, des transferts qui se déroulent ni vus ni connus; ni analysés ni critiqués. Les porteurs d’obligations et fonds d’état ont perdu plus de 1 trillion en deux jours cette semaine, qui s’en soucie à part moi?

Cette semaine de folie illustre ce que nous ne cessons de répeter; tout, absolument tout dysfonctione, tout est fragile, tout est suceptible de basculer dans l’horreur, dans le chaos  un jour ou l’autre.

C’est miracle que cela ne se soit pas produit . Ou plutôt non, soyons raisonnable ce n’est pas miracle que le pire ne se soit pas produit, ce n’est pas miracle que les marchés ne se soient pas disloqués: c’est parce qu’il y a dans le monde global, un colossal filet de sécurité, un amortisseur, un « Put », un « backstop »; il y a toutes les liquidités excédentaires stockées depuis les QE américains et les 2 trillions par an de QE des autres grands ensembles comme le Japon et l’Eurozone, plus tout ce qui vient de la Chine, injecté par la PBOC et qui trouve son chemin partout, inonde le monde global et pas seulement au titre des   sorties de capitaux visibles. Le système n’est pas résistant, « resilient », solide, non non c’est une illusion qui tient à la situation exceptionnelle, historiquement, dans laquelle nous nous trouvons. Nous sommes noyés dans un déluge de liquidités et en plus de promesses implicites de nouvelles liquidités gratuites , si nécessaires.

Laissons parler Bloomberg, (Lu wang, le 9 novembre):  » il faut remonter jusqu’aux jours sombres de 2008 pour trouver un revirement du marché des actions comparable à celui que nous avons connu ces 12 dernières heures;  au cours de ces heures le S&P 500  indice phare mondial a  effacé une baisse de 5%. On n’a connu des mouvements de ce genre que trois fois avant dans le passé , une fois dans les derniers mois de 2008 et une fois en 1987″. A minuit le soir de l’élection le S&P 500 était incotable à la baisse, « limit down » et le Dow jones  n’arrivait pas à absorber les ventes malgré une baisse de 1000 points, tandis que le Nasdaq chutait de 6%. Le pesos Mexicain, tenez vous bien s’effondrait de 14%.  Après être descendu à 17 400, le Dow Jones est remonté à 18 590.

Les non-spécialistes n’imaginent pas ce que pareille volatilité fait sur les dérivés, sur le risque et la stabilité du système en général. N’oubliez jamais ce que nous répétons sans arrêt: il n’y a aucune assurance dans le système, par construction. Il n’y a aucune assurance parce qu’il n y a pas de capitaux propres pour servir d’amortisseur et parce que l’assurance se fait à l’intérieur du marché, par le jeu de transactions entre les opérateurs de marché et quand l’un vend un risque et bien il faut bien que quelqu’un d’autre l’achète. Le marché ne peut s’assurer contre lui même, sauf à trouver un pigeon de la planète Mars; la seule assurance, c’est le ‘put », des banques centrales c’est à dire le transfert des pertes de la communauté spéculative mondiale sur le public, sur  la collectivité! Sur vous!

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