Trump: essai. Tentative de mise en ordre, les miracles existent-ils?

Il est extrêmement difficile de mettre un peu rationalité dans une situation post-électorale. Or la rationalité, c’est ce qui permettra de défendre son patrimoine ou son entreprise ou encore son statut social en ces temps d’agitation.

Entre le catastrophisme de ceux qui ont perdu l’élection et les espoirs infondés de ceux qui l’ont gagné, il devrait y avoir place pour une exploration sereine, non partisane.

La réalité , nous le répétons souvent est une résultante  entre le jeu de forces souvent opposées; et prendre parti ou ne  pondérer qu’un seul aspect de ces forces peut conduire à des décisions coûteuses voire à la ruine. Bien entendu ces lignes ne s’adressent qu’à ceux qui investissent, pas à ceux qui spéculent soit en suivant le momentum ou en en prenant le contre pied. Bref ces lignes ne s’adressent qu’aux sages.

Le comportement des marchés financiers  a été chaotique post-élection.  Forte baisse, reprise vigoureuse, volatilité extrême avec peu de suivi dans un sens ou dans l’autre. La volatilité et le chaos reflètent à notre sens une absence de conviction radicale: si les marchés avaient une conviction, alors les ordres seraient suivis, les carnets d’ordres seraient étoffés. Les marchés auraient une certaine profondeur. Ce n’est pas le cas. Nous sommes dans le superficiel tant au niveau des ordres qu’au niveau des scénarios qui nous sont proposés.

Nous sommes dans une incertitude majeure, voila ce qui nous semble s’imposer pour un observateur de bon sens. Pourquoi? Pourquoi alors que l’on connaît le programme de Trump?

La réponse de court et moyen terme est triple:

-il n’est pas sûr que Trump envisage de persévérer dans certaines orientations, il vient de le dire lors de sa première interview: « ce ne sont pas des décisions unilatérales, ce sont des propositions ». On quitte le fameux « moi, président bien connu des Français, je … »

-il n’est pas sur qu’il sera suivi par le Parti Républicain dont il a besoin pour gouverner. Il n’est pas sur qu’il sera suivi par les « conservateurs » dans des choix qui augmenteraient de façon significative l’endettement. Il n’est pas sur qu’il sera suivi par les « progressistes » dans des choix de dérégulation agressive. Pour ne donner que deux exemples.

-il n’est pas sur que les conditions extérieures aux Etats-Unis et extérieures à la politique permettent des actions vraiment nouvelles. La situation sous Obama était une situation de contraintes, de faibles marges de manoeuvre, presque une situation de corde raide, parfaitement illustrée par les hésitations de la Réserve Fédérale, dans ses choix prudents de régulation. Le réel ne se prête pas à beaucoup d’initiatives et encore moins à des fantaisies.

Tout ceci pour dire que faire tourner des modèles, « computer » des mesures est un exercice peut être commercial, exercice de marketing, mais pas un exercice scientifique.

S’agissant du long terme, le catalogue de mesures n’apporte pas de réponse aux problèmes qui ont conduit à la crise qui porte Trump au pouvoir.

D’abord un coup d’oeil sur l’ensemble des mesures accumulées et énoncées montre qu’elles ne sont pas cohérentes entre elles, en particulier sous l’angle majeur du financement et de la stabilité systémique.

Ensuite, sans aborder la question de l’efficacité, il y celle de la faisabilité.  Le « il n’y a qu’à des centaines de milliards de dépenses d’infrastructures fait sourire tous ceux qui ont analysé le piètre résultat des tentatives d’Obama dans cette direction au lendemain de la Grande Crise Financière. Une politique d’investissements publics n’est efficace que si et seulement si elle est productive. Enrichissante pour d’autres que les entreprises « crony » qui ont bénéficié de l’aubaine. Si elle ne l’est pas , elle gaspille et appauvrit le pays.

Pour proposer un programme , il faut définir des projets précis, individuels! Il ne suffit pas d’agiter des enveloppes de dépenses plus ou moins politiciennes ou clientélistes. Il faut un travail long , sérieux de recensement, d’évaluation,  de chiffrage  pour échapper aux tartes à la crème que connaissent si bien les japonais. c’est une oeuvre non conjoncturelle, une tache de longue haleine.

Comment découvrir les demandes latentes, justifiées, valables qui font sauter les obstacles à la croissance et sont utiles pour le plus grand nombre? En fait on ne sait pas faire! Chiffrer le bénéfice marginal d’un investissement public est l’une des tâches les plus compliquées, surtout quand on le fait sous contrainte de ressources rares et de productivité faible comme c’est le cas maintenant.  Si le raisonnement se borne à dire « l’argent est bon marché, on peut y aller », il y a fort à parier que l’on va aggraver la crise plutôt que l’alléger. On va dans le mur!

Enfin, le grand absent dans le discours politique, y compris celui de Trump c’est le diagnostic. On sait faire des catalogues en politique, on ne sait pas faire les diagnostics qui devraient préluder aux catalogues. Le concept de dérégulation est un chiffon rouge pour les uns et un attrape-nigaud  pour les autres! Grosso modo on sous- entend une action sur l’offre comme l’on dit.

Le vrai problème de fond qui n’est pas clairement évoqué c’est celui de l’investissement productif et de la productivité. C’est lui  qui conditionne la sortie de crise, c’est l’investissement  qui produit la hausse des niveaux de vie et donc la satisfaction des électeurs. C’est cela qui légitime le système, l’ordre social et l’ordre politique.

Il faut investir plus, pour produire plus de richesses réelles, pour mettre les gens au travail pour donner un avenir aux jeunes , et que tous ces gens aient les revenus pour acheter les produits de leur travail. C’est simple, mais c’est le grand échec d’Obama et de la Fed. Ils ont ajouté des zéros dans les livres de comptes, ils ont produit des effets fictifs de richesses, mais pas de richesse réelle, pas de bien être . Ils ont produit des « valeurs » comptables pour la classe la plus scandaleusement privilégiée de la population. Sortir de cette situation, c’est le grand défi de la crise.

L’investissement productif, celui qui est créateur de richesses en biens  et services, et de revenus correspondants, cet investissement productif chute aux USA , au delà des petites oscillations conjoncturelles, depuis le milieu des années 60. Cela vient de loin. Il était de 11,5 % du produit national (dépréciations déduites) , il est sur une pente fortement descendante depuis, et on est à 4,5%. On était encore à 7,5% en 2008 au moment de la GFC, Grande Crise Financière.

Voila le mal du système américain; c’est de son traitement que dépend la validité, l’intérêt d’un programme économique. C’est à l’aune de l’investissement productif réel, que doit se juger le programme d’un président pour l’investisseur. Rien à voir avec l’effet fictif de  richesse, le « wealth effect »,  des charlatans. Pour échapper à la crise il faut sortir de la stagnation, pour sortir de la stagnation il faut investir et pour investir il faut restaurer les conditions qui donnent envie d’investir: le profit, les débouchés, l’innovation. Nous parlons de la profitabilité des investissements réels, pas de celle des investissements de papier.  Nous sommes dans le vrai monde, pas dans l’imaginaire.

Diagnostiquer l’insuffisance l’investissement productif, en faire la pierre angulaire de tout programme politique un tant soit peu sérieux est incontournable. Malheureusement,  cela ne suffit pas car l’investissement ne tombe ni  du ciel, ni de la printing press;  l’investissement est la résultante d’une alchimie mystérieuse, très  en amont: l’humeur des sociétés, les occasions rentables d’investir, les débouchés, le taux de profit escompté. Et là, silence radio, on bute sur l’impuissance des gouvernements, tous les gouvernements. Le chef, celui qui occupe le poste ne peut restaurer les conditions de l’investissement productif profitable: au mieux quand il encourage la formation du profit, il pèse sur la demande et tue les débouchés. Quand on « comprime » les salaires, on asphyxie la consommation. En réduisant les coûts financiers par les taux zéro, on a privé le monde depuis 2008  de 8 trillions de dollars  de demande.

L’insuffisance de l’investissement est un constat, c’est presque un problème de société, une question sociétale dans un monde qui aspire plus à la consommation qu’à l’effort. A la jouissance qu’à la frustration et au détour. C’est le problème, mais la solution ne se décrète pas. C’est la limite du dirigisme, du volontarisme, bref ce sur quoi bute l’illusion de la toute puissance des Politiciens.

Au plan de marchés boursiers

Nous prétendons que les réactions des marchés , partisans d’un camp ou de l’autre ne donnent aucune indication concernant l’avenir, elles ne préfigurent rien, elles sont presque passéistes, tournées vers le rétroviseur, alimentées qu’elles sont par la peur ou l’espoir.

Nous ne croyons pas au succès de la politique qui ressort  des éléments programmatiques de la campagne de Trump.

Nous pensons que les taux longs en hausse sont un éléments négatifs  et que le risque de stagflation est au moins de 50%

Nous pensons  que l’environnement global est déstabilisé et que ceci va peser sur le commerce mondial et sur l’appétit pour le risque

Nous pensons que l’environnement politique et les incertitudes économiques financières et monétaires  réclament une hausse des primes de risque

Face à ces éléments de réserve, ce que nous voyons, c’est l’espoir. Trump a soulevé une vague, c’est, pensons nous, son atout majeur. Il a réveillé l’espoir, secoué  l’humeur morbide, maussade de la société américaine.  Nous ne sommes pas sûr qu’il l’ait vraiment compris. Nous ne sommes pas sûr que cela sera durable. L’espoir a besoin d’être entretenu.

Ses premières initiatives, ses propos après l’entretien avec Obama, son interview sur CBS,  ne vont pas dans cette direction. Ce sont des propos rabats-joie. Ils vont dans le  sens de se faire accepter par  ceux qui ne veulent pas de lui et qui n’en voudront jamais.

Les miracles existent-ils?

 

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