Editorial La croissance durablement ralentie, les demi vérités de Greenspan et les mensonges de Bernanke. L’erreur de Trump.

Alors que les marchés financiers saluent la Révolution des Trumponomics, comme susceptible de relancer la croissance, il convient de renouer le fil de la continuité et singulièrement de s’interroger sur les origines de la situation d’anémie économique.

Les Trumponomics s’inscrivent comme  un prolongement des politiques keynésiennes antérieures, en plus audacieuses. Au plan des principes, elles postulent l’exceptionnalisme américain, c’est à dire qu’elles font porter la responsabilité de tout ce qui ne marche pas, sur le monde extérieur, la Chine, les Emergents, l’Allemagne etc. D’ou la tentation protectionniste.

L’analyse de l’entourage de Trump justifie le protectionnisme par le postulat d’une sorte de pillage de la demande américaine, de l’emploi américain et des ressources du pays. Ce qui frappe, c’est l’inversion des analyses: les USA de Trump se prétendent victimes du monde extérieur, d’ou la nécessité d’un retour à une Amérique forte qui ne se laisse pas piller. Trump veut d’une façon générale, faire payer les autres.

C’est le ressort profond du succès de son populisme. Et ceci se décline, au niveau économique, au niveau des interrogations sur la faiblesse de la croissance : qui en est responsable? Les Etats-Unis ou bien le reste du monde?

Alan Greenspan, l’ancien Maestro, Chairman de la Réserve Fédérale esssaie de continuer de réflêchir. Il ne se contente pas de radoter comme Bernanke. Au lieu d’admettre comme une donnée tombée du ciel  et donc comme une excuse la croissance lente, il propose des éléments de compréhension.

C’est miracle que de constater que le même Greenspan dont ont buvait les paroles dans le passé , (Lord Greenspan), peut parler dans le vide maintenant alors que sa réflexion s’est approfondie. C’est le miracle de la Communication, du star system et bien sur du mensonge érigé en propagande au service des élites.

C’est également le miracle de la mauvaise foi et du « je-n’en-veux-rien-savoir »car Greenspan, à l’inverse de Bernanke et  de ses suiveurs, replace la responsabilité de cette situation dans la politique américaine elle même alors que les autres la projettent sur le reste du monde. Sur cette projection de la pire mauvaise foi, on se reportera au texte même qui l’expose: Federal Reserve governor Ben Bernanke, “The Global Saving Glut and the U.S. Current Account Deficit,” April 14, 2005.*

Greenspan  est intervenu il y a quelques jours à l’American Enterprise Institute sur le thème de la relation entre la situation économique et sociale et la croissance faible de la productivité, c’est à dire sur le thème connexe de la croissance séculaire ralentie. (American Enterprise Institute).

Sa thèse centrale élaborée à partir de l’examen des statistiques économiques est que la croissance non maitrisée des dépenses de répartition, les « entitlements », des dépenses de sécurité sociale, de soins, de soupe populaire, et autres, sa thèse est que la croissance de ces dépenses évince, fait concurrence à l’épargne nationale . Depuis 1965, le taux d’épargne américain est tombé de 25% du GDP à moins de 18%. Les dépenses de répartition, les « entitlements » , elles , sont passée de 5% du GDP à 15%.

Les « entitlments », pour les Européesn ce sont les dépenses sociales, le fameux modèle social français par exemple, bref, c’est le Welfare. Les transferts de Welfare sont consommés, dépensés et si nous épargnons moins, il y a moins de ressources  pour financer les dépenses en équipement fixe. Il y a de fortes chances pour que  nous investissions moins et si nous investissons moins, alors la croissance de la productivité se ralentit. Les nouveaux investissements sont en effet, en général, ceux qui comportent les technologies les plus efficaces et les plus productives.

En clair et en résumé: les dépenses de Welfare drainent les ressource qui autrement iraient à l’amélioration de la productivité et à la croissance.

Greenspan reconnait que certains artifices comme les investissements étrangers ou peut être le crédit ( mais cela n’est pas sûr) peuvent ralentir le phénomêne de chute de l’épargne américaine. Mais il pense que cet effet se dissipe.

De façon complémentaire, Greenspan  évoque des éléments moins quantitatifs comme: le manque de confiance dans le futur, le pessimisme social, les régulations gouvernementales, et surtout la montée d’incertitudes majeures comme le réchauffement climatique et la gépolitique.

Tout cela se conjugue pour produire ce que nous constatons: un attrait incroyablement faible pour de nouveaux investissements productifs  longs.

En fait tout cela va à l’encontre du sens commun et des soi disant évidences. La preuve en est que des gens comme Bernanke et Summers et bien sûr Yellen avancent une thèse opposée à celle exposée par Greenspan , celle du savings glut, celle de l’excès d’épargne!  Ce qui les conduit à franchir le pas et à postuler que le monde soufre d’une insuffisance de la demance, c’est à dire d’un excès d’offre. Ce qui explique la vogue des politiques keynésiennes.

Pourtant il conviendrait peut-être de s’attarder sur l’échec de ces politiques depuis 2009  et au lieu de prétendre que l’on n’en a pas fait assez, comme Krugman et maintenant Trump, il faudrait  s’interroger honnêtement: comment se fait il qu’avec  9 années de keynesianisme budgétaire puis monétaire dans des proportions jamais vues, comment se fait il que l’on ait échoué?

La plupart des observateurs balaient les réflexions de Greenspan, soit à cause de ses responsabilités passées dans le maintien d’une politique monétaire trop accommodante, soit au motif qu’il serait anti social. Nous pensons que le vrai biais est culturel: la pensée  a du mal à s’abstraire des évidences, du mal à se détourner de ce qui se donne à voir comme vérité immédiate . On a du mal à accepter la vérité qui dit que la terre est ronde et que la matière c’est du vide n’est ce pas? On a du mal à accepter que le savoir est en général paradoxal.  Et quand on voit les usines fermer et les personnels  mis au rebut, on a du mal à accepter l’idée scandaleuse que c’est parce que le système est trop généreux et octroie des droits qu’il ne peut  en fait assumer.

Nos thèses personnelles sont totalement paradoxales elles aussi, puisqu’elles prétendent que la crise est une crise du capital. C’est une crise provoquée par le mouvement du capitalisme, par l’accumulation du capital, par l’intérêt composé, par le poids du capital fictif, de poids mort.  Le capital ou plus exactement ce qui a le statut de capital , c’est à dire ce qui donne le droit de prélever sans produire, progresse plus vite que la masse de profit générée dans le système. Il y a trop de capital et pas assez de profit pour le rentabiliser et le mettre en valeur. Donc la machine se grippe. Elle devient malthusienne.

Face à l’insuffisance du profit que peuvent procurer les investissements neufs, les détenteurs de capitaux monétaires préfèrent  jouer la valorisation du capital ancien, ils  préfèrent  spéculer sur la rareté du profit existant. La hausse des bourse est une spéculation qui est fondée sur la rareté du profit:  on achète les titres représentatifs de  capital ancien, un droit sur le profit ancien,  plutôt que de fabriquer du capital productif nouveau.

Si vous y regardez de plus près , vous vous apercevez que presque  toutes les solutions spontanées à la crise, laquelle a bien débuté il y a longtemps comme le souligne Greenspan, presque toutes les solutions à la crise reposent sur la baisse de la part des salaires dans les GDP: stagnation des revenus salariaux et remise en question des avantages sociaux, du salaire indirect, du Welfare et des « entitlements ». Même la flexibilité s’analyse comme un renforcement du taux d’exploitation et une intensification du travail. Spontanément, le monde fait de la prose Greenspanienne sans le savoir et bien  sûr sans le dire. Face à l’insuffisance du taux de profit d’abord, puis de la masse de profits ensuite, le monde augemente le taux d’exploitaion de la main d’oeuvre, il rogne sur sa part dans le revenu national et ceci prouve à contrario la validité de la thèse de Greenspan.

Au lieu de faire comme nous, de partir sur les pieds et d ‘admettre que le profit est insuffisant face à la masse de capital à mettre en valeur, Greenspan marche sur la tête et nous dit non pas que le profit est insuffisant , mais que :  « ce qui fait baisser le profit est excessif ».

Mais au fond c’est la même chose.

Le moteur du sysème capitalisme, c’est le profit, c’est une évidence que l’on s’efforce dissimuler car elle est socialement délicate à admettre. Le profit mesure l’efficacité et en même temps, , il est le but, la finalité du sysème. C’est la recherche  du profit qui fait épargner, entreprendre, investir, embaucher risquer, innover. L’explosion des transferts sociaux,  des coûts indirects a réduit considérablement le profit disponible dans le système. C’est pour cela qu’il a fallu aller chercher le profit ailleurs, dans la globalisation.

La globalisation a été le moyen de prolonger, de tout prolonger, de repousser les limites au profit rencontrées aux  USA.  Trump, ses conseils, ses soutiens ne l’ont pas compris, ils sont prisonniers des apparences et vont tuer ce qui reste  de poule aux oeufs d’or.

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Greenspan’s grim forecast for growth, Robert J. Samuelson, Washington Post,

 *La thèse de Bernanke

Why is the United States, with the world’s largest economy, borrowing heavily on international capital markets–rather than lending, as would seem more natural? What implications do the U.S. current account deficit and our consequent reliance on foreign credit have for economic performance in the United States and in our trading partners? What policies, if any, should be used to address this situation? In my remarks today I will offer some tentative answers to these questions. My answers will be somewhat unconventional in that I will take issue with the common view that the recent deterioration in the U.S. current account primarily reflects economic policies and other economic developments within the United States itself. Although domestic developments have certainly played a role, I will argue that a satisfying explanation of the recent upward climb of the U.S. current account deficit requires a global perspective that more fully takes into account events outside the United States. To be more specific, I will argue that over the past decade a combination of diverse forces has created a significant increase in the global supply of saving–a global saving glut–which helps to explain both the increase in the U.S. current account deficit and the relatively low level of long-term real interest rates in the world today. …As I will discuss, an important source of the global saving glut has been a remarkable reversal in the flows of credit to developing and emerging-market economies, a shift that has transformed those economies from borrowers on international capital markets to large net lenders. To be clear, in locating the principal causes of the U.S. current account deficit outside the country’s borders, I am not making a value judgment about the behavior of either U.S. or foreign residents or their governments.” Federal Reserve governor Ben Bernanke, “The Global Saving Glut and the U.S. Current Account Deficit,” April 14, 2005

 

Une réflexion sur “Editorial La croissance durablement ralentie, les demi vérités de Greenspan et les mensonges de Bernanke. L’erreur de Trump.

  1. Post essentiel. Merci.

    Pour illustrer de façon simpliste, mais par l actualité vos propos sur l ecrasement de la part des salaires, on pense immédiatement à l uberisation de certaines activités : au pretexte de transformer des particuliers au chomage en agents economiques, on court-circuite le système de production de services et la collecte de cotisations institutionnelles ; on réactive le servage du particulier par le particulier au profit des fonds d investissements qui ne comprennent meme pas que la plupart des licornes ne seront jamais rentables ..

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