Les biais inévitables du bitcoin
La crypto-monnaie focalise de nouveau l’attention. Elle semble échapper à ses concepts initiaux. Jusqu’à quel point?
Un peu moins de dix ans après sa création, le bitcoin semble connaître le même destin qu’internet. Dans le sens où son utilisation croissante échappe parfois aux objectifs initiaux de ses concepteurs. Pour comprendre l’évolution du bitcoin, ne serait-ce que tenter de le faire, il n’est pas inutile de se distancer de l’élément le plus commenté: son cours. Il fait des montagnes russes depuis deux semaines, et c’est cela qui monopolise l’attention.
En début de semaine, le site Bitcoin.com se désolait d’ailleurs des malentendus persistants autour du bitcoin. Citant en particulier un article de Time Magazine qui expliquait avec force pourquoi il faut absolument éviter d’investir dans le bitcoin. Pour les bitcoiners, l’argument est hors de propos: si le bitcoin a probablement été victime de son succès avec une performance de plus de 100% l’an dernier, il n’a jamais été conçu comme un véhicule d’investissement. Dès lors, dire qu’il ne faut pas investir dans le bitcoin revient presque à un non sens pour eux.
La régulation de certains Etats peut aussi générer des biais. Hier matin le bitcoin a perdu jusqu’à 15% en quelques heures, suite à l’ouverture d’enquêtes de la part de la banque centrale chinoise (PBOC) sur des plateformes d’échange.
Rien d’étonnant à vrai dire vu l’importance qu’ont prise ces plateformes. Rien d’étonnant non plus quand on sait que les autorités chinoises ont entretenu un certain flou au sujet du bitcoin, se conservant une marge de manœuvre. Le système chinois actuel limite ainsi l’utilisation du bitcoin dans les transactions, ayant pour conséquence d’accentuer sa thésaurisation
Si les échanges en bitcoin sont techniquement possibles en Chine, la PBOC a toujours vivement déconseillé aux institutions financières et services de paiement d’accepter, d’utiliser ou de vendre des monnaies virtuelles.
Avec de telles restrictions, si la monnaie ne peut pas être utilisée comme un «intermédiaire d’échanges», (ce pourquoi elle a été principalement conçue à l’origine), pour acheter des biens et services par exemple, il ne faut pas s’étonner que son utilisation tende davantage vers celui de «réserve de valeur», dans une proportion probablement démesurée.
Ce qui explique probablement aussi la forte augmentation des cours de l’an dernier, au-delà de la dévaluation du yuan.
Plus largement, le bitcoin semble s’éloigner doucement de ses principes initiaux: créer une monnaie qui puisse être échangée dans le monde entier, sans intermédiaires, sans contrôle centralisé.
Oui, elle ne repose sur rien, si ce n’est la confiance des utilisateurs dans la communauté. Ce qui est finalement le propre de toutes les monnaies. A son lancement, on pourrait presque parler d’esprit contestataire, d’une certaine candeur et de la volonté de mettre technologie au service de l’humain, en évitant les dérives du système financier. Le même esprit que l’on pouvait trouver chez les premiers geek de l’internet à la fin des années 1990, qui rêvaient d’un monde libre et ouvert, où l’information circulerait sans entrave.
Mais il suffit d’assister à une conférence dédiée à la cybersécurité incluant quelques vétérans du web pour ressentir parfois comme un malaise entre les lignes. Où l’on pourrait entendre la phrase «mais qu’avons-nous fait pour en arriver là?». Depuis les rêves et l’esprit libertaire et pacifiste des débuts du web, la criminalité s’y est aussi développée. Sans compter les cyber attaques, l’espionnage en tout genre, le harcèlement, le non respect de la vie privée, etc. Loin, très loin, des valeurs originelles du web. Le bitcoin est peu être arrivé au même point de crise existentielle.
Le cercle des utilisateurs s’est élargi bien au-delà des aficionados, et tout comme internet, son utilisation avance, pour le meilleur et pour le pire.
Dans le cas de la Chine, il est très probable qu’un nombre important de chinois se soient lancés dans le bitcoin juste pour voir, encouragés par l’engouement local. Exactement de la même manière que des investisseurs peuvent se ruer sur une classe d’actifs qui devient hype. Puis s’en détourner massivement aux premières difficultés, comme c’est le cas avec l’ouverture des enquêtes chinoises au sujet des plateformes bitcoin.
L’Asie de manière générale, peut être considérée comme une région assez restrictive sur ces crypto monnaies. L’Inde ou Thaïlande ont une approche encore assez floue et précautionneuse. Le Bangladesh est par contre très clair: l’utilisation de toute monnaie virtuelle est formellement interdite et peut coûter jusqu’à 12 ans de prison, d’après un rapport publié récemment par Reed Smith.
Là encore, on est loin des objectifs libertaires du bitcoin. – (MT)
« Agefi Suisse
Avertissement, nous ne connaissons rien… donc nous reproduisons simplement »
C’est la réflexion la plus importante pour comprendre TOUS les dysfonctionnements actuels.
En 2000, c’était la fracture numérique, en 2016, c’est l’explosion numérique et en 2017, c’est toujours la guerre numérique qui fait la une. Et pendant ce temps,…
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