Editorial : Avancer, régresser ou dépasser

Davos, l’inauguration de la présidence  de Trump, la Marche des Femmes aux Etats -Unis, les Primaires de la gauche en France, les menaces de Draghi à l’encontre de ceux qui voudraient sortir de l’Eurozone, tout cela et beaucoup d’autres choses a un point commun; tout cela donne à voir le malaise profond qui détruit nos sociétés.
Ce que l’on voit est soit la manifestation du mal soit le prétendu remède contre le mal.
Le mal  se manifeste soit par ses symptômes soit par les réactions qu’il provoque.
Le mal n’est ni Trump, ni le Front National, ni la destruction de la gauche, ni la dislocation de nos sociétés, ni l’intolérance ni la complaisance, non, tout cela ce sont des symptômes ou des manifestations d’une évidence : cela ne marche plus, tout dysfonctionne.
Le mal est occulté, il n’est pas nommé, par ignorance pour les uns , par stratégie scélérate pour les autres.
Toutes les techniques de manipulation sont utilisées pour éviter de nommer, de regarder les choses en face. Comme dans les névroses, nous vivons dans un gigantesque déplacement: on voit le problème dans les symptômes et les réactions , on refuse de le voir là ou il est . On refuse qu’il y ait des causes. On refuse d’aller y voir de plus près. Ni Trump, ni le populisme, ni l’éclatement des échiquiers politiques , ni la dislocation des sociétés civiles ne sont le problème, non ce sont des produits , des résultats. Nous dirions des conséquences inéluctables, nécessaires.
Ainsi aux USA la marche des femmes soutenait Hillary, considérant Trump comme l’ennemi et la cause des problèmes; personne ne s’est avisé d’énoncer cette évidence: mais c’est la gestion d’Obama, et de ses prédécesseurs qui ont conduit là ou nous en sommes.
La solution n’était donc pas Hillary, pas plus d’ailleurs que Trump, la solution était en amont: ne pas en arriver là.
Hillary, c’était continuer dans la voie d’Obama, celle qui a détruit l’unité nationale américaine, en pire à cause du phénomène d’accumulation et d’enracinement du mal.
Trump qui est la négation, le négatif de cette politique n’est pas plus la solution car il divise encore plus, il raidit et il va amputer, détruire indistinctement. Détruire n ‘est pas retourner en arrière , encore moins traiter et dépasser les problèmes.
En fait nos systèmes sont incapables de rationalité, incapable du moindre penser juste; il leur faut des boucs émissaires, même au plus haut niveau; il faut toujours que ce soit la faute de l’Autre, du Méchant, du Paria; quel qu’il soit , c’est l’éternel  recommencement. Celui qui , selon les périodes se choisit un réceptacle de la noirceur du monde ou un autre, comme on l’ a vu dans les grandes guerres. Honte à ceux qui alimentent ce système du bouc émissaire, honte à ceux qui jouent avec les instincts primaires des foules qui les financent et les manipulent. Suivez mon regard.
La crise de nos sociétés a de multiples causes, de nombreuses origines, elle est multi déterminée et multiforme. Elle est sociale et économique, elle est dans le rapport entre le social et l’économique, dans la désinsertion et dans l’insertion, dans l’autonomisation et la dépendance,  dans la globalisation et dans  le repli sur soi , elle est dans  l’état  et dans le marché, elle est dans  le progrès et dans la destruction, bref , c’est une crise complexe, une crise du mouvement . Et c’est précisément là ou les élites devraient exercer leur compétence, leur génie, mériter leur statut privilégié, : comprendre cette crise, y amener de l’intelligibilité, la faire passer à la conscience pour accéder à la maîtrise. Il leur faudrait la décortiquer, l’exposer, l’expliquer au peuple. Au lieu de cela les élites choisissent un camp, elles s’enrôlent comme des mercenaires indignes  soit pour préserver et  justifier  le (dés)ordre établi soit pour pousser à la régression.
C’est exactement la même chose qui se passe en France. Le Front National est considéré comme le problème, donc l’ennemi à abattre alors qu’il n’est que le messager. Il révèle, même sans le formuler, malheureusement,  l’ampleur de la destruction de la société Française, son malaise, sa souffrance, le gâchis.
Les problèmes de la société Françaises, les rapports entre la société et son économie, la production et la répartition, la suffisance et l’efficacité, les contradictions entre ce que veut le peuple et ce que veulent les élites, la destruction des relations sociales sous les coups de boutoir du marché et d’un économisme forcené et de l’universalisme idéologique,  tout cela est occulté, nié , non avenu au profit de la Grande Tromperie; ce qui ne va pas c’est le Front National.
Au lieu que l’on ose dire: déclarons la guerre à l’ennemi, c’est dire aux problèmes qui nous assaillent, on dit sus à ceux qui osent en souffrir, qui osent parler, qui osent les exprimer. Sus à la mise en forme politique du malaise. Et tant que l’on peut, tant que l’on tient le pouvoir d’état, osons l’infamie de les mettre hors jeu. Hors du champ démocratique.
Qui osera dire que les solutions ne sont ni dans la fuite en avant globaliste ou européiste ou dans la régression et le repli sur soi? Qui osera dire que le mouvement n’est ni bon ni mauvais en soi, mais qu’il faut qu’il soit supportable au moins pour la grande majorité? Personne car tout est binaire. Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, nous sommes dans un régime qui fonctionne par l’exclusion, qui nie l’humanité à une fraction de la population, qui nie que la raison soit partout, qu’elle habite  tous les camps.
Ce système binaire subit des coups de boutoirs, mais  pour se survivre, il choisit la mauvaise voie; il s’isole, il se protège, il s’écarte de plus en plus du peuple, il se coupe. Pas de meilleur  témoin que ces lamentables  prestations pour les  ultra-riches dominants de Davos. Si ces gens avaient compris quelque chose aux problèmes qu’ils prétendent  résoudre, ils proclameraient  immédiatement leur propre dissolution, leur torpillage, la fin de cette provocation obscène.
La fin de Davos, sa disparition. C’est un symbôle.
La solution n’est bien sur pas de désigner Trump, le Front National, Geert Wilders, Beppe Grillo comme l’Autre, comme le bouc émissaire, mais de reconnaître que nous les avons mis au monde dans un système global qui n’est plus soutenable. Dans un système cassé, pervers qui coûte maintenant plus qu’il ne rapporte aux hommes.
Le coût d’entretien et de reproduction du système nous asphyxie, il nous étouffe; il n’y a pas que le beurre et les canons qui coûtent cher dans une société, non il y a maintenant et surtout le coût de replâtrage, le coût de maintien debout d’une construction  qui se fissure de toutes parts. Un coût dont la promotion par les élites du Revenu Universel ou de l’Helicopter Money est l’illustration sordide dans la mesure ou elle entérine un statut de sous-homme dépendant. Simple auxilaire, machine à faire tourner  le système en lui assurant une demande suffisante pour le  perpétuer. Ugolin qui à  la fois mange  et nourrit ses enfants.
L’entretien du mort  consomme toutes nos énergies. L’entretien  du Zombie tue la vie .
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