La tyrannie de la redistribution

La tyrannie de la redistribution, de Thierry Afschrift, à lire avant la campagne électorale


https://www.contrepoints.org/2016/11/18/271980-tyrannie-de-redistribution-de-thierry-afschrift


Publié le 18 novembre 2016 dans Lecture

Par Francis Richard.

https://www.amazon.fr/Tyrannie-redistribution-Thierry-Afschrift/dp/2251503080/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1479401510&sr=8-1&keywords=la+tyrannie+de+la+redistribution&?tag=contrepointsAujourd’hui les individus subissent une tyrannie qui est bien plus grande que celle exercée par les monarques absolus : celle de l’État fort dans sa forme aboutie de l’État-providence. Les hommes politiques, de tous bords, qu’ils soient d’extrême-gauche, de gauche, de droite ou d’extrême-droite, en sont les conservateurs.

Le progrès, face à tous ces conservatismes, serait de remettre en cause cet État devenu obèse. Pour ce faire, Thierry Afschrift, démonte, dans La tyrannie de la redistribution, le processus par lequel tous les individus deviennent ses esclaves, les uns parce qu’imposables à merci, les autres parce qu’assistés à sa merci.

Un peu de sémantique ne fait pas de mal : en fait il n’y a pas deredistribution pour la bonne raison qu’il n’y a pas de distribution initiale, ce qui supposerait l’existence d’un Tout, alors que la propriété ne peut qu’être individuelle et ne peut se constituer qu’à la suite de contrats librement consentis avec d’autres.

Logique redistributive

Pour redistribuer ou distribuer, l’État ne peut s’approprier que ce qui ne lui appartient pas. Pour se justifier, force lui est donc de prétendre que tout est à tout le monde, que sa tâche est de répartir ce tout, qu’il le fait de manière plus juste (en réalité plus égalitariste) et plus efficace que les échanges libres ne le feraient.

Pour opérer ce pillage, l’État a recours à la loi (contre le droit) et à la contrainte. Pour répartir cette rapine, à des transferts et à des services publics gratuits ou aux prix dérisoires. Bien malin qui peut dire, s’il est gagnant ou perdant dans un tel système, qui bénéficie surtout à l’État, à ses serviteurs et à ses clients multiples.

Les démocraties libérales n’ont plus de libérales que le nom. Les grands partis s’y caractérisent par le culte de l’État fort, tutélaire de presque toutes les activités, toujours plus réglementées. L’État s’approprie en effet la moitié des richesses produites par les individus et les entreprises et dépense encore davantage.

Pour redistribuer, l’État doit tout réglementer, tout contrôler et ignorer le droit à la vie privée. Conséquences : disparition du secret bancaire et, grâce aux nouvelles technologies, contrôles accrus des individus, réduction de la liberté d’expression au politiquement correct, inquisitions de toutes sortes, mise au pilori des récalcitrants etc.

Le pillage légal de l’État

Le pillage légal de l’État est peint aux couleurs de la solidarité, mais c’est une curieuse solidarité, puisqu’elle est contrainte. Pour la légitimer, de nouveaux droits ont été créés tout exprès : à la demande des États communistes de l’époque ils figurent dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948

Ces droits à quelque chose ne sont pas des droits naturels, comme les droits individuels, civils et politiques (qui sont des droits de faire quelque chose, que l’État doit respecter), ce sont des droits-créances, dont l’État est le débiteur. Pour s’acquitter de sa dette, celui-ci porte atteinte aux droits de propriété via impôts et prélèvements obligatoires.

Pour fonder la morale et l’action publique, non sur la reconnaissance des droits, des talents et des mérites, mais sur des besoins et des faiblesses, est invoqué l’intérêt général, substitut profane dubien commun catholique, au nom duquel doivent se sacrifier ceux qui ont le tort de ne pas être les favoris du Pouvoir qui en dicte le contenu

La légitimité de la loi

Se pose alors la légitimité de la loi quand elle est démocratiquement adoptée contre le droit : est-ce vraiment parce qu’un pouvoir est choisi par une majorité qu’il doit se permettre de redistribuer à sa guise les revenus et les biens de chacun ? En toute justice, les droits de chacun ne doivent pas être à la merci d’un vote.

Avec la reconnaissance des droits de l’homme, les individus sont certes protégés contre l’exécutif, mais ils ne le sont pas contre la loi elle-même : parmi les prérogatives qui exceptionnellement pourraient être attribuées à une autorité, ne devrait pas figurer celle de redistribuer les revenus et les richesses.

Pourquoi ne devrait-elle pas figurer parmi les prérogatives d’une telle autorité ? Parce qu’il ne doit pas exister de « moyen politique » de recueillir des revenus, en usant de la contrainte : ce serait exercer la « loi du plus fort », en l’occurrence du nombre, pour spolier des biens acquis sans violence.

Le seul moyen d’échapper à la tyrannie de l’État-providence n’est-il pas de remettre en cause ce système fondé sur la méfiance envers l’homme ? Car la vraie solidarité est l’expression d’un des meilleurs usages de la liberté, qui consiste à donner volontairement non seulement l’argent, mais bien d’autres choses, par amour, gratitude ou générosité.

À méditer, pour conclure, ce que disait Thomas Jefferson :

Parfois il est dit qu’on ne peut pas faire confiance en l’auto-gouvernement de l’homme par lui-même. Peut-on alors lui faire confiance pour le gouvernement des autres ?

 

Sur le web

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2 réflexions sur “La tyrannie de la redistribution

  1. Bonjour,

    Cet article-recension comporte beaucoup de bonnes choses mais il y règne néanmoins apparemment (je n’ai pas lu le livre) une ambiguïté fondamentale sur le sens à accorder aux termes « loi » et « droit ».

    Le « philosophe » Hans Kelsen (1881-1973) a formalisé le renversement des fondements du droit positif (i.e. édicté par les états), renversement proclamé par la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, lequel n’a plus pour source le droit naturel, mais le consensus.

    L’objectif avoué de Kelsen a été d’extirper du droit toute considération morale ou religieuse, qui n’a alors plus pour fondement que les constitutions. Du latin statuere cum, « établir avec », une constitution n’est en effet que le constat gravé dans un marbre tendre du consensus de ceux qui la rédigent. Toute transcendance en est exclue.

    En 1906, Kelsen soutient une thèse sur la théorie de l’Etat de Dante Alighieri, vrai révolutionnaire et faux catholique (que ceux qui en doutent lisent par exemple les commentaires de Michel Lefort dans LA MONARCHIE éditée par Belin ISBN 2-7011-1349-0). En 1920 Kelsen rédige la constitution de la jeune République autrichienne issue de la guerre de 1914-1918, le divorce devenant autorisé dans ce pays catholique. Il émigre aux Etats-Unis en 1940 et il participe, au moins sur le plan conceptuel, à l’élaboration du nouveau droit international, primant sur celui des états, qui prévaut aujourd’hui. Il est le père de l’ordre hiérarchisé pyramidal qui se trouve aujourd’hui incarné par l’ONU. On peut dire sans exagération qu’il a posé les bases juridiques du Nouvel Ordre Mondial, permettant à la fois l’éclosion de la synarchie et sa conduite.

    Par ailleurs, la solidarité, dont on nous rebat les oreilles, est de soi, quelque chose de neutre, sans connotation morale : la main est solidaire du poignet comme les membres d’une bande de malfrats le sont – et encore ! – entre eux. Mais le terme est inculqué aux masses par les médias et la « culture » en général en tant que substitut panthéiste de la charité (caritas, agapè) honnie et qui procède NECESSAIREMENT de l’amour de Dieu. Comment aimer (i. e. vouloir le vrai bien) de celui qui, dans l’ordre naturel n’est pas « aimable » autrement que si Dieu nous le demande (« … et j’aime mon prochain comme moi-même POUR l’amour de Dieu [à qui je ne peux rien refuser]).

    Et les masses l’adoptent avec plaisir, ce mot perfide, « solidarité », car, outre qu’il les flatte, il les dispense (du moins le pensent-elles) de toute obligation morale, qui impose toujours de payer de sa bête : il est plus facile d’aimer le « lointain » en faisant un chèque à une organisation « no border » que le prochain. Par exemple, nettoyer le derrière de sa vieille mère grabataire. C’est pourquoi on confie ce soin à des mercenaires en attendant la légalisation (au sens de Kelsen, par la loi positive) d’une solution plus radicale.

    E. S.

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