Editorial: Eurozone, la crise reviendra, il est temps d’y penser. Voici pourquoi.

Mario Draghi a utilisé la Printing Press, le gonflement du bilan de la BCE en une mesure désespérée pour sauver l’euro. Il a essayé de faire tenir ensemble un assemblage brinquebalant, divergent et de plus en plus miné par l’hostilité et la perte de confiance. Les européens n’y croient plus, n’espèrent plus, et les chefs eux mêmes n’ont plus la foi.

Cette semaine, dans l’indifférence générale, les taux européens ont monté, les spreads de risque se sont dilatés, le désordre est revenu. Les taux italiens ont fait un bond de 22 pbs à 2,23%, on est au plus haut de Juillet 2015; les taux portuguais ont bondi de 32 pbs à 4,14%. Les taux français ont bondi de 13 pbs à 1,03%, plus haut de Juillet 2015 et surtout, le spread entre les OAT et les Bunds s’est élargi de 9 pbs, à 57 pbs. Tout cela ne sent pas bon.

Le 25 janvier, un officiel de la Bundesbank a affirmé que la BCE devrait bientôt commencer à sortir de son programme d’achats d’obligations à long terme de 2,3 trillions..En Allemagne on savonne la planche de Draghi. On fait valoir que les perspectives économiques se sont améliorées, les développements sur les prix et le front de l’inflation sont positifs: « les conditions pour abandonner  la politique monétaire généreuse  (loose) sont réunies » à déclaré Weidmann. Dans la presse, on souligne que l’inflation est forte avec  1,7% en décembre. Les banques centrales de la zone euro vont enregistrer des pertes considérables sur leurs portefeuilles obligataires. Il y a des élections un peu partout et singulièrement en Allemagne cet automne. Les marchés, eux aussi ratifient et crédibilisent les propos de Weidmann et les craintes des élites allemandes: les anticipations d’inflation mesurées par l’inflation swap forward à 5 ans- excusez la barbarie- n’ont cessé de grimper depuis Juin 2016; on était à 1,25 en Juin, puis 1,5 en Novembre et nous sommes  à 1,8% en janvier. Draghi ne pourra pas toujours soutenir que « c’est temporaire ».

Le 27 janvier on apprenait que « Berlin reste opposé à l’idée d’emprunts mutualisés pour les pays de la zone euro »; déclaration   vendredi une porte-parole du ministère des Finances, réagissant à un article du Handelsblatt, selon lequel la Commission européenne discute du sujet.

« D’une manière générale, l’opinion négative du gouvernement fédéral envers les euro-obligations n’a pas changé », a déclaré Nadine Kalwey dans un communiqué.

Le ministère a des doutes quant à une demande suffisante pour de tels instruments financiers, en particulier en situation de crise, a-t-elle fait valoir.Une pirouette qui prend les observateurs pour des imbéciles, on verra ci dessous les vraies raisons  du refus des eurobonds par les Allemands.

Le Handelsblatt rapporte vendredi que la Commission européenne et des banques centrales de la zone euro discutent de projets visant à émettre des obligations mutualisées au sein du bloc monétaire appelées « European Safe Bonds » (ESB, euro-obligations sans responsabilité conjointe).

Le journal cite un document dans lequel la Commission suggère que le nouveau mécanisme d’emprunt soit examiné par le Conseil européen du risque systémique (CERS), créé en réponse à la crise financière mondiale.

L’exécutif européen s’est abstenu de tout commentaire sur cet article.

Priée de dire si elle pouvait confirmer les informations du Handelsblatt, la porte-parole Natasha Bertaud a répondu:  » Non, je ne ferai aucun commentaire d’aucune sorte à ce sujet ».« La Commission présentera un (…) document sur l’avenir de l’Union européenne en mars 2017 (…) Pour le moment, c’est un travail en cours ».

Il est évident que la question des eurobonds se pose et qu’elle se pose avec urgence et acuité en raison de la perspective non datée mais inéluctable de la fin de la politique d’achats de titres à long terme de la BCE, politique des QE.

La situation budgétaire, économique et sociale des différents pays de la zone est aussi, sinon encore plus divergente qu’elle ne l’était au début des mesures non conventionnelles.La  monnaie commune, tout le monde le sait maintenant produit non pas de la convergence, mais de la divergence. Il suffit de regarder le contraste de la situation allemande avec celle des autres pays.

En pratique, la BCE s’est substituée aux eurobonds, elle a sans le dire mutualisé, mutualisé, c’est à dire fait subrepticement ce que les allemands ne voulaient pas faire de façon visible! La mutualisation par les eurobonds permet d’éliminer ou réduire fortement le risque de défaut, or si la BCE se retire, le risque bien entendu va réapparaître et les spreads vont se dilater. Normal puisque rien n’a été corrigé depuis 2012.

Face à une situation de  divergence et alors que la monnaie et les traités n’ont pas permis la convergence, il n’y a qu’une solution, l’unification économique et politique … et en attendant … les eurobonds. La réunification allemande a pu être réalisée malgré les divergences parce qu’il y a eu des transferts massifs,  une union politique et que les dettes ont été entièrement mutualisées.

En fait les Allemands ne sont pas opposés à la mutualisation et aux eurobonds, mais comme l’a dit en son temps Joerg Asmussen de la BCE, l’ Allemagne n’acceptera de les considérer que « si les conditions sont remplies, ce qui signifie si l’intégration économique et la coordination sont étroites au sein de l’eurozone,  y compris dans le domaine de la fiscalité. » Ce qui est une évidence: ils accepteront la mutualisation quand … il n’y aura plus de risques. Vous imaginez l’Allemagne face à un hurluberlu comme Hamon et ses amis qui veulent re-creuser les déficits et envisagent sans humour de ne pas rembourser les dettes. Ceci a été répété  par Juergen Stark, « la mutualisation ne peut résoudre les problèmes budgétaires  structurels, car elle conduirait à une union des dettes, (à une liability) dont personne ne veut. Ce n’est que lorsque l’union politique aura été réalisée que l’on pourra émettre des bonds communs insiste stark. Les eurobonds , ok à condition que l’on n’en ait pas besoin!Ou alors ok si nous,  les Allemands, nous prenons le contrôle de votre pays.

les Allemands savent que la convergence est ratée, que les différents pays vont au contraire dans des directions différentes et opposées. Et que l’eurozone lutte pour continuer de se maintenir , elle lutte pour son existence.

La BCE ne peut continuer à acheter des fonds d’état éternellement, les limites ne sont plus loin, les alibis comme la déflation sont largement écornés.

Et si Draghi, c’est fini, et qu’il n’y pas d’eurobonds, alors la crise va resurgir.

Il est incroyable que personne n’en parle. 

En Prime:

Bloomberg Les Bunds s’enrhument, la périphérie craint la pneumonie.

It’s been pretty hard to square low German bond yields with rising inflation, and this week has finally see the dam break, with 10-year yields soaring.

New corporate bond issues were hardly to be seen on Friday.This is only going to give the Bundesbank company in its calls for the European Central Bank to end, or at least severely curtail, its Public Sector Purchasing Program before its current planned expiry at the end of 2017.

European inflation expectations have skyrocketed

While President Mario Draghi might feel comfortable looking through a jump in headline inflation, a move above 2 percent for German CPI would be a game changer in efforts to end QE. European inflation expectations have skyrocketed since mid-2016 . Something has to give and for now it is German bonds’ incredibly low or negative yields, despite ongoing ECB purchases.

Inflation and growth are back, and the end should be in sight for QE. The bigger problem is that when German bonds sneeze, the periphery catches pneumonia.

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