Editorial Les élections en France et le profit. Ce que l’on vous cache.

 

La variable clef dans nos systèmes, c’est le profit: la masse de profits, le taux de profit, la rentabilité des capitaux investis. La crise est une crise du taux de profit ou plus exactement une crise de l’insuffisance du profit pour rentabiliser , mettre en valeur et maintenir en vie tout ce qui fait fonction de capital. La dette, le surendettement ont été les moyens  de pallier/compenser  cette insuffisance du profit ou si on veut cet excès de capital au prix d’un accroissement du capital fictif, non productif, voire parasitaire.

Benoit Hamon est maintenant leader de fait du parti socialiste, il va le représenter lors des élections présidentielles. Hamon est un gauchiste, plus ou moins spontex, comme le système en produit maintenant, du type Corbyn voire Sanders. Il veut faire baisser le taux de profit exigé dans l’économie par la baisse de la durée du travail, la hausse du salaire minimum, l’instauration d’un revenu universel et le retour en arrière sur presque toutes les mesures dites -à tort- néo libérales de Hollande, Valls et Macron. Digression:  ces mesures ne sont pas néo libérales, mais sociales démocrates, il faut appeler un chat un chat. Politiquement il y avait de  la place pour une figure gauchiste sur l’échiquier en  raison de l’échec de Hollande a produire des résultats.

On ne sait où positionner vraiment Macron et Fillon. Restons en au niveau des apparences.

Fillon apparemment centre-droit veut augmenter la durée de la semaine de travail, baisser les charges , privatiser, c’est à dire augmenter la contrainte de profit, réduire le nombre de fonctionnaires, baisser le coût de la redistribution sociale et en particulier celui de la sécurité sociale et des retraites.

Le candidat apparemment centre-gauche Macron est pro-europe, globaliste, mondialiste, pro-anglo saxon , il veut beaucoup plus de mesures dites néo-libérales , sous couvert de modernisation; il veut détruire du capital ancien , des fonds de commerce , des droits acquis pour libérer de l’efficacité, selon lui, en réalité pour libérer  de la plus value et la réorienter. Macron entend détruire ce qu’il appelle les rentes. On les appelle toujours rentes quand on veut les détruire n’est ce pas! Le programme de Macron est encore flou, mais les grandes lignes sont celles qui sont énoncées: mettre les « valeurs » du système français au niveau compatible avec le marché mondial. Par valeurs nous parlons des grandes valeurs, salaires, charges, productivité, prix des biens et services, et le moyen c’est le couple compétition/ flexibilité: il faut tout assouplir.

Les élections sont ouvertes , même si Marine Le Pen  est en tête des sondages du premier tour, avec 25%, elle ne peut élargir et l’emporter dans aucun cas de figure.

La France est en stagnation  de longue durée. Elle décroche et prend de  plus en plus de retard sur l’Allemagne. La reprise du dernier trimestre 2016 est modeste, la croissance 2016 n’a pas été supérieure à 1,1%, contre 1,9% en Allemagne.

Les divergences augmentent au lieu de se contracter. Le chômage Français est de 10% alors que le chômage Allemand est de 3,9%. La France veut participer à un ensemble homogène, mais conserver sa singularité, son exception; bref elle veut l’hétérogène dans l’homogène. Elle refuse de considérer que le régime est un régime dominé par loi de l’égalisation des taux de profit, mais elle accepte la libre circulation des capitaux,  comprenne qui pourra!

 

Le capital Français est à la peine depuis très longtemps;  la France  ne s’est jamais remise de la chute des profits des années 60 à 80 , son redressement lors de la période dite néo-libérale a été très modeste en  regard de ce qui s’est passé chez ses concurrents.

Le taux de profit Français. 

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Faute de profit attribuable à l’industrie,  faute d’incitation à investir les dépenses d’équipement  ont été insuffisantes, il n’ a pas été possible de suivre et de porter concurrence à l’Allemagne. Sauf par des dévaluations périodiques.

Taux de profit en Allemagne 

German net return on capital

La rentabillité du capital Français est dans les plus bas de l’après guerre,  le mal Français, dans le cadre d’un régime capitaliste, c’est le traitement aberrant de  ce que l’on appelle l’ Accumulation: elle est dissuadée, pénalisée, découragée. Honnie, méprisée.

Depuis le lancement imbécile de l’euro en 1999, alors que les deux systèmes Allemands et Français étaient déjà divergents, la profitabilité en France a chuté de 27%, alors que pendant le même temps, la profitabilité en Allemagne a monté, a progressé, fait un bond de 21%! La profitabilité Française est encore  de 22% inférieure à ce qu’elle était avant la crise de 2007. 

l’évolution désastreuse de la rentabilité en France: le mal Français, participer à un système en en refusent la règle principale, le profit. 

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Les gains sociaux Français , ce que l’on appelle l’exception Française sont en grande partie à l’origine de la situation du pays: d’un côté l’une des meilleures protection du monde, de l’autre l »une des rentabilités du capital  les plus faibles, aggravée par des prélèvements fiscaux personnels hors normes.

La France a préservé les services publics, la couverture santé, les retraites , les avantages sociaux de toutes sortes, elle est enviée pour cela, mais le prix à payer,  c’est l’insuffisance de rentabilité du capital investi,  la faiblesse des investissements productifs, l’insuffisante innovation et in fine le niveau élevé du chômage et maintenant le recul du pouvoir d’achat.

Le mal Français, pas de profit, pas d’investissement

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Vu sous l’angle systémique et économique, l’enjeu des élections , celui du maintien de la France dans la zone euro, c’est le sort qui sera réservé au capital.

Eh oui, ce n’est pas ce que l’on dit! c’est même ce que l’on cache! L’enjeu c’est le sort de la profitabilité, de la rentabilité du capital, des investissements qui eux conditionnent le taux de chômage et la capacité à distribuer des revenus gagnés.Pas des revenus à la Hamon. Sous cet aspect , les deux candidats du centre poursuivent le même objectif, restaurer le profit, mais semble t- il avec des chemins , des méthodes différents qui tiennent aux groupes sociaux qu’ils représentent. Chacun en fait travaille pour sa paroisse.

On a tort de se focaliser sur l’élection présidentielle car l’expérience Française montre que l’élection n’est pas déterminante sur la réalisation des programmes.

Ce qui compte c’est comment on a été élu, sur quelle base perçue par le peuple, grâce à quelle couche sociale, contre quelle couche sociale,  etc etc .

En France et on le voit en ce moment aussi aux USA, ce   qui compte ce n’est pas seulement la légitimité de l’élection, mais le rapport des forces partisanes au Parlement,  dans les médias, dans la rue, dans l’opinion, la capacité de mobilisation, les réseaux sociaux.

L’élection ne sera qu’un point de départ. Si vous ajoutez le malaise de l’immigration, du remplacisme, la perspective d’un prochain ralentissement mondial au cours du mandat présidentiel,  vous avez un tableau assez réaliste de ce qui va se passer ces prochaines annnées.

Marine Le pen , plus Mélenchon, plus Hamon, plus les futurs décus du Macronisme ou du Fillonisme, cela va faire beaucoup.

 

 

 

 

 

 

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