Le carnage sur les valeurs à revenu fixe en Europe, suite.

Quand l’Europe s’enrhume, la périphérie risque la pneumonie

LUNDI, 30.01.2017
Agefi suisse

Draghi a utilisé la Printing Press, le gonflement du bilan de la BCE, en une mesure désespérée pour sauver l’euro.

Bruno Bertez

Relisez ce texte , tout est dit , et Bloomberg ne fait que mettre son autorité derrière notre analyse. Nous publions le texte de Blomberg à la suitede ce rappelde notre propre analyse parue dans l’Agefi Suisse. 

Mario Draghi a essayé de faire tenir ensemble un assemblage brinquebalant, divergent et de plus en plus miné par l’hostilité et la perte de confiance. Les Européens n’y croient plus, n’espèrent plus, et les chefs eux mêmes n’ont plus la foi.

Cette semaine, dans l’indifférence générale, les taux européens ont monté, les spreads de risque se sont dilatés, le désordre est revenu. Les taux italiens ont fait un bond de 22 pbs à 2,23%, on est au plus haut de juillet 2015; les taux portugais ont bondi de 32 pbs à 4,14%. Les taux français ont bondi de 13 pbs à 1,03%, plus haut de juillet 2015 et surtout, le spread entre les OAT et les Bunds s’est élargi de 9 pbs, à 57 pbs. Tout cela ne sent pas bon.

Le 25 janvier, un officiel de la Bundesbank a affirmé que la BCE devrait bientôt commencer à sortir de son programme d’achats d’obligations à long terme de 2,3 trillions.

En Allemagne on savonne la planche de Draghi. On fait valoir que les perspectives économiques se sont améliorées, les développements sur les prix et le front de l’inflation sont positifs: «les conditions pour abandonner  la politique monétaire généreuse  (loose) sont réunies» à déclaré Weidmann. Dans la presse, on souligne que l’inflation est forte avec  1,7% en décembre. Les banques centrales de la zone euro vont enregistrer des pertes considérables sur leurs portefeuilles obligataires. Il y a des élections un peu partout et singulièrement en Allemagne cet automne.

Les marchés, eux aussi ratifient et crédibilisent les propos de Weidmann et les craintes des élites allemandes: les anticipations d’inflation mesurées par l’inflation swap forward à 5 ans- excusez la barbarie – n’ont cessé de grimper depuis juin 2016; on était à 1,25 en juin, puis 1,5 en novembre et nous sommes  à 1,8% en janvier. Draghi ne pourra pas toujours soutenir que «c’est temporaire».

Le 27 janvier on apprenait que «Berlin reste opposé à l’idée d’emprunts mutualisés pour les pays de la zone euro»; déclaration   vendredi d’une porte-parole du ministère des Finances, réagissant à un article de la Handelsblatt, selon lequel la Commission européenne discute du sujet.

«D’une manière générale, l’opinion négative du gouvernement fédéral envers les euro-obligations n’a pas changé», a déclaré Nadine Kalwey dans un communiqué.

Le ministère a des doutes quant à une demande suffisante pour de tels instruments financiers, en particulier en situation de crise, a-t-elle fait valoir.Une pirouette qui prend les observateurs pour des imbéciles, on verra ci dessous les vraies raisons  du refus des eurobonds par les Allemands.

La Handelsblatt rapportait vendredi que la Commission européenne et des banques centrales de la zone euro discutent de projets visant à émettre des obligations mutualisées au sein du bloc monétaire appelées «European Safe Bonds» (ESB, euro-obligations sans responsabilité conjointe).

Le journal cite un document dans lequel la Commission suggère que le nouveau mécanisme d’emprunt soit examiné par le Conseil européen du risque systémique (CERS), créé en réponse à la crise financière mondiale.

L’exécutif européen s’est abstenu de tout commentaire sur cet article.

Priée de dire si elle pouvait confirmer les informations de la Handelsblatt, la porte-parole Natasha Bertaud a répondu: «Non, je ne ferai aucun commentaire d’aucune sorte à ce sujet».«La Commission présentera un (…) document sur l’avenir de l’Union européenne en mars 2017 (…) Pour le moment, c’est un travail en cours».

Il est évident que la question des eurobonds se pose et qu’elle se pose avec urgence et acuité en raison de la perspective non datée mais inéluctable de la fin de la politique d’achats de titres à long terme de la BCE, politique des QE.

La situation budgétaire, économique et sociale des différents pays de la zone est aussi, sinon encore plus divergente qu’elle ne l’était au début des mesures non conventionnelles. La  monnaie commune, tout le monde le sait maintenant produit non pas de la convergence, mais de la divergence. Il suffit de regarder le contraste de la situation allemande avec celle des autres pays.

En pratique, la BCE s’est substituée aux eurobonds, elle a sans le dire mutualisé, mutualisé, c’est à dire fait subrepticement ce que les allemands ne voulaient pas faire de façon visible! La mutualisation par les eurobonds permet d’éliminer ou réduire fortement le risque de défaut, or si la BCE se retire, le risque bien entendu va réapparaître et les spreads vont se dilater. Normal puisque rien n’a été corrigé depuis 2012.

Face à une situation de  divergence et alors que la monnaie et les traités n’ont pas permis la convergence, il n’y a qu’une solution, l’unification économique et politique… et en attendant… les eurobonds. La réunification allemande a pu être réalisée malgré les divergences parce qu’il y a eu des transferts massifs,  une union politique et que les dettes ont été entièrement mutualisées.

En fait les Allemands ne sont pas opposés à la mutualisation et aux eurobonds, mais comme l’a dit en son temps Joerg Asmussen de la BCE, l’ Allemagne n’acceptera de les considérer que «si les conditions sont remplies, ce qui signifie si l’intégration économique et la coordination sont étroites au sein de l’eurozone,  y compris dans le domaine de la fiscalité.» Ce qui est une évidence: ils accepteront la mutualisation quand… il n’y aura plus de risques. Vous imaginez l’Allemagne face à un hurluberlu comme Hamon et ses amis qui veulent re-creuser les déficits et envisagent sans humour de ne pas rembourser les dettes. Ceci a été répété  par Juergen Stark, «la mutualisation ne peut résoudre les problèmes budgétaires  structurels, car elle conduirait à une union des dettes, (à une liability) dont personne ne veut. Ce n’est que lorsque l’union politique aura été réalisée que l’on pourra émettre des bonds communs insiste stark. Les eurobonds , ok à condition que l’on n’en ait pas besoin! Ou alors ok si nous,  les Allemands, nous prenons le contrôle de votre pays.

Les Allemands savent que la convergence est ratée, que les différents pays vont au contraire dans des directions différentes et opposées. Et que l’eurozone lutte pour continuer de se maintenir , elle lutte pour son existence.

La BCE ne peut continuer à acheter des fonds d’état éternellement, les limites ne sont plus loin, les alibis comme la déflation sont largement écornés.

Le texte de Bloomberg qui reprend notre analyse 

Euro-region bonds handed investors the worst start to a year on record as heightened political risk across the currency bloc added to speculation the European Central Bank may bring its asset-purchase program to an abrupt halt in 2018.

With general elections scheduled in France, Germany and the Netherlands this year amid an increase in support for anti-euro rhetoric, yields on French and Italian bonds climbed this week to their highest level relative to benchmark German debt since 2014.

In the face of stronger growth and rising inflation, some investors aren’t listening to Mario Draghi when he says the ECB hasn’t considered tapering its bond-buying plan.

Rising populism in the region’s biggest economies and speculation that the ECB’s stimulus plan may be nearing its endgame have clouded the horizon for bond investors, who have grown used to the central bank insulating euro-area securities from political tension.

That’s seen yield spreads expand to levels unseen since quantitative easing began in 2015, and left analysts forecasting more pain if electoral risks materialize, particularly in light of the extreme market reactions seen in the wake of Donald Trump’s victory in the U.S.

The market’s move suggests Draghi’s insistence last year that policy makers weren’t considering scaling down stimulus and caution in January that underlying inflation showed “no convincing signs” of picking up is falling on deaf ears.

“The market is obviously seeing through this,” said Mark Nash, the head of global bonds at Old Mutual Global Investors, which oversees about $37 billion. It’s “seeing that quantitative easing has to come to an end soon.”

Peripheral bonds may come under further pressure should “markets continue to worry about the integrity of the euro zone,” London-based Nash said. Italy’s “banking system is obviously still impaired. Also, likely elections and political risks” may hurt the nation’s bonds. Nash said he shifted short positions to Italy and Spain from Germany.

The End of the ECB’s QE Could Be a Lot Closer Than You Think

Data released Tuesday showed annual euro-area inflation surged to 1.8 percent in January. That’s the highest in almost four years and approaching the ECB’s goal of just under 2 percent. Faster inflation is increasing calls, especially in price-wary Germany, for policy makers to end stimulus that’s seen the ECB buy 1.32 trillion euros ($1.42 billion) in assets since March 2015.

The market’s “been raising the potential for a hard stop to quantitative easing at the end of this year if we do continue to get these rises in inflation and growth,” Nash said.

Draghi said in December that asset purchases will slow to 60 billion euros a month from April, from 80 billion euros currently, and remain at that pace until at least the end of this year. Still, this does not, he said, imply a ‘taper’ toward zero.

The yield on Germany’s 10-year bunds touched a one-year high of 0.50 percent on Jan. 26, while that on similar-maturity French bonds rose to a 16-month high. Euro-area sovereign debt handed investors a 2.1 percent loss in January, the worst start to a year in data going back to 1998, according to the Bloomberg Barclays Euro Treasury Index.

Old Mutual’s Nash and Societe Generale SA both see 10-year bund yields rising to 1 percent this year. That’s higher than the weighted-average forecast of 0.67 percent by year-end of 34 economists in a Bloomberg survey.

With German wage and inflation picking up “the potential is still for yields to go higher into the year-end,” said Ciaran O’Hagan, the head of European rates strategy at Societe Generale. “The ECB is probably going to taper sooner rather than later and the prospects of that are negative for bonds.”

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