Essai. Vous parlez d’un dollar fort? Comprendre les dessous du système

On vous parle sans cesse d’une politique Américaine dite du dollar fort. Encore ces derniers jours, il y a eu un débat à la suite des déclarations de Trump et de Mnuchin sur cette question. Trump a trouvé que les monnaies utilisées par certains pays comme l’Allemagne, le Japon  etc était trop basses et leur donnaient un avantage mercantiliste. On a parlé de guerre des monnaies, de guerre commerciale.

Mais le revers de la médaille de ces polémiques est fondamental, systémique, structurel:  si on trouve que les monnaies tierces sont trop basses, on implique que le dollar est trop haut. Donc comme les Etats Unis ont absolument besoin de maintenir le seigneuriage et surtout de drainer les capitaux du monde entier surtout en ce moment, il faut dire le contraire de ce que l’on a affirmé la veille: il faut en même temps affirmer: « on veut un dollar fort ». On appuie sur le frein et l’accélérateur en même temps. C’est une technique classique, une structure, utilisée régulièrement par  ceux qui sont chargés de la conduite des affaires. C’est une forme de gestion de ce que nous avons appelé la « gestion du facteur temps », on veut des choses contradictoires, mais à des niveaux de temporalité différents.

Nous avons expliqué que les apparentes contradictions pouvaient être réconciliées à condition de prendre l’expression, « dollar fort » dans un  sens différent du sens commun: les USA veulent bien un dollar fort au sens de dollar-roi, , un dollar-maître du monde, un dollar pilier du système mondial, un dollar qui régule la valeur monétaire de toutes choses, un dollar qui dicte sa loi au monde global et surtout qui régule le niveau des prix des prix des biens,  des services et du pétrole, dans le monde selon ses besoins. Exemple, quand le dollar baisse, cela signifie, il faut en matière monétaire pratiquer la symétrie, cela signifie que les prix de biens et services importés dans le monde augmentent . Et inversement faire monter le dollar, c’est faire baisser les prix des biens et services importés dans le monde. Cette réalité est beaucoup mieux comprise quand on applique l’analyse au prix du pétrole, c’est le prix central du système. Bien entendu il faut tenir compte de certains « leads and lags ».

Evolution du dollar index depuis le système imposé par Nixon… cela monte et cela baisse, ni fort ni faible 

en dessous le prix du pétrole


Tout a commencé en 1971, en théorie, mais en pratique en 1973 avec avec le régime des changes flottants. Le nouveau régime monétaire imposé par les USA fait du dollar le Centre, le roi du système, la monnaie hégémonique de l’économie globale. Pendant un certain temps, on a talonné, joué aux apprentis sorciers, mais il est vite apparu qu’il était possible de piloter les économies et le commerce mondial grâce à ce système des changes flottants. Le deal est que les Etats -Unis régulent l’offre de dollars en fonction des besoins/pilotage  du commerce mondial, ils maintiennent la valeur externe du dollar dans un intervalle raisonnable en regard des monnaies des pays avec lesquels ils commercent, ils influencent les prix mondiaux et en contrepartie, ils offrent aux pays exportateurs leur base extraordinaire, sans limite de demande de leurs consommateurs. Dans le cadre de ce système non formalisé, mais implicite, les pays excédentaires, les créanciers recyclent leurs excédents vers le marché financier américain, les USA importent l’épargne du reste du monde, le ROW et le marché financier américain exporte des dettes, des titres de propriété, des promesses, des IOU’s.

Et c’est ce que Trump n’a pas compris : c’est un « deal » implicite, un système , un assemblage organique dans lequel on ne peut changer une pièce seule sauf à prendre le risque de tout voir s’effondrer ou se gripper.

En passant, c’est grâce à cette interprétation que nous avons toujours soutenu un paradoxe: tant que l’on est dans ce système, ce qui compte pour la valeur des assets, c’est à dire le niveau des marchés, ce n’est pas le fondamental, le sous jacent réel, mais « ce contre quoi » on échange les assets: la monnaie, sa quantité, sa masse, son prix, sa rotation etc.

Le fondamental est mort, ou plutôt suspendu,  c’est ce que nous appelons un « horizon » dans ce système et c ‘est ce que les Cassandre n’ont jamais compris! Ils restent prisonniers de la « value », comme si on était encore avant 1971 et 1973. Les monnaies flottent, les changes sont flexibles et les actifs financiers qui sont « ce contre quoi » on échange la monnaie , eux lévitent.

C’est simple, c’est évident, cela crève les yeux …au point qu’on ne le voit pas.

La contrepartie des assets assets financiers contrairement au sens commun et contrairement à ce que pensent et professent les Cassandre, ce n’est pas l’économie réelle, c’est la « base monétaire »! Sauf pour les assets strippers, les prédateurs, etc qui ont le pouvoir d’accéder aux actifs des entrerpsies et d ‘en disposer. « Base monétaire » n’est pas une réalité, c’est un concept ultime, un opérateur de raisonnement. Pourquoi? Parce que tous les assets doivent être détenus et que, quand on vend, on demande quoi en contrepartie ? De la monnaie de base… in fine. C’est ce que l’on a vu dans la Grande Crise Financière et qui explique la fourniture de monnaie de base, les QE.

Le problème de nos systèmes c’est donc la disproportion colossale entre  l’empilage de la valeur des assets, du crédit, des promesses, face à la  contrepartie qui sera exigée en cas de révulsion: la monnaie de base. D’ou l’attitude des banques TBTF, qui le savent: elles gardent des quantités colossales de réserves faussement dites oisives, auprès des banques centrales.

Si vous saissisez le lien  entre le dollar fort, le système, le recyclage mondial etc, alors que entrevoyez la folie de Trump qui veut  donner un coup de pied dans tout cela sans préparation, sans vision d’ensemble: un coup de pied de l’âne.

Il resterait , pour avancer notre hypothèse à pouvoir mieux cerner ce concept de monnaie de base dans le monde moderne, car il n’est pas ce que l’on croit, ce n’est pas la monnaie de bas américaine, c’est beaucoup plus compliqué que cela car la base monétaire est globale. Le système s’est complexifié, il y a les réserves mondiales,   il y a l’eurodollar, la question de la capacité bilantielle des grandes banques,  et la création de « dollars », de « digit dollars » . Mais c’est une autre histoire.

Vous avez dit dollar fort! 

3 réflexions sur “Essai. Vous parlez d’un dollar fort? Comprendre les dessous du système

  1. Est ce que cela reviendrait grossie`rement à pouvoir dire qu’il n’y a aucun retour en arrière possible quand on a commencé à inflater artificiellement le prix des assets, pour les utiliser comme collatérals, dans tous les leverages qui ont pour but de maximiser la croissance, les profits plutôt maigres des éconnomies réelles via une expension inninterrompue et mondiale de la base monnaie-crédit digitallisé et sans limite pour que ce syst« ème n’ implose pas ou en tout cas pas de manière non planifiée c’est à dire avec de nouveaux accords style Brettenwood?
    Merci pour vos articles et commentaires

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    1. il n’y a aucun retour en arrière possible dès lors que l’on a choisi cette voie. C’est ce que j’ai dit dès le début 2009 et répété au moins une ou deux fois chaque année depuis: »ils ont brulé leurs vaisseaux, il n’y a pas de retour en arrière possible ». En fait les autorités elles même s’en sont aperçu fin 2011,quand au lieu d’Exit il y a eu rechute. Et c’est ce qui explique les QE à répétirion. Lors du premier , certains se sont posés les bonnes questions d’après les comptes rendus rendus publics depuis, mais les autres ont refusé d’engager le débat. « On », « ils » se sont trompés sur le lien entre la sphère financière et la sphère de l’économie réelle, car il faut de plus en plus de production de crédit pour 1 dollarde GDP (rendement décroissant des dettes) , donc on ne peut qu’augmenter le leverage, la disproportion entre le secteur financier et le secteur réel. Donc on ne peut que fabriquer des bulles de plus en plus grosses. Des bulles que l’on peut de moins en moins prendre le risque de crever.

      Les erreurs ont été nombreuses et de diverses formes :

      -illusion que l’on pouvait booster durablement la croissance en levant les limites à la productionde crédit

      -mise sur les marchés du crédit sous forme de package , assets backed securities , ce qui revenait à mettre leur valeur à la merci des humeurs, c’est à dire à la merci de l’appétit pour le risque (les animal spirits) et conduisait à toujours stimuler cet appétit pour le risque

      -après la crise du crédit, après la GFC une fois le système stabilisé, au lieu de restructurer et punir on a choisi la fuite en avant selon les propres écrits de Geithner, car on craignait une rechute

      -en 2011 quand on a vu que le plan de Bryan Sack de la fed de New York ne marchait pas et que la sortie ne se passait pas comme prévu on arefusé d’écouter les critiques de Bernanke comme Tarullo et Wilcox . Bernanke a fait taire les débats et les interrogations pour mettre en place son rève idiot hérité de son analyse mégalomaniaco-friedmanienne de la crise de 29 et rève qu’il voulait réaliser dès le début de la crise japonaise. Bernanke est un grand nevrosé, il a l’obsession de faire mieux que ce qui a été fait en 29, il a voulu rester dans l’histoire comme l’homme quia sauvé le monde..

      -illusion qu’après la GFC, après la crise financiere , l’économie allait repartir, ce qui n’a pas été le cas et nouvelle illusion: on peut la faire repartir monétairement d’ou le premier QE, QE1 qui fut un échec , la preuve il a fallu en faire d’autres.. et la preuve maintenant on essaie de faire croire que personne n’est responsable, c’est l’économie réelle elle même qui a changé, « on est dans une phase de croissance séculaire durablement ralentie. »

      Extrait des discussions de l’époque à partir des comptes rendus complets qui ont été déclassifiés il y a peu

      Ci dessous propos de Tarullo à l’époque: « les prédicaments de notre politique sont déplacés! » Bref on pense sur des bases fausses. On pompe sur la finance, cela ne fait rien sur le réel.

      « MR. TARULLO. After all, both the string of bad intermeeting data and the substantially reduced expectations, not to mention the recent declines in markets, suggest that the factual predicates for our policy dispositions during the past year were, to a greater or lesser extent, misplaced.
      Now, the economic go-round in a typical FOMC meeting is a pretty formal, almost—and sometimes literally—scripted affair, and even the policy portion of most of our meetings tends to play out in a fairly structured fashion, and properly so, since proposed language and alternative policy options will quite sensibly have been proposed, modified, and much discussed before we convene. Today, I think, should be different. The cumulative effect of the gathering evidence of stagnation, the psychological impact of the ratings downgrade, the growing concerns that euro zone problems may not be contained, and the global market drama of the past couple of days has made this a potential inflection point.
      I have rarely seen truer words ever expressed in one of these meetings, and I have examined hundreds upon hundreds of transcripts. He was arguing as a matter of both economy and policy how to address the idea of a more-than-temporary downturn as well as the growing possibility, as evidenced by the reflaring crisis, that monetary policy just might be helpless in the face of it to positively alter its trajectory. This was no usual policy meeting, made that way by crisis that was more than the usual (by then) crisis.

      In that view, which was if not widely shared, at least, for once, admitted to the discussion, there could only be huge gaps in knowledge both of the operations of monetary policy as well as how they actually (rather than in theory) affected and might continue to affect the real economy.

      After all, Brian Sack felt it necessary to remark on several occasions, “I think it’s worth pointing out that this is all happening with $1.6 trillion of reserves in the system.” The incongruence of what happened in 2011 and everything that followed thereafter is contained in that one simple declarative clause – the Fed had “printed” $1.6 trillion but surely nothing was acting like it.

      Staff Economist David Wilcox came right out and said it:

      MR. WILCOX. We’ve been marching determinedly in a negative direction. John Stevens had a nice exhibit in yesterday’s Board briefing that showed just how much we’d taken the forecast down over the course of this year. Also, I want to just emphasize that I think the gaps in our understanding of the interactions between the financial sector and the real sector are profound, and they have, over the past few years, deeply affected our ability to anticipate how the real economy would respond, and they are continuing to do so now.

      This is an ignorance that we share with the entire rest of the profession, and I think one thing that is good to see is the enormous amount of work that’s going on at the Board, in the System, and in the profession at large in an attempt to develop a better understanding of the interactions between the real sector and the financial sector, operating in both directions. But boy, I don’t know whether that literature is in its infancy, but I would not put it at any more beyond toddlerhood. We’ve got just an enormous amount yet to learn and incorporate in that regard.

      En clair, ils ne savent pas ce qu’ils font mais ils ne peuvent stopper.

      What happened, then, between the great questions asked in 2011 and Janet Yellen finally in October 2016 admitting publicly the depressing answers was something like an official benefit of the doubt. The sentiment that prevailed after the August 2011 meetings right into 2012 and the introduction of QE3 (and 4) was delivered by James Bullard, St. Louis Fed President.

      MR BULLARD. I also disagree with the Chairman on the QE3. I do not think we will be able to avoid a discussion of QE3 going forward, as much as many of us may like to. This is our most potent weapon, and it’s more promising as having effects on the economy—and we can debate what those effects are—than any of the other tools in our toolbox. This is because the QE program influences inflation expectations and therefore has potential to drive real interest rates lower if that is what the Committee desires.

      The FOMC was just not ready at that time to give up on QE because QE was the genius idea; it was, as Bernanke had described back in his November 2002 “deflation” speech, the very power of the Federal Reserve itself, the power of any and all central banks. To conclude in 2011 that it wasn’t as powerful as they had dreamed was just too much for many of them to rationally consider – though, as Tarullo and Wilcox implied, they really should have.

      The implications are now clearly seen in wasted years more than wasted economy.

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  2. Cher Monsieur Bertez
    Je vous remercie beaucoup d’avoir pris la peine de répondre
    Comme d’habitude, votre analyse, commentaires et vision sont exceptionnellement intelligents et pointus
    Ils sont une source d’information précieuse pour les personnes qui veulent comprendre et se tenir au courant de ce qui se passe derrières les nombreux écrans de fumées.

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