La plus mauvaise idée de l’année (déjà)

La plus mauvaise idée de l’année (déjà)

mardi, 07.02.2017

Agefi Suisse

Editorial – François Schaller

Dans l’atmosphère géo-économique actuelle, le conseiller fédéral et chef du Département de l’Economie Johann Schneider-Ammann a bien raison de proclamer de temps en temps que les Suisses sont résolument adeptes du libre-échange. La phase de mondialisation de ces dernières décennies a tellement bien réussi aux petits Etats ouverts et innovants qu’ils n’ont guère d’autre choix que de s’y accrocher. De là à mettre sur pied une délégation parlementaire pour aller prêcher la bonne parole au Capitole, comme le prévoit l’ancienne présidente du conseil national Christa Markwalder, il y a peut-être un pas qui ne se contentera pas d’être inutile.

Est-ce bien le moment de se faire remarquer à Washington, sachant que les démonstrations néoprotectionnistes du président Trump ont jusqu’ici porté sur de grands Etats? Comme l’Allemagne en Europe, le plus modeste à l’échelle du monde? Est-ce nécessaire d’aller rappeler là-bas que la Suisse est aussi, à sa manière, une grande puissance exportatrice?

La démarche fait aussitôt penser à celle du Département des Finances se rendant aux Etats-Unis il y a cinq ans. Cette délégation-là avait suggéré un accord fiscal global à des interlocuteurs qui ne s’y attendaient absolument pas. Les Américains savent saisir les gourdins qu’on leur tend. Le résultat fut à la hauteur de ce légendaire pragmatisme, doublé d’un certain sens des rapports de force: amendes bancaires disproportionnées, véritable racket d’Etat, livraison d’informations détaillées sur les clients bancaires et leurs conseillers, etc. Ce sera cela ou la fin du swiss banking à Manhattan. Et l’on attend toujours que ce qui a été obtenu de la Suisse le soit d’autres Etats, comme l’avaient annoncé les Américains (qui ont probablement tout oublié de cette affaire aujourd’hui).

Les trumpiens de la Chambre des représentants et du Sénat vont également adorer que des Suisses viennent parler de libre-échange. Des méfaits du protectionnisme surtout. Qu’en est-il au juste de votre agriculture, s’enquerront-ils? Solidement protégée pour permettre qu’une population rurale continue d’entretenir vos magnifiques paysages? Les nôtres ne sont pas mal non plus. Surtout les paysages industriels. Et la politique monétaire de la Banque nationale destinée à protéger vos exportations? Vos emplois? Sans parler du reste, brevets, fiscalité… Il va falloir argumenter très serré pour convaincre qu’il n’y a rien de protectionniste là-dedans. Surtout des interlocuteurs que ce genre de propos théoriques n’intéressent plus du tout.n

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