Que feriez-vous à la place d’Aurélie ?

["Vauban Editions"]
Que feriez-vous à la place d’Aurélie ?

  
Madame, Monsieur,
Chère amie, cher ami,
Aurélie a 27 ans. Elle habite Auxerre.
Aurélie est mariée, elle a 2 enfants. Son mari et elle travaillent et touchent chacun 1200€ par mois.
Une fois les factures réglées, la nounou payée, il leur reste en moyenne 30€ pour vivre.
Comment faites-vous pour faire manger une famille de 4 personnes avec 1€ par jour ? Et pour les habiller ? Et les médicaments ? Les tickets de bus ?
Pourtant Aurélie et son mari sont considérés comme « riches » par leur Caisse d’Allocations Familiales.
Leur conseiller suggère à Aurélie d’arrêter de travailler. Elle économiserait 700€ de nounou et la famille bénéficierait de nombreuses aides supplémentaires : ils gagneraient plus avec un seul salaire et les « allocs ».
Problème, Aurélie refuse d’arrêter de travailler.
Elle est fier de son travail, elle ne veut pas rester à la maison garder ses enfants.
Je ne lui jetterai pas la pierre. C’est elle qui a raison.

Le dilemme d’Aurélie
Voici le choix qui se présente en substance à Aurélie :
  • Soit elle accepte d’être « travailleur pauvre » aujourd’hui en luttant avec son mari pour la subsistance de sa famille.
  • Soit elle prend le risque de devenir mère célibataire et de sombrer dans la grande pauvreté demain :
En France, un mariage sur trois débouche sur un divorce.
L’augmentation de la pauvreté en France, c’est d’abord pour les femmes : mères célibataires dans l’impossibilité de trouver un travail après 10 ans au foyer et les veuves qui n’ont pas ou peu travaillé et se retrouvent sans ressource à la mort de leur mari.
Aurélie parle de fierté de travailler.
Son réflexe, surtout, est VITAL. Il s’agit de survie, pas de confort.
Ce que l’on demande à Aurélie aujourd’hui c’est de choisir entre la galère tout de suite ou l’horreur demain.
Je reproduis ci-dessous un long extrait d’un article du magazine Le Point publié en 2013 :
« Les femmes, si elles ont un travail, il faut qu’elles le gardent », martèle Danièle Admant, frêle et grisonnante Alsacienne de 53 ans. Elle-même a abandonné ses petits boulots pour élever ses cinq enfants, avant de se retrouver seule à 45 ans, en rupture familiale.
Sans qualifications, elle ne trouve pas d’emploi stable. « Trop vieille, poubelle », résume-t-elle. « On élève ses petits, mais la société ne nous accorde pas de reconnaissance », dit celle qui, avec 400 euros par mois, est coutumière des découverts.

Sa « misère » est aussi celle de près de la moitié des mères célibataires. 45% d’entre elles sont à découvert à la fin du mois révèle l’enquête Ipsos-SPF, contre 19% pour les femmes en général et 18% pour l’ensemble de la population.
Ces douze derniers mois, 62% des mères seules ont rencontré des difficultés à se procurer une alimentation saine et équilibrée (37% pour l’ensemble) et 61% pour payer leur loyer, un emprunt immobilier ou les charges de leur logement (36% pour l’ensemble). »
Aurélie a entamé une grève de la faim. Sur sa pancarte devant la mairie d’Auxerre est écrit : moins manger = économies.
Ce qu’Aurélie réclame, c’est de pouvoir vivre de son travail et une augmentation des aides de la CAF pour la garde de ses enfants.
En ces temps de disette budgétaire… Pas sûr qu’elle soit entendue.
Et pourtant…
Quel est l’intérêt de l’État ?
Tout le problème, c’est la garde des enfants. Elle coûte 1000€ par mois. En travaillant, Aurélie touche 300€ de subventions pour la garde de ses enfants. Il reste 700 euros à sa charge. Elle gagne 1200€ par mois : il lui reste 500€ une fois la garde payée.
Si Aurélie ne travaillait pas, elle n’aurait ni salaire, ni frais de garde mais toucherait environ 700€ d’aides diverses pour le logement etc… C’est plus que les 500€ qui lui restent en travaillant.
Du côté de l’État, Aurélie recevrait environ 400€ de plus si elle ne travaillait pas. L’État aurait donc intérêt à inciter Aurélie à garder son travail.
Mais bien sûr, certains diront qu’Aurélie pique le travail de quelqu’un d’autre. Il vaut mieux qu’elle reste mère au foyer et qu’on donne le boulot à quelqu’un qui en a plus besoin… C’est la fameuse conception du marché du travail comme un gâteau dont il faudrait partager les parts selon tous ceux qui en veulent.
C’est une grossièreté économique. Il n’y a pas une quantité fixe de travail à se partager entre travailleurs, comme si le travail était une rareté.
Il y a 2 choses qui créent le travail : la richesse, que ce soit sous forme de croissance ou de capital investi et les entrepreneurs.
Si Aurélie a été embauchée c’est que son employeur pense qu’elle est la mieux à même de faire le boulot… C’est elle qui créera le plus de richesse, à son niveau.
Bien sûr, le petit plus qu’apporte Aurélie à son employeur n’est peut-être qu’une goutte d’eau. Mais au niveau d’un pays tout entier, cela change tout.
Pourtant, les règles du jeu forcent Aurélie à arrêter de travailler…
Donc l’État paie 400€ de plus que si Aurélie travaillait auquel s’ajoute encore le risque de déclassement d’Aurélie, si son mari « fout le camp ».
C’est un exemple très représentatif d »un moyen « d’économiser » de l’argent et un emploi qui a les effets INVERSES de ceux recherchés : l’État paie plus tout en ôtant leur dignité aux gens et en détruisant des emplois.
C’est une fabrique à pauvres où tout le monde est perdant, un exemple pathétique du « monde de fou » dans lequel on vit.
Une première avancée serait donc d’augmenter les aides pour la
garde d’enfants en espérant que cela fasse diminuer les aides sociales des familles dont seul un parent travaille.
Mais bien sûr c’est très compliqué et avec toutes ces règles différentes peut-être que quelqu’un d’autre à qui l’on n’avait pas pensé se retrouverait lésé… Peut-être qu’il y aurait des abus et que cela coûterait bien plus cher que prévu…
En fait, il y a un problème plus fondamental.

L’État ne peut pas tout
L’État ne peut pas faire des règlementations aussi contraignantes qui conviennent à la fois à Aurélie et à Pierre, Jennifer, Idriss, Myriam, Jean-Paul, Miguel et 65 millions de Français dont les situations varient autant que les couleurs de l’arc en ciel.
C’est un constat.
Peut-être Aurélie préfèrerait-elle travailler 39 ou 40h par semaine plutôt que d’aller faire le piquet devant la mairie d’Auxerre après sa semaine de 35h.
Peut-être Aurélie préfèrerait-elle travailler à son compte si les freins n’étaient aussi puissants, à la fois en terme d’imposition et de lourdeurs administratives.
Peut-être Aurélie préfèrait s’arranger directement avec la boulangerie qui l’emploie, si seulement son employeur avait la moindre marge de manœuvre ;
Peut-être qu’elle préfèrerait s’organiser avec ses voisins et les gens de son quartier pour la garde de ses enfants.
Le mari d’Aurélie est clerc de notaire : il pourrait dépanner un ami en échange d’un autre service.
Aurélie travaille 35h par semaine mais parfois tard le soir. Elle a du temps libre en journée et pourrait mettre ce temps à profit pour aider un proche ou un voisin en échange d’un autre service.
ATTENTION, cela créerait un échange non-monétisé sur lequel l’État ne pourrait prendre sa taxe.
Il y a de nombreux sites d’entraide qui se développent en ce moment-même : troctagarde.com, smiile.com, yakasaider.fr, allovoisins.com, bulbintown.com, accorderiez.fr…
Mais l’essor de l’économie collaborative est en train d’être tué dans l’œuf par la nouvelle règlementation en vigueur depuis le 1er janvier et il est à craindre qu’elle n’est qu’une première étape avant un durcissement.
  • S’il y a le moindre échange d’argent, alors tout revenu doit-être déclaré, dès le premier euro, par la plateforme ou le site internet utilisé, ce qui va pousser au retour du troc forcé ;
  • S’il y a la moindre récurrence alors il y a risque que l’aide soit considérée comme une activité professionnelle avec tout les problèmes de règlementation et d’assurances afférents.
Bien sûrs toutes ces règles ont chacune un sens et cherche à protéger les uns et les autres des risques d’accidents ou de casse ou de fraude…
Mais l’accumulation des règles fait à la fin un monde qui suffoque.
On en revient toujours à la loi qui oblige, contraint, force ou interdit jusqu’à l’absurdité.

Sans confiance rien ne marche.
Nous sommes dans une situation aujourd’hui où l’État ne fait plus confiance à personne. Dès que vous voulez faire quelque chose il faut remplir des dizaines de documents, répondre à des normes impossibles à respecter (demandez aux constructeurs de voitures), déclarer la moindre activité.
Mais nous ne faisons pas plus confiance à l’État ni à ceux qui nous gouvernent. Ça c’est gros comme le nez au milieu de la figure.
Sans confiance, comment voulez-vous que des gens créent leur entreprise, que les quartiers, les villages, vivent, s’entraident.
Le cas d’Aurélie n’est qu’un exemple de dysfonctionnement.
Si vous avez d’autres exemples qui vous révoltent ou au contraire vous inspirent, s’il vous plaît écrivez-moi un message en retour de ce mail pour m’en parler. Je rassemblerai nos témoignage dans un prochain message.
À votre bonne fortune,
Olivier Perrin,
Le vaillant petit économiste

Sources :
Remarque au sujet de l’article du Figaro : Le journal classe son article dans la rubrique « social ». Le simple fait de voir la question sous l’angle du social plutôt que l’angle économique change profondément la manière d’aborder le cas d’Aurélie. Il donne l’impression qu’Aurélie demande une subvention de plus alors que l’enjeu est bien économique d’abord, en son sens premier du terme même, puisque l’oeconomia signifie la gestion de la maison.
Publicités

7 réflexions sur “Que feriez-vous à la place d’Aurélie ?

  1. Autrefois il y avait des grands parents, des grands mères, des arrières grand mères toutes contentes de s’occuper des petits, mais il parait que la famille c’est un carcan, c’est has been, c’est fasciste ect…. Je pense qu’une femme doit travailler pour avoir une indépendance mais on n’a pas la même indépendance à 5000 ¨par mois qu’à 1200. J’ai connu une époque où il y avait un ascenseur social qui est devenu un tueur social, il faut empêcher les gens de gagner plus il faut niveler par le bas , donc il faut rajouter des charges des taxes de tout pour que qui travaille ne gagne plus rien. Il faut laisser la place aux groupes aux multinationales. Il faut tuer ce qui a protégé la femme la mère pour le dévaluer pour l’offrir à des couches de population qui n’en sont pas, je parle du mariage gay qui fiscalement va offrir à un homme plus payé qu’une femme de jouir du statut du conjoint survivant qui allait à la femme à la mère qui par son travail au foyer par ses enfants par son revenu moindre seule le méritait. On détruit tout pour légaliser le commerce à tout prix de choses inutiles qui nous détruisent et détruisent la planète.
    Que reste t il de la bonne boulangerie pâtisserie d’autrefois quand c’est la course au prix à la facilité entre fournisseurs et grande distribution ????
    Notre époque n’ a plus aucun charme.

    J'aime

  2. Dans ce livre écrit au sortir de la guerre, Bernanos prophétisait ce qui nous arrive :

    « Un jour, on plongera dans la ruine du jour au lendemain des familles entières parce qu’à des milliers de kilomètres pourra être produite la même chose pour deux centimes de moins à la tonne. […]
    Le danger n’est pas dans les machines, sinon nous devrions faire ce rêve absurde de les détruire par la force, à la manière des iconoclastes qui, en brisant les images, se flattaient d’anéantir aussi les croyances. Le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre sans cesse croissant d’hommes habitués, dès leur enfance, à ne désirer que ce que les machines peuvent donner. »

    J'aime

  3. Je m’interroge à propos de ce cas emblématique. J’ai toujours du mal à concevoir la logique de cette société qui veut que les deux parents aient un emploi salarié mal payé permettant surtout de salarier quelqu’un d’autre pour élever leurs propres enfants à leur place. Pourquoi travailler ? Pour s’insérer socialement autant que pour les revenus du dit travail. Parce que c’est la norme, même si l’emploi salarié se raréfie de façon structurelle avec le technologisme. Quand les enfants seront émancipés, ils reviendront voir… la nourrice, chèrement payée par le salaire maternel (ou paternel) car elle vaura été plus présente dans leur vie que leurs parents. Bientôt un modèle social inspiré de la vie des hyménoptères ? On n’arrête pas le progrès.

    J'aime

  4. Bonjour,

    encore un exemple qui montre que nous allons à la catastrophe et qu’aucun candidat pour 2017 ne changera cela .

    Quand un système devient aussi complexe aussi absurde , irrationnel, il n’est plus possible de le détricoter dans la sérénité : on passe du continu/linéaire c’est à dire le monde auquel nous sommes habitués depuis les accords de Bretton Woods au discontinu, c’est à dire des ruptures, des évènements violents, non prévisibles ( ou considérés comme trop extraordinaires pour qu’ils se produisent).

    Les gouvernants ne maîtrisent plus les systèmes qu’ils ont créé et le modèle social à la française est en train de se retourner contre les gens.

    Les gouvernants ne sont pas capables de penser un autre système et de toute façon sortir de l’actuel serait trop coûteux politiquement = ils ne feront rien ou toujours plus = effondrement violent garanti. On voit avec Fillon à quel point on est passé du disruptif au consensuel de rupture et maintenant à l’attaque en règles de ce qui reste de Fillon pour anéantir le peu de rupture qu’il reste.

    Ca a déjà commencé avec le Brexit et Trump, attendons la Hollande en mars …

    Cdlt.

    J'aime

  5. Merci pour cet article qui montre à la fois la perversité du « système socialiste français » et sa faillite annoncée.
    Je salue le courage de cette « Aurélie qui préfère le « travail » plutôt que la « fainéantise », la vie de « famille avec un mari et un père » plutôt que celles de « mère célibataire » accrocs aux allocations.

    En fait, cette famille vit à « contre-courant » des valeurs promues par le modèle social français. Ce dernier encourage le chômage, sape les valeurs familiales (mariage pour tous, donc pour personne) et préempte l’entraide naturelle de la famille, du quartier, de la communauté de travail.

    Si je peux donner quelques conseils à cette famille.
    – Se rapprocher de ses parents ou de la famille proche, qui pourrait garder les enfants.
    – Réduire, voire supprimer les dépenses inutiles suscitées par la société de consommation (TV, iphone, ordinateur, etc.)
    – Habiter la campagne plutôt que la ville (le loyer est moins cher, la surface habitable plus grande, entraide plus facile),
    – Abandonner la voiture et choisir les transports en commun ou se mettre au vélo, chaque fois que possible,
    – Cultiver un jardin, (à la campagne c’est plus facile).
    – Bricoler/réparer plutôt qu’acheter.
    – Rendre service à ses voisins, sa famille : Un donné pour un rendu.

    Certes, cette vie semble plus difficile que le modèle esclavagiste « travailler/consommer ». Mais en fin de compte, elle est plus enrichissante :
    – Vous aurez la fierté de gagner votre vie et donc de ne dépendre de personne,
    – Vous vous réapproprierez des savoir-faire : « jardinage », « bricolage »,
    – L’éducation de vos enfants sera facilitée. Ils vous verront à la tâche, vous aideront et développeront par la même occasion les savoir-faire que vous leurs transmettez.
    – A votre tour, lorsque vous aurez surmonté ces difficultés et élevé vos enfants, vous pourrez aider les autres et transmettre ce que vous aurez appris.
    – Et au soir de votre vie, vous serez fier de vos réalisations et d’ici là le socialisme français ce sera écroulé,…

    Bon Courage et surtout ne lâchez rien de vos choix et de vos convictions.

    J'aime

  6. la pratique prouve que depuis des annees en france l’etat n’est pas une solution mais un probleme . l’etat et la societe ne sont pas organises pour servir les interets du peuple mais pour que le peuple servent les interets de l’etat et de ceux qui sont derriere lui.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s