Trump doit rapidement modifier sa gouvernance

Bruno Bertez

Analyste financier anc. propriétaire Agefi France
TrumpAvecDrapeauxUSA

 

Ce qui vient d’arriver à Mike Flynn, son conseiller, doit sonner comme un avertissement : il faut un minimum de correction dans la gouvernance. Même si on est atypique, la vie sociale et politique a ses pratiques. Mike Flynn est ce que l’on eut appelé le hors d’œuvre et le plat de résistance est Trump lui-même. Trump dévale la pente du rejet.

La question des convenances est importante, même quand on veut les changer, même quand on est persuadé qu’elles sont une arme aux mains de ses ennemis. Ce n’est pas en les niant que l’on gagne,  mais en les connaissant mieux que ses adversaires, en les maniant mieux, et en les retournant contre eux. La lutte politique n’est pas un combat de rue, c’est plutôt du judo: il faut prendre appui sur la force de l’adversaire. Tout en  finesse, tout en douceur, sinon en hypocrisie. Ce ne sont pas les  butors qui gagnent.

Pour servir la cause du changement, Trump doit apprendre à parler juste et pas seulement fort. Choquer n’est pas une recette pour obtenir l’adhésion. Parler juste, c’est s’interroger avant de parler ou de tweeter:

– est-ce vrai?

– est-ce recevable?

– est-ce nécessaire?

– est-ce civil ou incivil?

Parler juste, ce n’est pas communiquer, vous savez que nous méprisons la Com; parler juste, c’est autre chose que l’on perd peu à peu de vue dans nos sociétés. Parler juste, c’est être authentique, ce n’est ni dire ce que les gens ont envie d’entendre, ni ce que l’on veut qu’ils pensent. Le parler juste,  quand il est effectif,  ne fait pas s’exacerber les conflits, il ne divise pas, il fait réfléchir. Parler juste ne consiste pas à renier, à abandonner ses idées, mais à les rendre politiquement acceptables, comme une base de discussion et non comme une agression unilatérale. Bien sûr, on ne peut demander à Trump d’être un saint et, à chaque fois qu’il s’exprime, de s’interroger s’il sert ou dessert sa cause, ce serait trop lui demander, mais s’il se posait déjà la question, « est-ce que je  me nuis ou pas? », ce serait  un progrès.

Ses sorties avec l’intention de blesser, d’offenser, ne sont pas constructives, elles sont le témoignage d’une certaine fragilité: il donne l’impression de masquer, de compenser une faiblesse intrinsèque. Le monde est un tout et, cela, Trump ne l’a pas encore compris, tout marche ensemble: la paix, la civilité, le respect des autres, la politique économique, la diplomatie, et tout cela fait partie de la bonne gouvernance, de celle qui se fixe pour objectif de faire bien ce à quoi on croit.

Les oppositions et les désaccords sont la règle, pas d’angélisme là-dessus, mais on peut les traiter de façon civilisée ou de façon barbare. Sur beaucoup de points, nous pensons que Trump a, sinon raison, mais du moins qu’il va dans la bonne direction. Qu’il s’agisse de la bureaucratie, du commerce extérieur dominé par le jeu de la finance, de l’absolue nécessité de la sécurité nationale et domestique, de la sécurité de l’emploi des classes moyennes, de l’objectif de fournir des emplois où on gagne vraiment sa vie, du droit à conserver son identité personnelle et nationale, de l’existence  de limites à l’immigration et au remplacisme, tout cela est éminemment politique et doit faire l’objet de débats protégés, avec liberté de parole, à condition que la parole reste politique. Pas insultante.

Toutes les questions abordées par Trump sont importantes, mais on peut les aborder par le haut, dignement, pas au niveau des insultes ou des affirmations fausses. Les conservateurs, dont nous sommes, ont le droit de penser que la modernité est une idéologie, qu’elle masque un retour à une forme de tyrannie, comme dans le cas du « droit-de-l’hommisme » par exemple. Les conservateurs ont le droit de penser que chaque droit nouveau accordé est en fait un droit accordé au plus fort qui s’arroge ainsi  le droit de faire respecter ces droits, la multiplication des droits nouveaux est en fait un moyen  de réduire ceux qui pensent autrement au silence. Ils sont le moyen de créer des dissymétries. On le voit avec les dérives des thèmes  du racisme, de l’antiracisme, du parler politiquement correct et toutes ces autres idéologies ou contre-idéologies à la mode.  Elles  sont autant d’armes aux mains des puissants pour faire taire le peuple. Pour le museler, pour le massifier, pour le dévaloriser et transformer, un peu partout, près du tiers des citoyens en sous-citoyens.

Personne de bonne foi ne peut nier que les peuples ont été sacrifiés sur l’autel de l’enrichissement sans limite d’une kleptocratie, mais ce n’est pas en insultant ou en  diabolisant des personnes que l’on obtient un mouvement inverse; non, ce que l’on obtient, c’est un raidissement, un clivage, c’est la guerre sociale. Ce qu’il faut, c’est prouver, démontrer, donner à voir de façon claire et compréhensible pour le peuple. Il faut savoir parler tout en respectant et tout en écoutant.

Trump est un leader, mais on ne devient pas leader politique du jour au lendemain, il faut observer,   écouter, apprendre, et ce n’est pas se rabaisser et perdre son autorité, que de procéder ainsi, au contraire. La société civile au sens d ‘Edmund Burke est en train de disparaitre, car nos sociétés sont maintenant produites, manipulées par la propagande, la publicité, l’école biaisée, les médias, mais jeter tous les bébés avec l’eau de leur  bain, c’est faire exactement comme  ceux contre qui on prétend lutter. Il faut se fixer comme objectif de laisser se reconstituer une société civile, qui a sa vie propre, qui produit ses valeurs, ses normes, et pour cela, il faut commencer par respecter ce qui existe encore, ce qui subsiste. Un leader politique, surtout en cette période de nécessaire changement, doit tenter de faire appel non aux pires parties de l’être humain, mais aux meilleures et c’est ce que Trump encore tout aigri, tout en colère du traitement qui lui a été fait, lors de la campagne, n’a pas encore compris.

Trump vit dans un imaginaire hérité du combat, il n’a pas encore pris la mesure de son élection et tout l’objectif de ses ennemis est de le maintenir dans cet imaginaire, de le forcer à y rester et ainsi de le pousser à la faute et de se couper de ses soutiens,  peu à peu. On ne gouverne pas dans l’imaginaire, on ne gouverne que dans le Symbolique, dans le vrai, dans ce qui s’impose à tous, dans  le respect. L’un des moyens  pour Trump de quitter son imaginaire sans perdre la face est de se replacer sous le signe et sous  la protection de la Constitution, la Constitution américaine, ce n’est pas de l’imaginaire, c’est presque du Symbolique avec un préambule magnifique, avec une séparation claire des pouvoirs, avec des limites bien définies pour l’exécutif. Se replacer sous la protection de la Constitution est la première urgence; cela le rapprochera du législatif, du Congrès, et du judiciaire, de la Cour Suprême. Cela le protégera contre les médias.

Trump doit reprendre en mains sa relation avec les citoyens américains, et cela n’a rien à voir avec se renier, non.  Il peut conserver les mêmes objectifs, mais  avec une gouvernance plus acceptable, plus propre, moins insultante pour ceux qui n’ont pas voté pour lui.

Il est craint par certains, méprisé par d’autres, il lui faut remonter au combat, au combat contre lui-même, contre la facilité, contre la tentation de se venger.

Il faut qu’au  lieu  d’être craint ou méprisé, il suscite lui-même le respect.

Bruno Bertez, 15.2.2017

Cinq  réactions caractéristiques:

 

 

  • Posté par Cathy le 16 février 2017 à 09h33

    Une bonne leçon d’humilité non seulement pour des hommes et femmes politiques. Je le prend aussi volontiers, bien sûr pour des combats beaucoup moins importants… On ne peut pas lutter pour une juste cause avec des mauvais moyens. Un article très utile pour sortir du marasme de lutte pour le pouvoir et non pour la société.

  • Posté par Jim Jardashian le 15 février 2017 à 23h44

    C’est quoi ce truc, un prêche de pasteur?

 

 

  • Posté par Vostrikoff le 15 février 2017 à 20h50

    Ce texte de Bruno Bertez devrait figurer dans les annales tant il est passionnant à de multiples niveaux : politique, psychologique et humain. C’est un fait d’une rare originalité que ce President atypique qui est à la fois génial, vieux et immature. Bruno Bertez, le décrit admirablement avec une objectivité éclairée par la bienveillance. Je me reconnais dans cet homme politique; l’un des plus puissant de la planète. Nous nous reconnaissons tous en lui au moins à un moment de notre vie…jamais un texte évoquants un sujet politique n’aura été aussi émouvant. Mr le President Donald Trump devrait lire ce texte cela ne saurait-être que bénéfique pour lui. Une question reste ouverte : Donald Trump arrivera T-il à grandir avec sa fonction. Si oui, il sera un grand chef d’état. Je l’espère pour lui et les États Unis…Que Dieu lui vienne en aide

  • Posté par JeanDa le 15 février 2017 à 20h46

    « [… ] moins insultante pour ceux qui n’ont pas voté pour lui »
    Ah ah. Parce que l’opposition dit quelque chose à part des insultes ?
    Je pense qu’il ne doit pas perdre le percutant de ses arguments et de sa manière de les exprimer. D’ailleurs, il recueille de plus en plus de succès dans la population. Il y en a marre du politiquement correct, de la langue de salons et du langage de cons. Evidemment, on ne fais pas d’omelettes sans casser des œufs, et le peuple américain (et moi avec lui) veut des omelettes.
    C’est pour le dire « vrai » et le vivre qu’il a été élu, il n’a aucune raison d’éviter de choquer ses adversaires. La gauche n’aime pas ? Normal, je n’aime pas non plus la gauche qui nous a trop longtemps mené en bateau pour que l’on soit poli avec eux.

  • Posté par Ernest le 15 février 2017 à 20h37

    Ou l’arrogance éhontée d’un scribouillard prétendant donner des leçons à un homme dont il n’est même pas digne de cirer les chaussures.
    Quelle honte!

 

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