Editorial: Le monde s’éveille peu à peu, lentement, à l’idée de l’échec des Banques Centrales

De la surface des nouvelles aux mystères de la prise de conscience

Les théories modernes se focalisent sur l’immédiat, sur les effets de nouvellles, sur l’information, sur la communication. Elles glissent sur les signes ou les images sans pénétrer dans l’épaisseur du Réel. Elles ne sont utiles que dans une optique de très court terme. Au dela ce sont des phénomènes complexes qui entrent en jeu, et qui se composent, s’articulent, se combinent; agissent, réagissent  et interagissent .

Nous considérons que le phénomène le plus important de la connaissance, la prise de conscience n’est quasi jamais abordé.

La prise de conscience est un processus mal connu de  maturation lente, très étalée qui fait que peu à peu les choses , les situations apparaissent non plus pour ce qu’elles paraissent, mais pour ce qu’elles sont. Le temps de la prise de conscience est lent, c’est un temps dit » logique ». Dans le cas qui nous occupe, qui tourne autour des marchés, la prise de conscience majeure a eu lieu en 2014, quand on a parlé du Taper chez les élites, puis seconde étape en 2015 lors de l’éclatement de la bulle chinoise et enfin en février 2016. Pour comprendre comment fonctionne le phénomène il faudrait beaucoup de travaux, ils n’ont jamais été entrepris parce que ce qui intéresse les élites c’est la Com, les effets de nouvelles.  On a bati toute une théoriede l’efficacité des marchés à parti de ce concept de “nouvelles”. La gigantesque faillite des théories de l’efficacité en 2008 aurait pu remettre en question la pensée dominante, en particulier celle qui repose “les anticipations rationnelles”. Cela ne s’est pas fait car le temps n’était pas encore venu, les dégats paraissaient encore réparables. Mais quand Greenspan évoque la nécessité de mieux connaitre, d’étudier et de modéliser les « animal spirits », il brule, il n’est pas loin de la vérite. Greenspan a été a deux doigts de comprendre quelque chose! La prise de conscience est une rupture et non pas le prolongement, l’extrapolation linéaire du continu de l’information. Bernanke et Yellen eux, ont régressé, ils s’en sont éloignés avec leur théorie de la transparence et des guidances.

Les élites , façonnées par le quantitatif, les mathématiques, se sont fourvoyées. Il faudrait qu’elles s’intéressent au sens des choses or elles s’en fichent: elles sont ralliées au modèle GOOGLE qui croit pour les besoins de son commerce  qu’il n’y a de sens qu’horizontal , c’est à dire des combinaisons de mots. Or l’humain c’est à la fois le présent, c’est à dire l’horizontalité et la mémoire, la passé, l’histoire, les empreintes mnésiques, la verticalité. L’humain, ce n’est pas seulement le signe, mais aussi “l’effet que cela fait”. Le fondement philosophique si on peut dire de GOOGLE, lequel est en réalité négation de la philosophie, le fondement de GOOGLE, c’est la répétition, l’accumulation du même .  C’est un monde de mêmitude. La doctrine GOOGLE, c’est celle de l’humain à deux dimensions donc qui évacue le sens et ne conserve que l’information, alors que la vie, l’histoire, c’est l’humain à trois dimensions, la troisième étant celle qui introduit le sens, la verticalité.

Dans le cas de crise, il faut longtemps pour que les éléments constitutifs soient connus, révélés, car dans les crises comme dans les guerres on cache tout. Puis au fil du temps les fait sont connus, les gens parlent, écrivent leurs mémoires, alors la prise de conscience gagne lentement. Les faits sont non seulement connus, cos-sus mais  inter-prétés et  mis en ordre de façon à devenir com-préhensibles. Ensuite il leur faut franchir l’épaisseur du crâne humain, la barrière du déni,  les résistances des intérets acquis et des biais de la névrose sociale , mais finalement ils viennent au jour. Et alors tout change, mais brutalement, en rupture .

La prise de conscience est une taupe, elle creuse, elle mine et un jour tout s’effondre.  C’est ainsi que les marchés fonctionnent, vous vous en apercevrez au fil du temps. Une crise boursière c’est une rupture due à une prise de conscience brutale.  Et c’est pour cela que souvent, on fait appel à un mystère pour l’expliquer, le fameux catalyseur. La goutte d’eau qui fait déborder le vase, le fétu de paille qui brise le dos du chameau et autres images du sens commun.

Ici, ce qui émerge peu à peu c’est l’idée de l’échec irrémédiable des banquiers centraux et de leurs théories. Jamais ils ne la formulent cette idée , mais on peut la reconstituer au travers leurs colloques privés, leurs vibrionnages, leurs dégagements en touche vers les gouvernements. On peut la reconstituer, dans “la nouvelle doctrine de la croissance séculaire durablement ralentie”. Cette doctrine, dont ils ne parlent qu’entre eux, repose sur l’idée que les banquiers centraux ne peuvent rien faire de plus, ils ont fait ce qu’ils pouvaient pour stimuler la demande par les outils monétaires, et ces outils se sont avérés incapables de remettre le système en ordre de marche; ils en tirent la fausse conclusion que du coté de la demande, tout est épuisé et que c’est du côté de l ‘offre que se situe le problème. Ils ne veulent et ne peuvent admettre qu’ils se sont trompés et que la “monnaie”, les digits, qu’ils ont manipulés, printés n’ont jamais été de la vraie monnaie et qu’ils ne comprennent plus ce qu’est la monnaie dans le monde moderne. Donc ils sont en situation d’échec, mais ils ne l’évoquent  pas car ils ont peur pour leur statut. L’échec est le point de fuite, la réalité cachée derrière le rideau  qui ordonne tout ce que vous voyez et entendez depuis 18 mois ou 2 ans. Jamais les gouvernements ne le disent , n’en débattent  eux aussi car ils sont lâches, ils préfèrent enfouir leur tête dans le sable. Rendez vous compte de puis 2008 ils n’ont rien fait d’autre que mentir en se reposant sur les banques centrales!

Mais les conséquences sont là avec la chute de la croissance, l’affaissement des échanges mondiaux, l’instabilité aggravée. La croissance est comme l’huile qui permet aux engrenages sociaux de tourner sans gripper, mais c’est aussi ce qui empêche la bicyclette de perdre l’équilibre.  Maintenant tout le monde reconnait, voit les symptômes économiques, financiers, monétaires, politiques, sociaux et peu à peu on comprend que seule une hypothèse donne son sens a tout cela, permet de le comprendre, c’est l’hypothèse de l’échec des banques centrales .

La prise de conscience de cette réalité va dominer toutes les prochaines années.

 

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