Bayrou, le rattrapage d’une carrière calamiteuse.

Emmanuel Macron a accepté mercredi l’offre d’alliance de  François Bayrou. Bayrou représente entre 4 et 5% dans les sondages.

Le dirigeant centriste, qui a été trois fois candidat à l’Elysée sans franchir le premier tour et n’a eu de cesse depuis 1995 de tenter de peser sur les présidentielles successives pour masquer l’échec de ses analyses. Il cherche à se présenter comme l’appoint, le marginal qui peut faire basculer les résultats et ainsi maximiser le rendement personnel de ses 5%.

Lors d’une conférence de presse au siège du MoDem, il a invoqué la menace de l’extrême droite,  mais il a aussi mis en exergue les soupçons de privilèges indus pesant sur  Fillon, et le désarroi d’un parti socialiste représenté par « un opposant déterminé » au gouvernement de gauche sortant, Hamon.

« Nous sommes dans une situation d’extrême risque et, à cette situation exceptionnelle, je pense qu’il faut une réponse exceptionnelle « , a-t-il déclaré. Il a ainsi utilisé la technique de l’évidence verbale, chère aux communicants. Vous noterez le mot « extrême »!

La logique de cette déclaration n’est pas évidente, mais personne ne lui fait remarquer: Marine à ce stade n’a aucune chance au second tour.  « J’ai décidé de faire à Emmanuel Macron une offre d’alliance », a-t-il ajouté;  « Le danger est trop grand, il faut changer les choses et le faire d’urgence.Et maintenant le mot « urgence ».

Le mariage pour eux, …

Unissons nos forces pour y parvenir. »A ce stade personne ne peut affirmer que 19 de Macron plus 5 de Bayrou égale 24, car l’électorat de Bayrou, traditionnellement se partage. D’autant que nous sommes dans une guerre de mouvement: Fillon adoucit beaucoup son programme et se Juppéise, Bayrou était un soutien de Juppé.

Il a assorti cette offre d' »exigences » pour assurer une « véritable alternance » et un « vrai changement des pratiques », dont une loi de moralisation de la vie publique et d’un appel implicite, bien sur ,  à un mode de scrutin à la proportionnelle. En clair c’est le chantage habituel des groupuscules; « si vous nous promettez la proportionnelle qui fera de nous des politiciens professionnels à plein temps en CDI, et qui sera notre bouée de sauvetage , alors je fait voter pour vous ». La chanson est connue.

Il a également souhaité « qu’il soit clair que la France résistera à la pente universelle qui cherche à réduire sans cesse la rémunération du travail, indépendant ou salarié ». Cela ce n’est pas très Macronien! Tout chez Macron vise à remonter le taux de profit des Très Grandes Entreprises Mondialisées, la fameuse compétitivité,  donc à hausser le taux d’exploitation de la main d’oeuvre.

Peu après, Emmanuel Macron saluait dans une déclaration à Reuters un « geste courageux » et un « tournant de la campagne présidentielle », voire de la vie politique en France. « L’alliance proposée(…) s’inscrit pleinement dans la démarche de renouvellement et de rassemblement qui depuis le début est la nôtre », a-t-il dit. « C’est pourquoi je l’accepte. »

Macron a raison, c’est une ébauche de recomposition, mais une ébauche seulement car la vraie recomposition serait la cassure des LR, l’ancienne UMP,  dont une partie tomberait au centre europeiste/mondialiste  et l’autre tomberait du côté d’une droite plus conservatrice, voire plus identitaire.

Une vraie recomposition serait celle qui ferait passer la ligne de partage politique là ou elle doit passer et non plus dans les vieux champs stériles du droite/gauche politique. La ligne de partage et donc la ligne de recomposition est entre les partisans de l’intégration mondiale à tout prix, du moment que ce prix est payé par les autres, et précisément « les autres », ceux qui paient et qui sont déclassés. La ligne de partage, elle est entre la priorité à l’économie et à l’économisme et la priorité aux  gens, à leur identité, à leur demande d’appartenance, leur besoin de repères. La ligne de partage est entre le hors-sol et l’enracinement etc.

Il y a mille moyens de formuler et d’exprimer cette ligne de partage, mais visiblement  aucune  n’a traversé le crane des grands esprits en  lice, sauf celui de Marine. Et c’est pour cela que même dans sa probable défaite (ceci n’est pas un pronostic) , Marine finalement aura gagné car aucun des candidats n’ayant répondu aux attentes, aucun n’aura de légitimité, il sera « hollandisé », sans majuscule en plus,  très rapidement, impuissant et rejeté au bout de quelques mois.

Revenons à nos nouveaux duettistes. Macron a dit faire siennes les exigences de François Bayrou pour sceller cette alliance et précisé qu’il le rencontrerait jeudi.  Cette double annonce avait été préparée par une rencontre des deux hommes la semaine dernière chez le président du MoDem, a précisé le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb.

En fait nous sommes dans une sorte de résurgence du courant centriste de Raymond Barre, l’intelligence et la carrure  en moins!  « Ils avaient décidé, je crois dès ce moment-là, de faire alliance ensemble », a déclaré à des journalistes Collomb,  soutien de la première heure du candidat d' »En Marche ! ».

Celui-ci  n’a eu depuis de cesse de dénoncer la « brutalité » du projet de l’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy et a rejoint le choeur des demandes de retrait de François Fillon, gêné par des révélations d’officines sur des accusations  d’emplois fictifs au profit de sa famille.

François Bayrou n’avait  pas pour autant été tendre, au début, pour Emmanuel Macron, dont il partage certes les convictions européennes et la volonté de casser le clivage droite-gauche. »Ça ne marchera pas, parce que les Français vont voir ce que cette démarche signifie, ce qu’il y a derrière tout ça, derrière cet hologramme », disait-il ainsi en septembre, accusant Emmanuel Macron d’être le candidat de « grands intérêts financiers ». Il a ensuite réservé ce type d’attaque à François Fillon, accusé d’être sous l’influence « des puissances d’argent ».

Mercredi, François Bayrou n’a pas tari d’éloges à l’égard de l’ex-banquier : il « est brillant, ses intuitions et son approche lui ont permis de réaliser une importante percée dans les sondages. Peut-être enfin le projet de dépassement des clivages que j’ai porté depuis 15 ans est-il à portée de main ». Un moyen de se légitimer et de faire oublier son échec.

En Prime

Il y a encore quelques mois, en septembre dernier, François Bayrou était très virulent à l’égard d’Emmanuel Macron:

Je ne me reconnais pas dans ce que Macron incarne

Dans un tweet daté du 6 septembre 2016, le maire de Pau dénonce “les grands intérêts financiers incompatibles avec l’impartialité exigée par la fonction politique” qui se cacheraient derrière le candidat sans programme.

Le 21 septembre 2016, il accusait Emmanuel Macron d’être “le principal responsable de la politique économique de François Hollande depuis quatre ans”, “Pour quel résultat ?”, ajoutait-il ironiquement.

Sur France Inter, toujours en septembre 2016, François Bayrou était claire et sans équivoque : “Je ne me reconnais pas dans ce que Macron incarne”.

En Prime

Dernier sondage Opinionway du 20 au 22 fevrier

Les intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle pour les trois premiers candidats sont stables, avec Marine Le Pen à 26%, Emmanuel Macron à 22% et François Fillon à 21%, selon le sondage quotidien Opinionway-Orpi pour Les Echos et Radio classique publié jeudi.

Arrivent ensuite le socialiste Benoît Hamon (13%, -1 point) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, 11%, stable).

Au second tour, Emmanuel Macron (En marche !) battrait Marine Le Pen (Front national) par 60%-40% et François Fillon la battrait par 58% contre 42%.

Le sondage a été réalisé du 20 au 22 février auprès d’un échantillon de 1.615 personnes inscrites sur les listes électorales issu d’un échantillon de 1.660 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s