Ceci est un avertissement que nous jugeons opportun de rappeler régulièrement.
Lorsque nous parlons de marchés, nous alternons les points de vue .
Nous passons d’un point de vue de trading, c’est à dire de spéculation courte à un point de vue de placement, d’investissement long, patrimonial, générationnel, familial.
Dans le cas du trading on peut simplifier grossièrement en disant que l’objectif est d’aider à la prise de décision spéculative, en prédateur; il s’agit en quelque sorte de deviner dans un avenir et des marchés incertains si les cours vont monter ou baisser.
Nous insistons très souvent pour dire que les marchés montent ou baissent dans le court terme en fonction de l’appétit des joueurs pour le risque, ou le goût du jeu. La question des valorisations, la question du prix que l’on paie dans le jeu est secondaire. Plus le goût du jeu est fort, plus le prix des billets de loterie est élevé, c’est aussi simple que cela. Et à la limite, plus le prix est élevé, plus on est attiré! Et la hausse appelle la hausse car, comme à la TV le fait de montrer les gagnants excite les envies et incite les autres à participer au tirage de la loterie.
Et il faut surveiller cet appétit pour le jeu, les tendances des cours, les volumes, le momentum, la participation des joueurs au tirage, la généralisation , l’extension des mouvements, le leadership, etc. Plus l’appétit est élevé et plus la classe de joueurs achète indifféremment, sans discernement. Et on peut dire que souvent, c’est le plus marginal, la plus mauvaise qualité, le rebut qui « galope » le mieux.
Dans le cas du placement familial, générationnel, des retraites, de la prévoyance, il faut changer de point de vue. Et j’avoue que pour réussir ce changement de point de vue, il faut une grande force de caractère car les « animal spirits » sont là pour vous aveugler et vous faire faire n’importe quoi. N’oubliez jamais le principe rappelé par Adam Smith: tout joueur a tendance à s’éxagérer ses chances de gagner au jeu.
Au lieu de s’interroger sur le court terme pour deviner si les cours vont monter ou baisser, il faut prendre une optique de prix: est-ce que le prix qui est actuellement pratiqué me permet d ‘envisager un rendement satisfaisant de mon placement à l’horizon qui est le mien? Est ce que je surpaie le flux de dividendes ou d’intérêts que je vais toucher?
Dans l’optique d’un placement générationnel, il faut considérer toute la période, c’est à dire qu’il faut considérer que ce qui compte, c’est ce que je vais toucher (moi ou ma famille) pendant toute la durée du placement, augmenté du prix final qui est soit un remboursement (obligation) ou une revente (action ou immobilier) . J’ai tendance, d’expérience, à considérer que le placement doit être analysé sur une période de 12 ans, ce qui correspond à un cycle financier complet, plus ou moins, bien sur.
Si vous achetez un appartement pour votre retraite considérant que vous avez besoin de 10 000 euros ou francs suisses de revenu, vous comprenez aisément que l’intérêt d’un achat de bien dépend essentiellement du prix auquel vous allez pouvoir l’acquérir , c’est à dire du capital que vous allez devoir investir pour obtenir ce revenu de 10 000 euros ou francs suisses .
Si vous payez 100 000 euros ou francs suisses vous faites une très bonne affaire et il faut réaliser l’opération. Si vous payez 200 000 euros ou francs suisses , c’est une affaire raisonnable. Si vous payez 400 000 euros ou francs suisses, c’est une imbécillité.
Les gens comprennent bien cette approche s’agissant de l’immobilier car ils raisonnent « long ». En revanche ils ont tendance à l’oublier s’agissant des valeurs mobilières car les cours fluctuant quotidiennement, ils sont tendance non pas à se poser la questions de l’intérêt sur la durée du placement, mais simplement en fonction des cours du lendemain ou des jours suivants.
Le fait que les cotations soient quotidiennes renforce l’attrait/servitude du jeu. Même si on n’est pas spéculateur on a tendance à regarder les cours et à se désoler quand cela monte et que l’on ne participe pas, ou quand cela baisse et que l’on voit que l’on aurait pu acheter moins cher.
Le véritable placement familial ou générationnel est une question en grande partie de force de caractère: il faut résister aux tentations le plus souvent. Et au baratin des banquiers toujours.
Ma position est simple, claire mais comme elle est étalée dans le temps, puisque j’écris régulièrement, il faut la synthétiser de temps à autres.
Speculation: nous sommes, pour nous , dans une phase finale, ce que l’on appelle le « blow off ». On crée de la monnaie dans le monde global depuis 2008/2009, les quantités sont colossales et en même temps on a mis quasi tous les rendements à zéro. Plus rien ne rapporte rien. Ceci provoque un mouvement quasi continu d’achat, de « search for yield », d’échange de monnaie qui ne rapporte rien, contre des actifs qui, eux rapportent encore un peu.
Donc la base du raisonnement et du mouvement de hausse c’est: l’échange « monnaie » contre « actifs ».
L’amélioration de la conjoncture économique mondiale est indéniable, la reprise des cours du pétrole et des matières premières, le redressement de l’inflation, tout cela modifie les anticipations de création de monnaie et de taux. On prévoit que l’on va rentrer dans une phase dite de « normalisation ». Personne ne peut dire si cette phase va bien se passer ou non, même si il faut reconnaître que les banques centrales connaissent le problème et vont essayer comme on dit de faire « atterrir en douceur ».
Donc nous sommes en apparence, mais en apparence seulement, dans le meilleur des mondes; beaucoup de cash, reprise économique et inflation: conjonction heureuse. Mais comme la santé, c’est un état précaire, transitoire.
Mais cette phase prélude à un resserrement monétaire qui conduit à prendre en compte un risque fortement accru. Le risque de liquidité et de manque de liquidités. Le jeu est risqué, très risqué, mais en tant que phase finale, il peut être très rémunérateur pour ceux qui auront la chance de trouver la porte de sortie avant les autres. Les autres doivent savoir qu’ils ont beaucoup de « chance » de perdre 40% à 50% de leur position spéculative dans une optique de moyen terme. En ce moment ce sont les gogos, le public qui achètent, en particulier aux USA; c’est à dire ceux qui ont le moins de capacité à faire face aux pertes.
Placement: Tout est trop cher. Les critères des journaux, des banquiers et autres « conseils » sont des critères « bidons », commerciaux, élaborées et utilisés pour faire vendre, ou plutôt pour faire acheter par la clientèle des produits financiers surévalués de 40 à 50%. L’investissement, le placement sont devenu une profession. Un commerce.
Seuls comptent dans une optique de placement, les critères historiques, moyennés, corrigés, lissés, pour tenir compte du fait que l’on est dans une période historique anormale, post-crise.
Pour investir et placer à 12 ans il faut considérer que dans 12 ans tout sera redevenu comme avant, comme on l’a constaté sur le long terme, par exemple après les guerres. La situation présente offre beaucoup d’analogies avec les situations de guerre et post-guerre. Pourquoi? Tout simplement parce que comme lors des guerres, on a du mener des politiques exceptionnelles. Des politiques de répression financère. Tout simplement par ce que les lois de l’économie et de la finance sont ce qu’elles sont et qu’on ne peut extrapoler la présente situation sans arriver à l’absurde; si on reste dans ces situations, tous nos systèmes sociaux sautent! Plus de retraites, plus de protections sociales , dettes colossales etc.
Sur la base des valorisations actuelles des actifs financiers, tout est trop cher; sur la base de nos hypothèses, aucun actif ne produira un rendement réel, hors inflation, tout compris, dividendes et intérêts réinvestis, positif. Tout sera perdant en réel et tout compris! Ce qui signifie qu’à un moment donné, le risque est grand pour que l’on assiste à une forte correction du prix des actifs, à une destruction, à une lessive. La non rentabilité sur 12 ans , implique avec certitude une forte chute intercalaire.
Aurez vous le courage de résister à la panique lorsqu’elle arrivera? En tant que classe, en tant que classe des épargnants particuliers la réponse est non. C’est une certitude, pas une probabilité.
Encore un très bon article: merci de répéter vos avertissements.
Je suis toujours confus avec cette décorrélation monde de la finance / monde réel. Tout le monde s’accorde à dire qu’il y a eu création monétaire hors normes, dans de fabuleuses proportions, mais cet argent créé n’a pas inondé le monde réel: se retrouve surtout dans le prix des actifs financiers (actions). Le prix des actifs réels / biens tangibles (ex: immobilier, or, argent …) n’ont pas explosés. On entends de temps à autre que les prix de l’immobilier sont soutenus par les taux bas (effet billard, ce n’était pas l’objectif principal des taux bas), que le prix des terres agricoles montent à cause des investissements chinois (à la recherche d’actifs tangibles), que si les cours de l’or et l’argent restent si bas (ie. n’ont pas explosé à cause flot de monnaie gratuite), c’est qu’ils sont manipulés (or-papier, vente des réserves d’or de plusieurs banques centrales pour couvrir le marché, tentative de diminuer la demande indienne …).
Je crois comprendre votre avertissement: en mes termes profanes, les prix des actions sont surévalués par rapports aux bénéfices des entreprises; pour que sur le long terme elles puissent assurer des rendements corrects post-normalisation des taux & fin des QE, il faudra que les prix des actifs financiers baissent.
Mais quid des actifs réels qui peuvent aussi produire des rendements (immobilier). La remontée des taux fera probablement baisser le prix de l’immobilier, contribuant à lui redonner une rentabilité similaire à celles des actifs financiers (type obligations / assurance vie pépère). Bref, pour le coup, une remontée des taux (normalisation des taux) entraînera une baisse de la bourse (suite à la fin de l’easy money) entraînant dans leurs sillages une baisse des prix des biens immobiliers (prêts plus chers -> baisse des prix, et possibilité d’arbitrer entre immobilier de rendement et obligations par exemple). Bref, pour l’heure par effet de bande, l’immobilier est un peu surévalué.
L’or est certes sous-evalué par rapport à son rôle de couverture du risque aujourd’hui, mais demain dans le monde post-normalisation, quid ? … Sans manipulation aucune, l’once serait peut être aujourd’hui à 2500$ (2x son cours actuel) mais post-normalisation, ne retomberait-elle pas à des niveaux tout à fait similaire à ceux d’aujourd’hui ? (plus besoin de se couvrir).
Nous allons vers des zones de turbulences, de grands changements, mais bien malin celui qui saura en profiter … et pour l’homme lambda que je suis qui ne peux parier sur 1000 possibilités / se diversifier, que faire … rester tout liquide ?
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Vous raisonnez bien.
Je ne peux répndre trop longuement , je traite de ces sujets à longueur d’année.
Votre remarque sur l’immobilier attire mon attention.
l’immobilier est partiellement corrélé aux taux c’est incontestable puisqu’il y a un immobilier de rendement locatif qui sert de diversification dans les placements. mais l’immobilier, comme les matières premières est à la fois bien réel et bien financier. Donc il est a l’intersection des deux sphères, la Réelle et la Financière.
L’immobilier sur le long terme est indexé sur les revenus, les salaires, le cout de la construction etc, tout cela est réel.
la réconciliation se fera par convergence des prix des actifs financiers avec les prix du secteur réel, ce qui peut se faire soit par déflation du prix des actifs, soit par inflation des prix du réel.
Et bien entendu toutes les combinaisons sont possibles.
Merci de votre intérêt.
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