Bientôt l’épreuve de réalité? Peut-être! Survol 2009/2017

Bien peu de gens ont la mémoire des évènements, la mémoire des marchés et encore moins celle des fluctuations de ce que l’on appelle le sentiment, les animal spirits.

Qui connaît la séquence des hésitations qui se sont succédé depuis la première fois ou Bernanke a suggéré timidement et pour une élite restreinte la possibilité d’un Taper, c’est à dire d’une réduction des stimulations monétaires? Bien peu. Qui a suivi pas à pas les échecs de normalisation, la crise chinoise de 2015, la catastrophe du début 2016 qui a précipité le consensus de Shanghai et un nouveau round de coûte que coûte? Quasi personne parmi les commentateurs: ils glissent à la surface des choses, incapables de saisir la continuité qui se développe, se complexifie, mais conserve les mêmes lignes de force.

Nous sommes dans la continuité de ce qui s’est passé en 2008 et 2009.

Hier c’était d’ailleurs l’anniversaire du Bull market boursier qui a commencé le 9 mars 2009 grâce, bien peu le savent, grâce à l’abandon des normes comptables FASB qui garantissaient la sincérité des bilans des banques. C’est quand le Congrès américain  a exigé que l’on suspende les règles comptables appliquées aux banques que le marché a changé de tendance: le 9Mars.

Nous sommes entrés le 9 mars, dans un monde de fantaisie, un imaginaire, les comptes des banques ont perdu le lien avec la réalité et les marchés qui la reflètent, les comptes des banques ont été « mark to fantasy ». Nous sommes entrés de plein pied dans un système de coûte que coûte, comme dans les périodes de guerre: tout est permis et la première victime d ‘une guerre, cela finit par se savoir , c’est la Vérité.

Ce monde imaginaire, de fantaisie il a fallu le soutenir, le faire léviter afin qu’il ne sombre pas sous le poids des dettes, afin qu’il échappe aux lois de la gravitation. Il a fallu par conséquence injecter de l’air chaud, de la monnaie, du crédit afin de maintenir en vie les zombies bancaires, puis il a fallu déboucher les canalisations financières  colmatées, puis il a fallu tenter de relancer l’activité économique et même la croissance. Bref il a fallu tenter de relancer la bicyclette et lui faire prendre de la vitesse. Jamais on n’a essayé de guérir le mal ou même de le diagnostiquer. On a voulu prolonger, forcer les limites.

Tout cela a été tenté avec la pompe monétaire, la pompe à air chaud pour faire se soulever le ballon dirigeable dans les airs.

On a essayé de faire jouer ce que l’on appelle la transmission de la politique monétaire, c’est à dire le mécanisme par lequel la création de monnaie de base, de réserves bancaires,  se transforme en crédit, et puis ce  crédit se transforme en revenus et ces revenus se transforment en GDP. Les résultats ont été mitigés. Pour les banquiers centraux et leur groupies ils ont été rééls mais faibles, pour les sceptiques comme nous, ils sont été nuls. Nous soutenons en effet que si les stimulations monétaires post-crise financière n’avaient pas été pratiquées, la reprise spontanée, après un creux aurait été plus forte. Mais peu importe, nous ne saurons jamais avec certitude même si les travaux les plus sérieux vont dans notre sens. Toujours est il que la reprise économique malgré des mesures non conventionnelles colossales a été très faible; et surtout que l’investissement n’est pas reparti. Tout comme la productivité. Ce qui a donné naissance ou plutôt résurgence à une théorie malthusienne qui avait déjà été lancée dans les même circonstances de stagnation, vers 1937: la théorie de la croissance longue durablement ralentie. Son principal tenant actuel étant le keynésien Summers.

Ayant échoué, les banquiers centraux sont heureux  de se  rallier à une thèse qui les  exonère de leur responsabilité dans l’échec, ils sont contents de dire que votre fille est muette parce qu’elle ne parle pas. Si le potentiel des économies est durablement obéré, alors il faut se contenter de ce que l’on a et nos apprentis sorciers en tirent des conséquences incroyables; le potentiel est faible, donc les marges disponibles sont elles aussi faibles et le plafond de ce que l’on peut espérer est bas. Ils introduisent dans cette « ragougnasse » intellectuelle  une baguette magique sortie de leur besace de trucs et farces et attrapes , le taux d’intérêt naturel , ils mélangent le tout et pour finir il nous sortent de leur chapeau le lapin : il faut dès maintenant tenter de normaliser, stopper les stimulations, il faut réduire le débit du robinet qui délivre l’air chaud, il faut baisser la température du brûleur.

On admirera la mauvaise foi concentrée dans la séquence: on a échoué, la croissance ne repart pas , les investissements et la productivité non plus, alors on décrète que c’est parce que c’est impossible et on dit qu’il faut quand même reduire les stimulations. Personne ne se pose la question de savoir si on a bien fait ce qu’il fallait, si on a choisi les bons remèdes. Bien entendu tout cela c’est de la poudre aux yeux, si il faut réduire les stimulations,  c’est parce que l’on a peur pour ce que l’on appelle la stabilité financière, on a peur que les excès boursiers éclatent à la figure et on a peur de se retrouver à la case départ de  2008. C’est ce que l’on appelle une construction parallèle: pour arriver à un but, lorsque l’on ne peut avouer le chemin que l’on a suivi on en invente un autre acceptable! Il faut réduire les stimulations pour éviter l’aggravation des risques financiers, il faut donc dire que continuer serait dangereux car les économies sont à leur potentiel, un potentiel que l’on a sorti d’un chapeau bien entendu et que peut être d’ailleurs Trump va pulvériser, d’ailleurs il s’y attaque.

Nous stoppons notre survol pour en venir à une idée simple, assimilable par tous, même les enfants: depuis 2009 le système mondial est en équilibre artificiel: il tient  grâce à des béquilles monétaires. Voila ce qu’il faut retenir et pour que ce soit plus facile prenons une image: celle de l’enfant à qui on apprend à faire du vélo. Cet enfant on le tient d’abord, puis on lui met des petites roues qui lui donnent un équilibre artificiel, puis quand on voit qu’il commence à pouvoir tenter de se débrouiller seul alors on essaie  de lui ôter ses petites roues qui servent de stabilisateur.

Voila ou nous en sommes, les banquiers centraux, la Fed en premier, tentent d’envisager de retirer les petites roues stabilisatrices. Est-ce que les marchés, le crédit, les banques, puis les économies peuvent rouler sans l’aide de ces roues? C’est la question et personne ne peut y répondre. Pourquoi ? Parce que cela n’a jamais été pratiqué, parce que personne n’est sûr que l’on se trouve dans le continu, dans le linéaire, parce que les théories pour appréhender les phénomènes sont inexistantes ou fausses, parce que, parce que…

Yellen et ses collègues misent sur l’information, la transparence, le forward guiding; le pilotage. Ils se sont multipliés ces derniers jours pour bien faire entrer dans le crâne des marchés que la hausse des taux, la réduction la stimulation arrivaient. Leur pari est que ceci est anticipé, c’est à dire que les marchés en tiennent déjà compte et qu’il n’y aura aucun choc. C’est une théorie basée sur les perceptions: on peut tout faire, tout amortir, même les chocs du monde réel en manipulant les perceptions. On accoutume. C’est un pari intellectuel. Rien ne garantit l’équivalence des signes avec les perceptions  et ensuite l’équivalence des perceptions avec l’évolution future du réel. Il y a un « gap », une discontinuité. On change de registre. On a tout prévu à lueur  de ce que l’on connaît, mais la connaissance n’a pas été testée, elle a simplement été  simulée. La Fed va tenter son troisième pas de bébé, baby-step, elle va le faire,  protégée par la BCE et la BOJ lesquelles continuent de souffler de l’air chaud et maintiennent  la température mondiale.

Mais la prise de conscience se fait lentement. Lentement,  pour l’instant. On se fait à l’idée que les stimulations monétaires sont du passé et que  bientôt elles vont toutes disparaître. Sur les marchés de refinancement, les taux se tendent. On prend conscience. Nous entrons dans le mystère des réactions humaines, des convictions, des émotions . Ce qui devrait être, dans l’esprit des banquiers centraux, progressif, peut à la faveur de n’importe quel évènement devenir brutal. Le contexte d’une décision est en fait aussi important que la décision elle même. On peut d’un seul coup sortir du monde d’illusions et se réveiller, personne ne sait.  Le futur peut devenir actuel dans l’esprit des gens, il peut devenir présent avant même d’avoir commencé.

L’enfant sur le vélo peut avoir peur qu’on lui retire ses petites roues avant même que l’on ait dévissé les boulons.

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