Vous avez dit : « Populisme » ?

Vous avez dit : « Populisme » ?

Chronique de Thérèse-Isabelle Saulnier
vendredi 10 mars
Le populisme vu du Canada.

Il y aurait actuellement une montée du populisme en France avec Marine Le Pen, et bien entendu aux USA avec Donald Trump, et un peu partout dans le monde. Au Québec, voilà-ti pas que son incarnation est désormais en la personne de… Gabriel Nadeau-Dubois… !

« Populisme »… Que voilà un terme galvaudé à satiété depuis quelque temps, appliqué à presque tout un chacun et, quelle surprise (j’ironise, bien sûr), pratiquement jamais défini, au point qu’on se demande ce qui vaut à telle ou telle personne ce qualificatif méprisant, pour ne pas dire insultant et, à tout le moins, très péjoratif et dévalorisant, sans compter qu’il sert de fourre-tout politique.

Recherches faites sur la signification de ce mot, à l’origine, le populisme avait un sens très positif, je dirais même très démocratique :

En littérature : « École littéraire qui décrit avec réalisme, dans des romans, la vie des milieux populaires. »

En peinture et en cinéma : « Courant pictural et cinématographique qui s’attache à dépeindre la vie des milieux populaires. »

En histoire : « Mouvement politico-social (qui s’est formé en Russie dans les années 1860) qui voulait entraîner l’ensemble de la paysannerie, du peuple, dans la lutte contre le pouvoir tsariste. »

En politique : « Tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu’entité indifférenciée. » (réf pour ces 4 définitions : le site CNRTL)

La définition du site La Toupie : « En politique, le populisme désigne l’idéologie ou l’attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l’opposer à l’élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant « accaparé » le pouvoir… accusés de trahir égoïstement les intérêts du plus grand nombre. Pour les « populistes », la démocratie représentative fonctionne mal et ne tient pas ses promesses. Prônant une démocratie plus directe, ils ont donc pour objectif de « rendre le pouvoir au peuple ». Lorsqu’ils sont au pouvoir, les populistes peuvent remettre en question les formes habituelles de la démocratie au profit d’un autoritarisme s’appuyant sur des institutions censées être authentiquement au service du peuple. »

La définition du Grand Robert : « Importance donnée aux couches populaires de la société (en art, en politique, etc. »

Une définition un peu plus teintée, celle du site Liberpedia : « Le populisme est une accusation dont se servent les politiciens au pouvoir (et ceux qui les soutiennent) contre ceux qui leur reprochent de ne pas se servir de leur pouvoir dans l’intérêt du peuple. » Mieux encore, Éric Dupin écrit, dans son texte publié dans le site Slate et intitulé Populiste, une injure riche de sens, « Ce terme est devenu, dans l’espace public, une facilité de langage destinée à disqualifier tous ceux qui ont le malheur de bousculer, d’une manière ou d’une autre, les convenances établies. »

On pourrait donc dire que le populisme consiste à mettre la priorité sur « le monde ordinaire », bien souvent sans pouvoir et exploité par les « élites » tant politiques qu’économiques. Une bonne chose, non ? Et comme le signale à juste titre Éric Dupin, « Le sens commun du public retiendra surtout que ces derniers /les populistes/ aiment le peuple ou, à tout le moins, sont attentifs à ses humeurs », ce qui est déjà ça d’acquis. Je rajouterais : attentifs à ce qu’il pense et souhaite.

Mais voilà, ce qui est arrivé, c’est qu’on a complètement perdu de vue ce sens, qu’on l’a carrément dénaturé, qu’on en a fait une horreur servant à disqualifier ses opposants qu’on associe à des démagogues flattant les soi-disant « bas instincts » du peuple (entendez tout particulièrement le nationalisme et la « xénophobie »), peuple considéré comme dangereux, immature, ignare et irrationnel, d’où la nécessité de le contrôler.

Or le peuple n’est pas dupe et un tel mépris à son égard n’est certainement pas sans conséquences, conséquences de plus en plus visibles, et dangereuses. À force de se faire traiter de xénophobe, d’islamophobe, de raciste, d’identitaire frileux, même un peuple tolérant et ouvert en a ras-le-bol à un moment donné et s’insurge : ÇA VA FAIRE, LÀ-LÀ ! Nous ne sommes pas xénophobes, bien au contraire, nous accueillons même les immigrants et migrants à bras ouverts, mais nous voulons simplement que vous teniez compte de notre capacité d’accueil et d’intégration. Nous ne sommes pas islamophobes et encore moins anti-musulmans, mais islamistophobes, oui, car nous avons peur, à juste raison, de l’islamisme radical intégriste et politique. Nous ne sommes pas des identitaires « frileux », pas plus – et encore moins – que toutes les communautés qui s’affirment haut et fort, nous sommes tout simplement un peuple avec une histoire, une culture, des valeurs que nous tenons à faire respecter, point à la ligne. Et ainsi de suite pour toutes les injures qui pourraient nous êtres faites. Continuez vos accusations et vous verrez se multiplier des groupes comme « La meute ».

Décidément, on devrait redonner ses lettres de noblesse au mot « populiste » et qui s’en voit traité devrait répliquer : « Oui, je le suis, car je respecte le peuple et tient compte de ce qu’il souhaite de mieux pour lui ! »

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