A lire pour réflêchir avant les élections: une gauche collabo fait des musulmans un prolétariat de substitution

Pascal Bruckner : la notion d’islamophobie est une impostur

2017.01.26._Pascal_Bruckner_Fot_Mariusz_Kubik_01

Radio suisse romande, Haute définition, 12.03.2017.

Invité : l’écrivain et philosophe Pascal Bruckner.

http://www.rts.ch/play/radio/haute-definition/audio/haute-definition-lecrivain-et-philosophe-pascal-bruckner-denonce-la-notion-dislamophobie?id=8435979

Pourquoi toute critique de l’islam est-elle taxée de racisme ? Dans son dernier ouvrage, Un racisme imaginaire (éditions Grasset) , Pascal Bruckner dénonce la notion équivoque d’islamophobie : c’est une imposture.

Manuela Salvi : Vous fustigez tous ceux qui empêchent un débat libre et éclairé sur l’islam en France. La moindre critique, affirmez-vous, est taxée de racisme ou d’islamophobie. L’islam, les musulmans, étrangement, ce n’est pas un thème de la campagne présidentielle ?

Pascal Bruckner : Non. Pour l’instant, la campagne ne parle pas beaucoup de ce qui intéresse les Français, parce qu’elle est centrée sur les personnes. […]. J’avais dit que je voterais pour Valls aux primaires de la gauche, pour Fillon aux primaires de la droite. […] En tout cas, au second tour, je voterai pour celui qui s’opposera à Marine Le Pen.

MS : Vous êtes très sévère avec la gauche. Vos 250 pages sont une critique assez acerbe de l’angélisme et de la naïveté de la gauche.

PB : Oui. Même le parti socialiste a manifesté une étrange complaisance vis-à-vis de groupuscules néofascistes comme les Indigènes de la République, les Indivisibles, ou le très controversé et très suspect Comité contre l’islamophobie en France, qui est, aux dires du Canard Enchaîné, une officine salafiste ou du moins ne va pas dans le sens de la démocratie. Mais je suis surtout dur avec l’ultragauche, qui voit dans l’islam radical une sorte de néo-bolchévisme qui va lui permettre d’achever la révolution qu’elle a ratée invariablement depuis plus d’un siècle.

MS : On remplace la lutte de classes par une lutte de races ?

PB : Exactement, puisque critiquer [l’islam] devient un acte raciste. Voyez la législation que le Canada est en train d’essayer de faire passer [1, 2, 3], qui interdirait toute critique de l’islam, alors qu’on peut piétiner le judaïsme, le christianisme… Ce projet de loi et absolument fou et les Canadiens vont dans le mur s’ils la votent.

MS : L’ultragauche a fait des musulmans un prolétariat de substitution. Vous allez même plus loin, vous parlez de complicité idéologique

PB : Il y a toute une gauche collabo, c’est-à-dire qui préfère s’allier avec des gens éminemment suspects. Voyez l’affaire Mehdi Meklat [4, 5, 6, 7…], ce jeune blogueur du Bondy blog, qui a émis pendant 4 ou 5 ans des tweets antisémites, misogynes, homophobes, appelant au meurtre des dessinateurs de Charlie Hebdo, et qui a été accueilli à bras ouvertes par Mediapar[t], Le Monde, Libération… C’est à la fois une sorte de néo-paternaliste très condescendant, et peut-être, c’est là l’hypothèse la plus terrible, la joie de voir un jeune homme des banlieues dire tout haut ce qu’on pense tout bas. La parole raciste [antisémite] se libère, mais à travers un discours antiraciste [anti-islamophobe]. Quelques jours après le meurtre de Charlie [Hebdo], l’ultragauche et les organisation salafo-fréristes convoquent un grand meeting contre l’islamophobie, comme si c’était le sujet du jour, et des gens de la gauche respectable, comme Edgar Morin, Etienne Balibar, Edwy Plenel, expliquent qu’il ne faut pas blesser les musulmans dans leurs convictions.

MS : Mais les Français résistent. C’est même exemplaire. Après plusieurs attentats, les actes racistes sont en baisse.

PB : C’est le paradoxe. Après l’attentat de Charlie Hebdo, il y avait eu un pic d’actes antimusulmans, et c’est retombé en 2016, de près de 60%, alors même que les actes antichrétiens augmentent dans une proportion important, mais curieusement il n’ont pas droit au qualificatif de racistes. Il est normal de souiller des cimetières ou de mettre des inscription injurieuses dans les églises, mais si on le fait dans des mosquées on est immédiatement taxé de racisme.

Comme les actes antimusulmans baissent (parce que les Français se conduisent de façon relativement civilisée, même s’il y a probablement une colère très forte dans la population), on explique (c’est la stratégie du Comité contre l’islamophobie en France) que c’est l’Etat qui et raciste et qu’il faut abolir les deux lois de 2004 et de 2010, qui interdisent les signes religieux à l’école et le port de la burqa dans l’espace public.

Cette affirmation est assez cocasse, puisqu’il y a un pays qui vient d’interdire la burqa, et personne ne le sait, c’est le Maroc [8]. On ne peut pas dire que c’est un pays islamophobe : le roi est un descendant du Prophète, mais la burqa y est interdite de vente, de fabrication et de port.

MS : Comment expliquer le manque de soutien aux intellectuels [musulmans] qui prônent un islam des Lumières ? Notamment Kamel Daoud, qui a critiqué très sévèrement après l’affaire de Cologne, le viol des femmes, affirmant que l’islam avait un problème avec la sexualité : il a été ostracisé par certains intellectuels français.

PB : Effectivement, c’est l’énigme de ces féministes qui au lieu de défendre les femmes agressées ont défendu leurs agresseurs au nom de l’antiracisme. C’est absolument stupéfiant. Au nom de l’antiracisme, on finit par enfermer les gens dans des catégories et par justifier les choses plus moins recommandables. Il y a cette idée, pour certains intellectuels anglo-saxons, ou séduits par le modèle anglo-saxon, selon laquelle il faut maintenir les gens dans leur culture d’origine, parce que c’est ça qu’il est important de protéger, et la liberté de l’individu de sortir de sa minorité ou de sa communauté n’a pas beaucoup d’importance.

MS : La France a encore des comptes en suspens avec le colonialisme, la guerre d’Algérie ?

PB : Je ne crois pas. Je m’appuie sur ce que disent les intellectuels algériens eux-mêmes. Kamel Daoud a dit : laissons la colonisation aux historiens. Cela fait 60 ans. Ceux qui ont des comptes, c’est le gouvernement algérien, qui a besoin d’invoquer l’emprise française pour justifier sa corruption, ses malversations, le sous-développement du pays.

MS : Vous avez plaidé pour des excuses de la part de la France, mais aussi de l’Algérie, parce que la guerre de libération a aussi été fratricide.

PB : Nous aurions intérêt à mettre à plat toutes les horreurs commises de part et d’autre. Mais les Algériens ne voudront jamais. [… ici un passage sur Macron …]

MS : Vous qualifiez l’islamophobie d’imposture intellectuelle, d’escroquerie, que vous démontez dans votre livre. Mais pour lutter contre cette [notion d’]islamophobie, qui est un piège qui se referme sur les musulmans eux-mêmes, qu’est-ce qui est de notre ressort, en Occident ?

PB : D’abord, il nous appartient de rétablir le sens des mots, et de ne pas confondre la persécution des croyants, qui est un crime, avec la remise en cause des croyances, qui est un droit. On peut déjà aider les intellectuels dissidents de l’islam dans leur combat, on peut se montrer sans pitié vis-à-vis des fous de Dieu et de tous ceux qui se cachent derrière les organisations plus ou moins islamistes.

MS : Organisations qui vous ont d’ailleurs traîné en justice, parce que vous avez affirmé qu’il faudrait faire le procès des collabos de Charlie Hebdo…

PB : … collabos des assassins de Charlie Hebdo. Effectivement, j’ai dit qu’un certain nombre de gens étaient les complices idéologiques de assassins de Charlie Hebdo. J’ai gagné, maintenant ils vont en appel. Ce sont de bonnes nouvelles : les méchants reculent et les éclairés peuvent enfin s’exprimer. Nous, nous ne risquons pas grand-chose. Mais les intellectuels musulmans qui sont en Jordanie, au Liban, en Egypte ou au Maghreb, eux risquent leur vie. J’avais proposé il y a plus de dix ans un vaste mouvement musulman d’aide aux dissidents de l’islam, évidemment personne ne l’a fait parce que beaucoup de gens pensent que les dissidents de l’islam sont des traîtres à leur communauté.

MS : Vous en appelez à une discipline des mots : « C’est au niveau culturel que nous gagnerons la bataille. » Quel candidat à l’élection présidentielle est-il le mieux placé pour la gagner ?

PB : Fillon porte les couleurs d’une certaine laïcité. C’est ce que la France a apporté au monde, une certaine neutralité de l’espace public, et l’interdiction faite aux religions de posséder les consciences et de les influencer.

MS : Mais c’est au niveau culturel que se gagnera la bataille.

PB : Oui, dans les écoles, dans l’éducation. Evidemment, la police, les renseignements, l’armée sont très utiles. On le voit, la bataille contre Daech est en train d’être lentement gagnée. Mais même si Daech et Al-Qaïda sont peut-être un jour vaincus militairement, tout ne sera pas fini, car le vrai combat se situe au niveau d’une interprétation théologique nouvelle du Coran. C’est ce dont sont conscients les musulmans les plus éclairés. Pour cela, il faut encourager une approche plus critique et plus réflexive du texte sacré et non pas simplement une sorte de lecture littérale.

MS : Un racisme imaginaire : culpabilité et islamophobie, c’est le titre de votre livre, sorti il y a quelques semaines. Qu’espérez-vous avec ce livre-là ?

PB : J’espère crever l’abcès, ouvrir un débat et offrir au lecteur une boîte à outils pour démonter le chantage au « racisme contre l’islam ».

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