Editorial: Le choix. Synthèse à lire avant de voter .

Article Bertez du 17 avril 2017

Editorial : Le choix. Synthèse à lire avant de voter

Il ne reste plus que quelques jours avant le premier tour de scrutin des élections présidentielles. Les enquêtes et les sondages pointent en ce moment vers un scrutin serré. Ce n’est peut-être pas une image fidèle de la réalité, mais, en tout cas, c’est ce que suggèrent les études d’opinion et il faut bien faire avec. Il faut des bases pour pouvoir raisonner et sortir du règne de l’opinion non fondée.

Le premier constat est celui de la fluidité de l’électorat, de sa volatilité, de sa versatilité. Ceci prouve l’absence de consensus, l’absence de conviction, le doute et, d’une certaine façon, le manque de confiance. Si on peut changer aussi facilement de cheval dans la course, c’est parce qu’aucun n’est satisfaisant, n’est-ce pas? Exception faite pour Marine qui a son noyau dur de convaincus, mais tellement dur qu’elle ne parvient pas, ceci est la conséquence de cela, à l’élargir. L’image ancienne du Le Penisme est encore trop forte malgré la mutation engagée par Marine. Et puis, l’effort organisationnel a été trop faible, sinon négligé. Marine a échoué à imposer sa thématique « de référendum pour ou contre la mondialisation » faute de soutien dans les médias acquis à l’ouverture à tous vents.

Deux candidats seulement prendront part au second tour. Ils seront singulièrement faibles et affaiblis. Leur base sociale sera très limitée et leur cohérence programmatique sera mince. Quels que soient les sélectionnés et quel que soit le vainqueur final, nous affirmons qu’il n’aura qu’une popularité éphémère, une légitimité restreinte et, d’une façon générale, qu’il n’aura pas les moyens de gouverner.

Ce qui caractérise la situation politique occidentale, c’est l’éclatement, la dislocation.

Le fait que l’une des tendances l’emporte sur l’autre est et sera le fruit du hasard. Ce ne sera pas un choix. Ce sera par défaut et par erreur ou malentendu.

Les consensus ont été fracassés par la crise, par les politiques idiotes et scélérates mises en place par les élites, par les échecs des solutions monétaires, par l’austérité à contre-emploi, par… la liste est longue.

Ce ne sont plus seulement les résultats des consultations électorales qui sont instables, non, ce sont les organisations, les systèmes, les partis politiques, les superstructures, les idéologies, les principes.

Les dégâts sont profonds, conformément à ce que nous avons prédit en 2008: la crise va remonter ou plutôt s’approfondir, elle va exacerber tous les antagonismes et toutes les contradictions. On va passer d’une crise des produits financiers, à une crise des banques, à une crise de la finance, à une crise économique, à une crise sociale, à une crise politique, à une crise géopolitique, à une crise des institutions et, finalement, à une crise des idéologies, crise de la pensée: nous y sommes.

Les élites sont arque-boutées pour essayer de préserver leurs acquis, leur ordre ancien, leurs nouveaux privilèges de Pouvoir, enracinés dans le « deep state ». Leur seul projet est de préserver tout ce que  nous appelons leur (dés)ordre et surtout leur enrichissement incroyable et indu, produit par la mondialisation, l’européisation, la financiarisation, financés par une débauche de monnaie de crédit sans précédent.

Hélas pour elles, 9 ans après les premières manifestations de la crise, 9 ans après que l’on ait buté sur les limites, la croissance ne repart pas et les rouages qu’elles aimeraient préserver sont toujours privés d’huile. Il n’y a rien à moudre dans le moulin social.

Les candidats que l’on désigne comme extrémistes ont progressé au cours de la période, mais nulle part ils n’ont atteint la masse critique et ceci permet aux élites et à leurs alliés de les marginaliser.

On nie ce que les extrêmes représentent, on méprise leurs bases sociales. Les extrêmes peuvent, dans certains cas, être quasi majoritaires, comme c’est le cas en France; pour s’en apercevoir, il suffit d’additionner les voix de l’extrême-droite et celles de l’extrême-gauche, mais la division, soigneusement entretenue par les stratèges des élites, conduit ces extrêmes à l’impuissance, ils sont dans des impasses.

Le découpage politique est intéressant:

– Marine Le Pen caracolait en tête jusqu’à ces derniers jours. Elle représentait les laissés pour compte, les victimes des politiques des élites, les victimes de la mondialisation, les victimes de l’immigration, les victimes de la destruction identitaire, les victimes de l’universalisation, les victimes de l’extension du monde de la marchandise, les victimes de la destruction des liens sociaux, les victimes de la dictature de l’argent fétiche. Par facilité et ignorance, on classe Marine à l’extrême droite, mais on peut aussi bien, sinon mieux la classer à l’extrême gauche, à la fois en tant que représentante du monde du travail (ou plutôt du chômage), et en tant que contempteur de l’argent et de la marchandise.

– Macron était au coude à coude avec Marine. Ex-banquier, pas banquier de crédit, non, banquier de la Haute Banque, c’est à dire banquier au service de la super élite, au service du Monopoly global, Macron est un ancien conseiller du Président et ancien ministre socialiste. Macron représente les élites, dites intelligentes, ouvertes, modernes, le grand management tel qu’il s’incarne dans le Medef et ses avatars dits progressistes. L’ancien patronat de progrès, type Riboud, Dalle, type CJD, Ethic, Parisot et autres. Macron présente l’avantage de pouvoir tromper, attraper les mouches avec du vinaigre, selon la bonne vieille tradition de la pseudo-gauche quand elle trahit: selon l’axe moderniste. C’est pour cela qu’il a développé une image composite faite de modernisme, de jeunesse, de ni droite ni gauche. Macron, c’est un fer au feu pour le cas où le fer principal, Fillon, viendrait à vaciller. Macron brouille les pistes en étant réellement le poulain du grand capital mondial mais, en même temps, le tenant Français de la réconciliation du capital et du travail, comme le sont les Fabiens, ces théoriciens de l’oligarchie mondiale. Donc, Macron s’est doté d’un aspect « travail », d’un cache sexe social. Macron, dans son essence, c’est un programme ultra-capitaliste de troisième type, post moderne affublé d’un « wishful thinking » social sans consistance.

– Fillon était le favori. C’est lui qui offrait le meilleur programme pour ce que la gauche stigmatise comme la France du  CAC 40. Mais Fillon ne représente pas tout à fait la même classe sociale capitaliste que Macron, il est plus traditionnel, moins financier, et un peu plus identitaire, plus enraciné. Un peu plus Franco-Français. Fillon, c’est le programme le plus néolibéral que la France ait connu depuis 30 ans.

Personne n’avait osé aller aussi loin. A notre avis, il était allé loin car il croyait, face à Marine au second tour, pouvoir « piler » le peuple et les salariés, et les fonctionnaires, grâce à un Blitzkrieg post électoral. La stratégie de Fillon a été fracassée par le coup fourré élyséen mettant en cause sa probité. Il a chuté par la suite en raison de l’inadéquation de sa campagne à une situation nouvelle qu’il n’avait pas prévue. Il était sur un nuage de second tour alors qu’il n’est plus sûr de passer le premier tour.

– Mélenchon reprend la France là où l’avait laissée Mitterrand en 1983! Il se présente comme le défenseur du monde du travail, mais il sait que celui-ci est passé du côté de Marine. Il est bien moins radical et ambitieux que le Mitterrand de 1981. Donc il est obligé de faire des contorsions qui le mettent du côté du Britannique Corbyn ou de l’Américain Sanders. C’est l’utopie dans ses œuvres politiques avec des dépenses keynésiennes colossales financées par… la croissance. On donne aux uns, on dépense sans compter, mais sans oser prendre aux autres. Mélenchon a évincé Hamon en pillant une partie de son programme et en jouant sur l’ambigüité de ses positions européennes. Hamon peut couler à pic victime du vote utile. Cela profiterait à Mélenchon.

Les programmes:

Marine Le Pen. Marine n’est ni en faveur de l’Europe, ni en faveur de l’euro. En un mot, elle est anti Europe, anti -immigration, mais en faveur de la classe travailleuse, y compris les fonctionnaires, ce qu’elle ne met pas assez en avant. Elle s’oriente vers un relatif protectionnisme pour protéger l’économie française et les salariés. Elle taxe les importations et l’emploi des immigrés. Elle baisse les taxes sur les classes moyennes et augmente la redistribution en faveur des seuls Français. Elle ramène l’âge de la retraite à 60 ans et augmente les ressources des vieux. Elle dérégule pour libérer les entreprises petites et moyennes et leur accorde des rabais fiscaux. Elle maintient les 35 heures et la détaxation des heures supplémentaires.

Fillon. C’est le meilleur programme pour la France dans le cadre néolibéral. Si on considère que le problème de base de la France, c’est la contradiction entre son appartenance au système capitaliste et son refus des règles de ce système et des contraintes de profit, Fillon corrige en partie cette anomalie. Il fait remonter le taux de profit du système français, en passant aux 39 heures, en réduisant le nombre de fonctionnaires de 500.000, il monte l’âge de la retraite de 62 à 65 ans, il réduit l’indemnisation du chômage ou la durcit, et abaisse le coût des dépenses sociales et de santé. Il baisse l’impôt sur les sociétés, sur le capital, mais en contrepartie il augmente la TVA de deux points. Il monte les dépenses de justice, police et de prison. Il essaie de revenir en arrière sur la socialisation de la France en baissant le pourcentage de dépenses publiques de 57% à 50%. Fillon, c’est une sorte de reprivatisation de la France afin de la mettre en concordance avec son appartenance au monde compétitif global et à l’Europe ordo-libérale.

Macron. Macron, c’est, comme nous l’avons dit, un mix, un nègre blanc. Il cherche à plaire aux salariés tout en avantageant le capital. Il croit ou feint de croire à la réconciliation. Il fusionne les retraites privées et les retraites publiques. Il coupe les dépenses publiques, et réduit le déficit budgétaire. Il promet de faire baisser le chômage à 7% grâce à l’investissement. Il baisse l’impôt sur les sociétés, comme Fillon, et négocie la fin des 35 heures au lieu de l’imposer. Il diminue les charges sociales sur les bas salaires afin d’augmenter le pouvoir d’achat des salaires les plus bas. Il donne de l’argent aux étudiants et réduit les sureffectifs scolaires. En résumé, Macron, c’est un sous Fillon avec une touche de social cosmétique.

Notre synthèse: dans le cadre capitaliste, mondialisé, européisé, c’est le programme de Fillon qui offre les meilleures possibilités d’amélioration de la situation relative de la France et une tendance à la baisse du chômage à moyen terme.

La France est la deuxième économie d’Europe et la dixième économie mondiale, elle souffre d’un taux de profit du capital beaucoup trop faible pour être capable de supporter victorieusement la compétition globale. Cela pèse sur l’investissement, sur la productivité, sur l’emploi et, à long terme, sur la prospérité. La France sur le ring mondial c’est comme un boxeur qui n’aurait pas assez de muscles et des boulets aux pieds.

La profitabilité du capital français est l’une des plus basses parmi les grands pays développés, elle est, tenez-vous, bien inférieure de plus de 20% (22%) à ce qu’elle était lors de la crise de 2008. Les dépenses d’investissement stagnent depuis 2009. La France ne s’est jamais rétablie en raison de politiques imbéciles qui consistaient à vouloir participer au système capitaliste sans avoir les moyens.

Le potentiel actuel de croissance n’est que 1% l’an, alors que le chômage est à 9% et le sous emploi à plus de 15%. Le chômage des jeunes est de 20% au moins, peut-être 25%. La dette publique est de 100% du GDP. La dette sociale future est incontrolée et ne sera jamais honorée.

En contrepartie, la France est moins inégalitaire que ses concurrents!

 

french-rop

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Une réflexion sur “Editorial: Le choix. Synthèse à lire avant de voter .

  1. Bon résumé.
    Il faut y ajouter la composante géopolitique, avec Macron sur la ligne atlantiste néoconservatrice pure, alors que les autres candidats veulent au moins discuter avec la Russie.

    C’est la ligne de séparation critique, avec l’immigration, qui à mon avis explique l’acharnement sur Fillon : Fillon est un mondialiste insuffisamment aligné !

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