L’élite dit la vérité de temps en temps et elle est bien placée pour la dire; ici Kurer, l’ancien Chairman d’UBS

http://www.finews.com/news/english-news/26863-peter-kurer-eu-europe-finews-first-italy-rome-brexit

Peter Kurer: «The Crazy, the Clueless and the Gordian Knot»
Friday, 31 March 2017 15:23
Peter Kurer

Voici une traduction proposée par Ecureuil que je remercie vivement.

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« Nous ne sommes pas fous, ni complètement idiots, » écrit l’ex-président d’UBS Peter Kurer dans un essai exclusif pour finews first. L’UE a eu des opportunités qu’elle a gaspillées. Il se peut qu’elle s’achève dans un futur proche.

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Le voyageur autour de l’Europe sort de son hôtel sur la Via Veneto, dans la chaude et brillante lumière. Une brise matinale souffle du nord depuis les jardins de Borghese et le long de la rue. La lumière et l’air frais combinés donnent à la journée une sensation d’aisance, telle qu’il en existe rarement, et ainsi le voyageur, connu du lecteur par de précédentes apparitions dans des articles sur ce site internet, se trouve d’humeur joyeuse et entreprenante. Il se met en route pour explorer la Rome printanière.

La ville n’a pas encore perdu sa grande âme. Bien sûr, la Via Veneto n’est plus ce qu’elle était ; la rue a loyalement suivi la Cinecitta dans son déclin. Les légendaires étoiles de l’écran argenté ne sont plus, comme Marcello Mastroianni et Anita Ekberg. Le marbre et la splendeur impériale de l’Excelsior semblent aussi un peu fatigués. Mais il reste encore beaucoup des périodes les plus fastes. Les Marches Espagnoles sont prises par une foule de touristes, musiciens des rues et vendeurs à la sauvette, même en mars. Le babuino s’étend toujours, détendu et satyrique dans le vieux square ; et les jardins du Vatican sont toujours un merveilleux siège de pouvoir, un endroit calme et unique faisant office de refuge dans un lieu débordant de vitalité.

« Un contenu étrange et écœurant. »

Le voyageur profite de la splendeur de Rome. Il continue le long de la Via Veneto maintenant, avant de tourner à droite dans une rue contigüe. Ici la splendeur se craquèle. Autour d’une benne à ordures, étalés de toutes parts se trouvent des sacs poubelle aux couleurs vives, ou de simples sacs plastiques, soigneusement noués ou à peine fermés, souvent déchirés et livrant leur contenu étrange et écœurant dans la rue.

Le voyageur au pied sûr se dirige vers la Via Crispi pour chercher sa boutique de chemises préférée. Tandis que l’on prend ses mesures sur du coton à la texture fine, il entraîne la signora dans une discussion politique complexe. Que se passe-t-il avec les ordures, demande-t-il. Avant, explique la propriétaire du magasin, ils ramassaient les ordures devant chaque maison mais de nos jours la population doit les emmener quelque part. Et pourquoi videz-vous vos vitrines tous les soirs, vous n’êtes pas une bijouterie. Sinon, ils casseraient mes fenêtres et voleraient les chemises et les cravates, répond-elle. Et que pensez-vous du nouveau maire ? Cette jeune femme est folle, pense la signora, une grillista, et une incompétente de surcroît. Depuis des temps immémoriaux Rome a été une ville de factions et de cliques : vous devez savoir comment les faire fonctionner ensemble, et comment se débrouiller. Raggi n’en est pas capable.

« Rome est comme une allégorie vivante de l’Europe. »

Dans toute sa gloire et sa misère Rome est comme une allégorie vivante de l’Europe. Le vieux continent est encore plein de splendeur, varié, culturellement riche, magnifique à visiter et plus divertissant qu’aucune autre région du monde. Mais une certaine morosité recouvre la splendeur, les gens sont incertains, de mauvaise humeur, souvent en colère, ils ne savent pas où mène leur chemin. Les fous et les incompétents sont en tête. Et à gauche et à droite se trouvent les fardeaux hérités du passé, qui ne sont pas résolus. L’UE fraie son chemin au travers des vagues dans un bateau qui va en zigzag, comme si le navigateur à la barre avait bu.

Il y a de nombreuses explication pour ce développement, pour la misère politique, la montée en puissance des fous et des incompétents. Certains disent que les élites ont échoué ; d’autres disent que le peuple est laissé pour compte. Le voyageur de l’Europe réfléchit à ces questions. Tandis qu’il médite ses errances l’amènent à l’hôtel de Russie. Il demande à un serveur debout dans un coin s’il peut s’asseoir à la petite table. Sans bouger un muscle le serveur dit qu’il n’est pas d’ici, et alors le voyageur voit l’appareil dans l’oreille de l’homme. Le mystère est rapidement résolu.

« C’est une altitude intellectuelle inaccessible au voyageur. »

Un ex-ministre président et politicien, enthousiaste supporter de l’EU, est assis à la table à côté. Il explique à ses amis la raison pour la morosité en Europe et ailleurs. Quand il arrive au terme de sa longue performance son expression devient encore plus sinistre, il penche la tête en avant et pointe le doigt sans même s’en rendre compte en direction de la Villa Borghese : La politica mondiale si orienta quasi ovunque verso un aumento e non una diminuzione della concentrazione del potere. (La politique mondiale s’oriente presque universellement vers une augmentation et non une diminution de la concentration du pouvoir).

L’audience ébahie crie spontanément : Bravo! Brilliante!

C’est une altitude intellectuelle qui reste inaccessible au voyageur, à son grand regret. Il s’éloigne des modèles explicatifs exhaustifs. Il saisit le sujet avec pragmatisme et retrace ses pas en arrière, comme il a appris à le faire, au travers d’un arbre des décisions imaginaires, pour voir où se situe le problème. Après les allées et venues d’un dialogue intérieur, il s’est persuadé lui-même au moment où le ristretto est servi : le problème du continent réside dans la condition de l’UE.

« Ils sont intimement liés et ensemble forment le nœud Gordien du continent. »

A la suite d’une combinaison malheureuse de mauvaises décisions au sommet et le bourgeonnement incontrôlé d’une bureaucratie égoïste, la direction prise par l’Union l’a menée à devenir une prisonnière de la réalité qu’elle a elle-même construite. Pour faire simple, l’UE, après avoir fait de beaux progrès dans les premières années et au service de la paix, a fait deux erreurs fondamentales depuis le Traité de Maastricht qui sont devenus des fardeaux hérités aujourd’hui, et dont nous ferions mieux de nous débarrasser. Ils sont intimement liés et ensemble forment le nœud Gordien du continent.
Le premier problème est l’euro. Cette devise artificielle a été imposée à un espace économique qui est trop inégal pour supporter une devise unique. L’euro est trop faible pour certains, trop fort pour d’autres. Dans le cas de l’Allemagne il est significativement sous-évalué, encourageant l’économie de l’export mais en même temps faisant monter les prix de nombreux objets quotidiens importés, causant une perte au final pour les consommateurs qui ne bénéficient donc pas de leur statut d’exportateurs champions dans le monde. C’est l’opposé dans le sud où l’euro est surévalué. Les industries situées là-bas ne peuvent pas faire face à la concurrence et sont poussées hors du marché. Les consommateurs dans ces pays bénéficient d’imports à faibles tarifs mais ont souvent des petits salaires ou sont même au chômage. Des mesures d’équilibrage comme une union de transfert ou une politique fiscale standardisée ne sont pas disponibles dans l’espace économique.

« Pour les élites, l’UE est une façon de s’enrichir rapidement et d’exporter leurs problèmes. »

Tout ceci est accompagné d’une certaine austérité dans les dépenses étatiques, ce qui est plus un facteur exacerbant que la cause réelle du problème, contrairement à ce que pensent ceux qui rejettent la faute sur l’Allemagne.

Le second fardeau est l’échec de l’expansion vers l’est de l’union. Encore une fois, pour des raisons politiques, les états de l’est du continent, précédemment sous influence soviétique, ont été trop hâtivement poussés vers un statut de membres à part entière de l’UE. Ces pays n’étaient pas et ne sont toujours pas prêts à une alliance si proche avec des états occidentaux. Il leur manque un degré de démocratisation et un état de droit suffisants. Le développement d’une infrastructure économique et d’une gouvernance étatique sont déficients.

Pour les élites de ces pays, l’UE est un moyen de s’enrichir rapidement et d’exporter leurs problèmes. Ils n’ont que du mépris pour les programmes politiques bienveillants mais quelque peu naïfs de la bureaucratie de Bruxelles. La corruption est plus que jamais l’instrument de gouvernance principal. La région est, de plus en plus, une source de discorde au sein de l’espace européen élargi et produit une abondance de dirigeants fous et incompétents, tels que Orban, Kaczinski et d’autres.

Le troisième problème est la glorification de la libre circulation des populations. Cela n’existait pas dans l’ordre Européen originel dans sa forme radicale, mais a été introduit et implémenté de façon à amortir les conséquences négatives de l’euro et de l’expansion vers l’est. L’inclusion des pays est-européens dans l’UE a soumis leurs économies aux dures exigences du marché libre et a détruit l’entreprise d’état qui donnait une meilleure sécurité de l’emploi aux travailleurs.

La théorie était que si l’occident fort pouvait introduire des biens et des services à l’Est, alors les états d’Europe de l’Est devraient avoir le droit d’exporter leurs citoyens à l’ouest, pour limiter le chômage. Dans les pays où l’euro a été introduit ce mécanisme a été renforcé car les pays nordiques et occidentaux les plus compétitifs ont exporté leurs biens de plus en plus vers les régions du sud et de l’est, au lieu de les produire sur place, ce qui de nouveau a augmenté la pression migratoire.

« Le voyageur appréciait l’Europe, en dépit de son poids allégorique. »

Au fil des années, la libre circulation incontrôlée des gens a mené à une fuite des cerveaux au sud et à l’est, à l’émigration des meilleurs et des plus brillants vers l’Ouest. Le résultat dans les pays de destination était une pression migratoire insoutenable pour nombre d’entre eux, et était ressenti comme une menace. Le grand philosophe anglais Roger Scruton l’a résumé vertement quand il a qualifié la libre circulation de concept stupide ; on pourrait dire la même chose de l’expansion vers l’est et de l’euro. Le voyageur a apprécié l’Europe, en dépit de son poids allégorique. Un beau dimanche matin il conduit avec un ami étranger vers Fiumicino. Avant cela il a assisté à la messe à la Basilique Santa Maria del Popolo. Là le prêtre a laissé partir les fidèles avec une belle vision ; la messe est finie, allez en paix. A l’aéroport l’ami demande, alors qu’il tend la main pour faire ses adieux ; et vous les Suisses, quand allez-vous enfin rejoindre l’UE ? Ou au moins ratifier un accord pour un cadre institutionnel ?

« L’UE a eu sa chance. »

« Pas tant que je vivrai, » dit le voyageur, en réponse à la question de rejoindre le bloc. Un accord pour un cadre est en cours de négociation par le gouvernement. Mais vous pouvez déjà l’oublier. Politiquement il n’a aucune chance de survie. Au bout du compte nous ne sommes pas fous et nous ne sommes pas non plus complètement incompétents, dit le voyageur européen, quelque peu sur l’offensive. L’UE était une bonne idée mais elle a été menée à sa mort. En 1992, presque la moitié de la Suisse a voté pour rejoindre l’Espace Economique Européen, y compris le voyageur. S’il y avait un vote aujourd’hui pour rejoindre l’union les sondages montrent qu’à peine quinze pour cent voteraient pour.

L’UE a eu sa chance. Elle les a gaspillées, et peut-être même s’achèvera-t-elle dans un futur proche sous le poids de ses fardeaux : La messa è finita, andate in pace. » (La messe est finie, allez en paix).

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Peter Kurer est un partenaire de la société privée de capitaux propres BLR & Partenaires AG. Il a étudié le droit et la science politique à l’université de Zurich et l’université de Chicago et a commencé sa carrière professionnelle au sein de la firme de droit international de Baker & McKenzie, dont il est devenu partenaire en 1985. Depuis 1990 Peter Kurer est un partenaire fondateur de la firme de droit Homburger à Zurich, où il a dirigé le Groupe de Pratique de Droit des Sociétés.

En 2001 Peter Kurer a rejoint UBS en qualité de Conseiller Général et membre du conseil d’administration du groupe. Il a servi en qualité de président de la banque pendant la crise de 2008-2009 avant de prendre sa retraite. Il est maintenant également président de Kein & Aber, un éditeur suisse, et Sunrise, un fournisseur de télécommunications suisse. Kurer écrit et prend fréquemment la parole sur des sujets de fusion et d’acquisition des entreprises, sur la gouvernance des sociétés, et sur la gestion des risques légaux et de conformité.

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