Ce que le débat m’inspire

Les débats électoraux n’ont qu’une très faible incidence sur les votes. Pas seulement en France, partout dans le monde. Et il en va de même de presque toutes les actions menées par les candidats: le public les voit comme des confirmations.

Au mieux on bouge quelques petits pourcents qui appartiennent à ce que l’on appelle le marécage. Bien entendu quand les écarts sont minces, quelquefois cela peut suffire.

Les études sérieuses, scientifiques montrent que « discuter » ne sert quasi à rien, sauf à se défouler et à se faire plaisir; l’accueil aux arguments de l’autre dépend quasi exclusivement des convictions que l’on a . C’est le biais de confirmation. Tout s’inscrit dans le cadre d’une sorte de prédisposition à la confirmation. En fait nous sommes dans un spectacle, dont l’utilité est faible sauf pour ceux  qui les organisent et en tirent de l’argent par la pub et le tiers payant.

Mercredi n’a pas failli aux attentes, sur la télé de Martin Bouygues lequel avait signé dans Les Echos , (sous l’identité Travaux Publics, pas TV), un appel contre Marine tout s’est passé comme prévu. Les candidats se sont inscrits dans le cadre, dans le champ de bataille tracé pour eux depuis des années (Marine) et des mois (Macron). Et ils avaient dans leur besace, leur image. Ce sont ces cadres et ces besaces  qui ont été déterminants. La bataille n’a eu aucune importance, seul a compté, ce qui échappait aux candidats: le champ de bataille sur lequel on les a fait s’affronter et les images qu’on leur avaient construites..

Les contenus n’ont eu aucune importance, ce qui a compté c’est ce dans quoi, ils venaient s’inscrire. Avec les images que se trimballaient les candidats, chaque spectateur s’était crée une attente et tout est venu s’inscrire dans cette attente, au besoin en biaisant et en déformant si nécessaire, pour que cela rentre mieux.

Et il faut dire que les « jouteurs » y ont mis du leur, ils sont resté conformes, voire ils ont été la caricature de ce que l’on attendait d’eux! Avec les débats se trouve vérifiée l’importance considérable des images crées en début de campagne pour les candidats. Quand ces images sont créées, elles se figent et on n’en bouge plus, elles s’installent pour des années. Une image de candidat c’est comme une marque, quand on l’a gravée dans la tête des gens: on  peut, si on est un bon professionnel, tout vendre, tout faire passer à condition que cela ne soit pas contradictoire, et que cela reste vague. Marine peut faire passer du Fillon, Macron peut faire passer du Hollande. Tout passe dès lors que l’on respecte les conditions énoncées ci dessus.

L’influence des recherches sur les techniques de persuasion est telle que la sélection politique échappe en fait totalement au jeu démocratique. Mais il y a pire et nous ne cessons de le souligner: ce qui est  en cause ce ne sont pas seulement les techniques, cela c’est presque ancien, presque du vieux, ce qui est en cause, c’est la constitution des sujets qui vont constituer la cible,  le corps électoral.  Ce qui est en cause, c’est la fabrication de la société civile, c’est son être même; ce quelle est , comment son inconscient est structuré.

L’inconscient de la   la société civile est structuré par la communication publicitaire, par le déplacement de  l’être à l’avoir, par la marchandisation , par l’émotion qui remplace la raison, par le relatif qui remplace le référent , par la jouissance névrotique, par le spectacle du pseudo festif,  etc.  Regardez les pub pour les voitures, elles sont caricaturales tant elles font glisser du besoin de se véhiculer au désir de baiser et de conquérir les femmes . C’est un déplacement grossier, mais sa forme, sa structure, sa Gestalt  sont  à la base de toute la pub . Et ceci crée des structures, des attentes, des trous dans la psyché des gens, cela fabrique leur être,  et c’est ensuite en bouchant  ces trous que l’on persuade, influence,  que l’on vend un produit, une savonnette et/ou  un candidat. Ce que je veux dire c’est que nous avons dépassé le stade des techniques de Com, nous sommes dans la fabrication, la re-programmation de  sujets nouveaux, identiques, standardisés et une fois que ces sujets sont construits reproduits dans leur » memitude » et bien il n’y a plus qu’à mettre, à remplir les trous, les failles, les manques, bref a satisfaire les attentes que les ingénieurs sociaux ont créées.

Aucun des candidats  n’a réussi à échapper à ses déterminations. Pas plus aux siennes qu’à celle sa clientèle.

Dans le débat d’hier soir, les protagonistes avaient chacun leur agenda. Ils étaient assez clairs pour que l’on puisse rapidement les identifier.

Marine voulait marquer à tout prix Macron comme le clone, l’héritier de Hollande, elle voulait le rattacher au pouvoir en place et donc ainsi développer l’idée que si il n’avait rien fait avant, il ne pourrait rien faire après.

Elle voulait insister sur l’ouverture et le mondialisme , sur  la faiblesse, le fait qu’il était soumis et ne pouvait prétendre défendre les Français.

Elle voulait marquer les classes sociales, lui défenseur des riches, des financiers , du CAC40 et elle défenseur du peuple qu’elle allait protéger et a qui elle allait redonner du pouvoir d’achat etc etc .

 

Macron voulait la montrer comme fille de son père, héritière de l’extrême droite , de la bête immonde qui fait peur . Il voulait faire ressortir le vide de ses propositions de son programme, les incohérences de son financement, etc etc, Tout cela est sans intérêt.

Les animateurs ont raté leur prestation, incapables de modérer, de relancer , bref de vrais ectoplasmes. mais là encore cela n’a aucune importance.

Ce qui change la politique, ce ne sont pas les hommes, c’est le Réel , son évolution, ses contradictions. Les hommes en arrivent qu’à n’être plus qu’une petite musique sur le réel, un petit discours, voire maintenant une rengaine.

Ce qui gouverne c’est le poids du réel et les réactions des hommes sont les réactions que l’on peut prévoir rien qu’en les  analysant, rien qu’en recherchant d’ou ils viennent et quels intérêts ou classes sociales ils représentent..

La crise est une crise du capital, une crise du profit qui prend la forme d’une crise d’excès de dettes.  Le système est bloqué, il a calé. Le capital ne veut  rien perdre de ses prérogatives, et il veut conserver ses actifs et que ses créances soient honorées ou validées. Pour cela il doit laminer le peuple et les classes moyennes; et la mise en concurrence de tout le monde avec tout le monde en est le moyen, l’outil. Grâce aux mystifications, à l’inversion des causes et des effets,  et aux trahisons des élites, le capital a réussi à obscurcir les enjeux, à embrouiller,  et à  faire en sorte que les classes moyennes soient mystifiées, qu’elles votent pour leurs maîtres , leurs « saigneurs », qu’elles votent pour être plus pauvres, sans avenir, moins dignes, et la suite ne dépend de personne.  C’est la logique de la suraccumulation du capital, c’est le poids des dettes, ce sont les luttes des groupes de « saigneurs » entre eux, c’est la vitesse de régression des classes laborieuses qui vont déterminer tout ce qui va se passer.

Les causes sont « connues », mais elles ne parviennent pas à la conscience populaire. Le peuple  vit dans la névrose, dans le monde faux que lui imposent les élites, lesquelles vivent elles aussi à côté de leur vie, elles sont aussi aliénées que les peuples, mais c’est plus agréable à supporter quand on est en haut de l’échelle. Le peuple est dans le brouillard, il n’ a pas accès à  la vérité, il ne voit que les ombres,  et aucun homme ou femme politique n’a le talent de favoriser les prises de conscience.  Il y a des résistances colossales aux prises de conscience, ce n’est pas seulement au niveau du savoir que cela se joue,  il existe en politique un gigantesque « je n’en veux rien savoir ».

 

Pour 63% de l’ensemble des téléspectateurs interrogés, c’est Emmanuel Macron qui a été le plus convaincant, contre 34% pour Marine Le Pen.

Dans le détail:

Auprès des téléspectateurs qui avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron l’emporte à 66% contre 30% pour Marine Le Pen.

Auprès des téléspectateurs qui avaient voté pour François Fillon, Emmanuel Macron l’emporte à 58% contre 38% pour Marine Le Pen.

Emmanuel Macron a convaincu 95% de ses électeurs de premier tour ayant regardé le débat.

Marine Le Pen a convaincu 85% de ses électeurs de premier tour ayant regardé le débat.

Sondage Elabe réalisé pour BFMTV.,

Bien entendu c’est du Elabe et du BFMTV/Drahi

 

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4 réflexions sur “Ce que le débat m’inspire

  1. Il ressort de ce second tour, quelque soit le choix que l’on aura fait (de l’abstention au vote blanc en passant par le vote pour un candidat) un goût d’amertume, d’impuissance citoyenne face aux média et à la manipulation des puissants.

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  2. 63% 34% c’est grosso modo le résultat que nous annonçaient les sondages pour dimanche, avant même le débat. Effectivement, celui-ci ne sert à rien. J’ai bien fait d’aller me coucher avec Lucien Leuwen de Stendhal. Au demeurant, se plonger dans la période 1815-1848 de l’histoire de France me parait particulièrement instructif

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  3. Les médias n’y sont pour rien si Lepen n’a pas cherché a justement modifier clairement la psyché.
    L’absence des présentateurs était plutôt une chance normalement pour une femme faisant de la politique depuis si longtemps.
    En suivant les tweets de Laurent Ozon, j’ai compris une chose: Elle a choisi d’endosser la cap maudite du nationaliste aigri.
    La répétition des invectives, les connotations négatives, etc.Elle a porté le nationalisme placé sur le plateau mondialiste.
    Pour fédérer un électorat trans-courant elle aurait du apporter le nationalisme sur le plateau de la proximité.
    L’écologie par l’énergie a proximité, le bio, les agriculteurs Français bio, les projets de mini centrale.
    L’économie par le commerce de proximité (Oublier le langage administratif PME/PMI/TPE quand on veut faire peuple), l’aide au savoir faire Français en général, cliver sur le RSI.
    Sur l’Europe le logos est déjà bien entamé, avec le mont de dossiers qu’on a vu, un document sur le Target 2 comme boulet de canon aurait suffit.On va dire que pour désamorcer le mur de bois de la sortie de l’Euro, elle aurait du montrer le mur de brique qui nous attends avec les déséquilibres actuels,au lieu de cela nous n’avons eu droit qu’au mot « soumission »…

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