La Révolte des Masses? Ou bien la Non Révolte des Masses ?

Il y a des ouvrages, des monuments du travail humain et de la pensée que tout citoyen, tout républicain, (vous savez, celui qui fait l’objet du pari de l’intelligence), devrait avoir lu et assimilé avant de voter.

Le premier c’est “L’étrange Défaite” de Marc Bloch. A mon sens on ne peut oser parler de réformer la France si on n’a n’a pas lu et relu Marc Bloch. On ne peut comprendre concrètement, dans ses tripes pourquoi la France est soumise, collabo et en même temps cocoricante.

Le second c’est “La révolte des masses” de José Ortega y Gasset, écrit, ce n’est pas un hasard en 1929.

https://monoskop.org/images/4/45/Ortega_y_Gasset_Jose_La_revolte_des_masses.pdf

Dans cette œuvre, Ortega procède à une analyse de la crise de la civilisation occidentale, que certains considèrent comme annonciatrice de l’évolution actuelle des sociétés. Il pense qu’elle risque de périr sous la poussée d’une « invasion verticale ».

Ses envahisseurs sont considérés comme les « barbares des temps modernes ». Ils ne sont pas, comme à l’époque des grandes invasions, venus de l’extérieur mais sont censés être endogènes et de ce fait, très difficiles à combattre.

Selon l’auteur, ils jouissent de tous les apports de la science et de la technique, mais ils en jouissent en primitifs, sans en connaître les principes.

Selon cette logique, comme cela comble tous leurs besoins, ils ne ressentent nullement la nécessité d’apprendre, de connaître, de comprendre, de se cultiver. Ortega les qualifie de brutes amorales aux idées grossières qui jouissent du nec plus ultra que leur procure une civilisation perfectionnée dont ils n’ont aucune conscience historique.

Et de fait, il s’inquiète que cette culture soit en danger. En effet, ceux qui appartiennent pour Ortega à des masses incultes critiquent toutes les valeurs de l’Occident leur ayant, selon l’auteur, permis d’accéder à un niveau de vie élevé, et semblent prêts à se retourner contre cette civilisation qualifiée de complexe et subtile qu’ils ne seraient plus capables d’appréhender.

Dans ces conditions, Ortega se demande si la civilisation ne s’apprête pas à vivre un nouvel âge des ténèbres qui, à terme, pourrait s’attaquer même aux conquêtes techniques qui en sont la manifestation la plus tangible, si le goût pour la connaissance et l’étude venaient à s’émousser.

En outre, ses analyses sur le culte de la jeunesse, les États-unis d’Europe, le libéralisme face aux dangers de l’état totalitaire (bolchevique ou fasciste) qu’il pressent et dénonce, les dangers de la spécialisation sont toujours d’actualité.

 

Extrait de la Préface écrite par l’auteur:

Lisez, par exemple, ce que Stuart Mill écrivait, il y a plus de ,quatre-vingts ans: « A part les doctrines particulières des penseurs individuels, il y a aussi dans le monde une forte et croissante inclination à étendre d’une manière outrée le pouvoir de la société sur l’individu, et par la force Or, comme tous les changements qui s’opèrent dans le monde ont pour effet d’augmenter la force de la société et de diminuer le pouvoir de l’individu, cet empiétement n’est pas un de ces maux qui tendent à disparaître spontanément; bien au contraire, il tend à devenir de plus en plus formidable.

La disposition des hommes, soit comme souverains, soit comme concitoyens, à imposer leurs opinions et leurs goûts pour règle de conduite aux autres, est si énergiquement soutenue par quelques-uns des meilleurs et quelques-uns des pires sentiments inhérents à la nature humaine, qu’elle ne se contraint jamais que faute de pouvoir. Comme le pouvoir n’est pas en voie de décliner mais de croître, on doit s’attendre, à moins qu’une forte barrière de conviction morale ne s’élève contre le mal, on doit s’attendre, disons-nous, dans les conditions présentes du monde, à voir cette disposition augmenfer

Mais ce qui nous inÎ’éresse le plus chez Stuart Mill, c’est sa préoccupation devant cette homogénéité de mauvais aloi , qu’il voyait croître dans tout l’Occident. C’est elle qui le poussa à se réfugier dans une grande pensée émise par Humboldt dans sa jeunesse. Pour que l’être humain s’enrichisse, se consolide et se perfectionne, il faut, dit Humboldt, qu’il existe une « variété des situations . Ainsi, lorsqu’une possibilité fait faillite, d’autres restent ouvertes. A l’intérieur de chaque nation et dans l’ensemble des nations il faut que des circonstances différentes se produisent. Rien n’est plus insensé que de jouer toute la vie européenne sur une seule carte, sur un seul type d’humanité, sur une “ situation identique.” Eviter cela a été la secrète réussite de l’Europe jusqu’à ce jour; science ferme ou hésitante de ce secret qui a toujours poussé à parler le constant libéralisme européen. En cette conscience, la pluralité continentale se reconnaît elle-même, comme une valeur positive, comme un bien et non comme un mal. J’avais intérêt à éclaircir ce point pour éviter que l’idée d’une super-nation européenne, postulée dans ce livre, ne puisse être mal interprétée.

A suivre la route où nous nous sommes engagés, nous aboutirons tout droit, par la diminution progressive de la « variété des situations , au Bas-Empire, qui fut lui aussi une époque de masses et d’effroyable homogénéité.

Déjà sous le règne des Antonins on perçoit clairement un phénomène étrange qui aurait mérité d’être mieux mis en évidence et analysé par les historiens: les hommes sont devenus stupides. Le processus vient de loin. On a dit, avec quelque raison, que le stoïcien Posidonios, le maître de Cicéron, fut le dernier ancien capable de se planter devant les faits, l’esprit ouvert et actif, prêt à les soumettre à ses investigations. Après lui, les têtes s’oblitèrent et, sauf chez les Alexandrins, elles ne font rien d’autres que répéter, stéréotyper.

Mais le symptôme et, en même temps le document le plus accablant de cette forme à la fois homogène et stupide que prend la vie d’un bout à l’autre de l’Empire se trouve où l’on s’y attendait le moins et où personne, que je sache, n’a encore songé à le chercher: dans le langage.

Le langage qui ne nous sert pas à dire suffisamment ce que  chacun de nous voudrait dire, révèle par contre et à grands cris, sans que nous le veuillons, la condition la plus secrète de la société qui le parle. Dans la partie non hellénisée du peuple romain, la langue en vigueur est celle qu’on a appelée le « latin vulgaire :., matrice de nos langues romanes. Ce latin vulgaire n’est pas très connu et nous ne parvenons à lui, en grande partie, que par voie de reconstruction.

Mais nous en savons bien assez pour être épouvantés par deux de ses traits essentiels.

Le premier est l’incroyable simplification de son organisme grammatical comparé à celui du latin classique. La savoureuse eomplexité indo-européenne, que la langue des classes’ supérieures avait conservée, est supplantée par un parler plébéien, d’un’ mécanisme très facile mais aussi – ou par cela même – lourdement méc’anique, comme matériel, d’une grammaire bégayante et périphrastique, faite de tentatives et de circuits, comme la syntaxe des enfants. C’est en effet une langue puérile qui ne peut rendre l’arête fine du raisonnement ni les miroitements du lyrisme; une langue sans lumière, sans chaleur, où l’âme ne peut transparaître et qu;elle ne peut aviver, une langue morne, tâtonnante. Les mots y ressemblent à ces vieilles monnaies de cuivre crasseuses, bossuées’ et comme lasses d’avoir roulé par tous les bouges de la ;Méditerranée. Quelles vies évacuées d’elles-mêmes, désolées, condamnées à une éternelle quotidienneté ne devine-t-on pas derrière la sécheresse de cet appareil verbal!

Le second trait qui nous atterre dans le latin vulgaire c’est justement son homogénéité. Les linguistes qui, après les aviateurs, sont les moins pusillanimes des hommes, ne semblent pas s’être particulièrement émus , du fait que l’on ait parIé la même langue dans des pays aussi différents que Carthage et la Gaule, Tingis et la Dalmatie, Hispalis et la Roumanie. Mais moi qui suis peureux et tremble quand je vois le vent violenter quelques roseaux, ‘je ne puis, devant ce fait, réprimer un tressaillement de tout le corps. Il me paraît tout simplement atroce.

Mais c’est vrai ,que j’essaie de me représenter comment était « par dedans » ce qui, vu du dehors, nous apparaît tout bonnement comme de l’homogénéité; je tâche de découvrir la réalité vivante et vécue dont ce fait est l’immobile empreinte.

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Une réflexion sur “La Révolte des Masses? Ou bien la Non Révolte des Masses ?

  1. Bloch: Témoignage de valeur… qui n’est pas au programme du bac..
    au fait, quel est l’état de l’armée en 2017 ? il suffit de leur donner des joujoux, des médailles, un strapontin dans des opérations illicites OTAN-US (« en être » !) et tout ce petit monde file doux et ira défendre les intérêts allemands..

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