Ballon d’essai sur la succession de Draghi en 2019

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble a coupé court lundi aux rumeurs affirmant que Berlin souhaitait voir un Allemand succéder à l’Italien Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) en 2019.

Interrogé lors d’une conférence de presse sur un éventuel soutien de l’Allemagne à la candidature du patron de la Bundesbank, Jens Weidmann, à la tête de la BCE, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a estimé que ce débat était prématuré.

« Un débat sur un successeur au président de la BCE est pour le moment tout à fait inapproprié et je refuse d’y prendre part », a répondu M. Schäuble lors d’une conférence de presse commune à Berlin avec le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, à l’issue de leur première rencontre officielle lundi matin.

M. Le Maire a précisé de son côté que la question du prochain patron de la BCE n’avait pas été abordée lors de leur entretien.

Selon plusieurs journaux allemands qui ne citent pas leurs sources, la chancelière Angela Merkel et son grand argentier veulent promouvoir la candidature de M. Weidmann, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, qui ne perd pas une occasion ces derniers temps de critiquer la politique ultra-accommodante mise en oeuvre par l’institution pour soutenir l’économie et les prix.

Il s’agit bien entendu d’une intoxication pré-électorale! Certains milieux allemands orthodoxes en particuler des universitaires de très haut niveau, des constitutionnalistes,  veulent géner Merkel et Schauble et les forcer à plus d’orthodoxie ordo-libérale. Ils lancent le ballon du remplacement de Draghi par Weidmann car ils savent que cela gêne considérablement Merkel et Schauble. D’ou la rebuffade un peu vive de Schauble qui voit très bien d’où vient le coup.

Aussi bien Schauble que Merkel sont satisfaits et d’accords sur la politique de Draghi car ils savent bien que c’est la seule qui permet de gager du temps et d ‘éviter l’éclatement de la zone euro tant que les principaux pays comme la France, L’Italie et à un degré moindre l’Espagne continuent à diverger.

Bons flics et mauvais flics

En Europe, le jeu est réparti entre  bons flics et mauvais flics à usage des opinions publiques respectives. L’opinion publique Française et Italienne veut de la solidarité, on lui en donne sur le plan monétaire; le peuple allemand veut de la rigueur et ne pas payer pour les autres, on lui offre la rigueur budgétaire et on feint de « raler « contre le laxisme monétaire. Si les Allemands avaient voulu s’opposer aux Draghinades, ils auraient fait jouer leur Conseil Constitutionnel!

Merkel l’a dit une fois pour toutes elle maintiendra coûte que coûte la construction européenne de son Maître Kohl et l’euro qui va avec. Simplement il faut compter avec les opinions publiques et leur donner des aliments , le temps de trouver des solutions qui mettent Français et Italiens sous carcan et tutelle sans modifier les Traités, ce qui n’est pas facile.

Un narrative pour les gogos !

Selon l’hebdomadaire Der Spiegel, l’argument de Berlin serait : « après un Néerlandais (Wim Duisenberg, ndr), un Français (Jean-Claude Trichet, ndr) et un Italien, il est temps qu’un Allemand soit à la tête de la BCE ».

En 2011, quand s’était posée la question de la succession de Jean-Claude Trichet, l’Allemand Axel Weber, alors président de la Bundesbank, avait longtemps fait figure de favori. Mais sa démission surprise en 2011, sur fond de divergences de vue quant à la politique monétaire, avait finalement ruiné les espoirs allemands de voir un enfant du pays accéder à la tête de l’institution.

Le quotidien allemand des affaires Handelsblatt affirme pour sa part que Paris souhaiterait pousser la candidature de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France.

Avec la reprise en cours de la conjoncture et de l’inflation en zone euro, une telle politique n’est plus justifiée aux yeux de l’Allemagne, pays vieillissant où beaucoup de citoyens misent sur l’épargne pour financer leur retraite.

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2 réflexions sur “Ballon d’essai sur la succession de Draghi en 2019

  1. Les batailles de cloche(r)s – rigoristes versus socialistes – sont des écrans de fumée entrenus depuis 10 ans pour gagner du temps et évacuer LA question : quand aura-t-on des euros-obligations sans lesquelles ľeuro est un projet mort-né…

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  2. Le risque déflationniste est considéré comme nul, les prix à la consommation augmentent, n’est ce pas logique d’augmenter les taux ?

    En revanche, toujours au niveau de la politique monétaite, aucune mention du programme de rachat de dette qui ne profite pourtant pas à l’économie réelle ? Ou très peu selon mon humble appréciation. Qu’en dise nos amis luthériens de l’orthodixie phynancière allemande ? Car de manière générale, il faudrait d’abord taper là dessus par ordre de priorité…

    En même temps, en 2 ans, rien qu’avec un impeachment de derrière les fagots, tout pourrait être bousculé.
    2019, c’est demain mais en même temps c’est très loin.
    Merci pour cet article d’anticipation et de realpolitik.

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