Editorial Crise 2018? A lire avant de voter, pour qui, pour quoi vous allez voter !

Les puissants aidés par les élites intellectuelles reconnues s’efforcent de faire oublier la crise de 2008. Ils traitent les différents problèmes comme si ils ne se présentaient que maintenant, déconnectés de ce qui s’est passé avant.

Nous sommes dans une idéologie du « présentisme ». Elle est fort commode car elle casse les causalités et empêche les synthèses. C’est une opération idéologogique dont le but est d’empêcher la réflexion, de paralyser les jugements,  de masquer les enjeux. Il faut imposer le présentisme, les évidences afin désarmer les critiques et pouvoir fabriquer l’Opinion.

En surface, la crise s’est présentée comme une crise financière , crise financière limitée déclenchée par des pratiques douteuses en matière d’octroi de crédit et de constitution de dette. Bref la cause aurait été la « greed », l’envie, l’avidité. Avidité des banquiers et des emprunteurs. Le tout permis par un excès d’épargne mondiale en quête de rémunération et de profit facile.

Une variante a été l’interprétation de la crise comme excès de financialisation ou financiarisation, ce qui a débouché sur l’idée que si on réformait le secteur bancaire/financier, si on limitait sa capacité à prendre des risques, bref si on l’encadrait alors tous les problèmes seraient réglés. D’où les réformes bancaires, les ratios etc.

La Grande Crise Financière (GFC) ayant débouché sur une Grande Crise Economique (GEC)  avec récession puis croissance faible, les élites comme Bernanke ou Summers ont développé la thèse de l’insuffisance de la demande, ce qui est le symétrique de la crise de surproduction des années 30 par exemple. C’est un autre nom de la crise dite de déflation, car si la demande est insufisante, les prix baissent.

Le remède a donc été la création d’un complément de demande, d’une demande artificielle par la stimulation du crédit. On appelle cela la stimulation de l’appétit pour le risque. Cela est couplé avec la création monétaire pour gonfler artificiellement le prix des actifs et faire croire aux gens qu’ils sont plus riches qu’ils ne le sont en réalité. L’idée est que si les revenus dépensés sont insuffisants on peut créer un surcroît de demande par le crédit en le rendant peu coûteux,  surabondant, accessible

Les taux d’intérêt zéro, les achats de titres à long terme par les banques centrales (les QE) afin compenser l’approche du zéro bound, c’est à dire afin de tourner la contrainte des taux zéro et obtenir des taux d’intérêt réels négatifs,  ont été mis en place.

Hélas, le résultat a été médiocre, la reprise est resté très faible, très en dessous du potentiel et très en dessous des tendances historiques antérieures. On n’a pas réussi à relancer l’inflation au niveau considéré comme optimum: les 2% fatidiques.

On a donc inventé une théorie, c’est la fonction des théories pour les élites dominantes, on a donc inventé une théorie selon laquelle la croissance serait durablement ralentie, c’est dire « dorénavant ce ne serait plus comme avant »!

Bref une théorie qui dit d’une façon complexe cette banalité: votre fille est muette par ce qu’elle ne parle pas!

Les Keynésiens et post Keynésiens disent que tout cela ne suffit pas, il faut compléter tout cet attirail, cette panoplie par une lutte contre les inégalités, une meilleure répartition des revenus et des mesures spécifiques de lutte contre le chômage, des réformes, de la flexibilité etc . Il faut utiliser les deux outils classiques contre le chômage, le monétaire et le fiscal.  Nous en sommes là ; par exemple c’est l’orientation que semble de plus en  plus prendre le FMI de Lagarde avec l’accent mis sur le partage.

Ils arguent qu’il faut revenir a un lien stable entre les salaires et la productivité afin d’assurer la part des salaires dans la valeur ajoutée, les GDP. Bref il faut utiliser la dette, la fiscalité, la dépense publique et cesser de  se préoccupper de l’instabilité ou des risques financiers à la Minsky.

Le problème de toutes les tentatives est qu’elles traitent les apparences,  le mode d’apparaître  des problèmes, leur « apparance » au sens fort, mais jamais les causes profondes.

Elles tournent autour du mal sans  jamais oser l’affronter. Sans jamais le nommer, un peu comme les élites le font pour le terrorisme: on tourne autour, on lutte contre ses symptômes mais on s’interdit d’aller y voir de plus près…car ce serait donner à voir quelque chose que l’on veut cacher. Dans le terrorisme on veut cacher les causes profondes du terrorisme, dans la crise on veut cacher la cause profonde du grippage du système.

La cause profonde du grippage du système c’est la disproportion entre la masse colossale de capital accumulé et les moyens de le rentabiliser, les moyens de le maintenir envie. Les moyens de l’honorer en quelque sorte car le capital  est une promesse de droit de prélèvement sur la richesse courante. Prélèvement donc sur ce que l’on appelle les cash flows.  Les cash flows sont ce qui permet au capital de se rentabiliser, de se rémunérer, de se maintenir en vie , d’investir etc. Les cash flows sont insuffisants en regard de tout ce qui a le statut de capital c’est à dire en regard de tout ce que l’on a promis au fil du temps.

La crise américaine a succédé à une longue accumulation de capital productif, improductif, fictif, de poids mort. Ce capital exige sa rémunération, il exige son dû d’autant plus facilement et tyranniquement que c’est lui qui détient le pouvoir politique. C’est ce qui vient d’être illustré en France avec la victoire de Macron, l’homme du Medef et des ultra riches.

Cette hypothèse se vérifie à contrario , c’est à dire par défaut par les remèdes qui sont donnés à cet excès de capital/insuffisance de cash flows.  Ils, ces remèdes ,  tournent tous autour de la reconstitution des taux de cash flows c’est à dire des profits bruts: le chômage et les licenciements permettent de maintenir en vie le capital; la création monétaire et le crédit permettent de vendre même si il n’y a pas de clients solvables; les taux zéro permettent de faire levier et de bonifier le profit d’entreprise tout en « roulant » les dettes à bon compte;   les  réformes du code du travail permettent de flexibiliser la main d’oeuvre et d’augmenter le taux d’exploitation des salariés, d’assouplir les échines; les subventions, le CICE gonflent les cash flows, etc etc. Même chose avec les délocalisations et la mise en concurrence des salariés du monde entier: il s’agit de peser  sur les coûts pour augmenter, bonifier les cash flows, le profit. Même chose avec les dépenses publiques et l’érosion des droits acquis qui sont une diminution des frais généraux de la nation.

Tout tourne autour de ce qu’il ne faut pas nommer:  l’augmentation des cash flows, c’est à dire la restauration ou le maintien des profits .

Le manque de profits en regard de la masse colossale de capital accumulé est un trou, une béance, un gouffre,  et toutes les mesures prises constituent des plaques que l’on met sur le trou pour le combler et le dissimuler. Car il ne faut pas que cela soit vu ou dit. C’est le Grand Secret..

La crise de 2008 a été précédée par une longue période d’accumulation de capital, par l’érosion du taux de profit, par un recours à la dette, au levier, pour le dissimuler. Les attaques neo-liberales, pas libérales du tout en fait, ont eu pour but de peser sur les revenus salariaux, de réduire la part du travail dans les GDP afin d’augmenter la part revenant au capital mais cela n’a pas suffit car le capital, surtout fictif, qui demandait ses droits a progressé encore plus vite. Le neo libéralisme pseudo libéral eu pour objectif de réduire la part des salaires, et de financialiser c’est à dire de compenser la baisse des revenus gagnés par les salariés  par le recours au crédit, à l’endettement aussi bien à leur niveau qu’à celui des états .

La chute des taux d’intérêt a été rendue nécessaire à la fois pour augmenter le recours  au  crédit et maintenir quand même un peu d’investissement malgré l’érosion du taux de profit. En effet le profit net revenant au capital est égal à la différence entre le taux de profit brut moins le coût de la dette, c’est à dire moins l’intérêt.

En résumé, face au trou, à la béance au gouffre de l’insuffisance de profit en regard de la masse de capital de toute sorte accumulé:

-on favorise la création d’un volant de chômage qui casse les revendications

-on allège les charges des entreprises en réduisant les salaires directs et indirects, les pensions, les soins de santé, etc

-on tue les rentiers, les épargnants, les classes moyennes  qui ne sont plus rémunérées pour leur sacrifice de consommation

-on confisque les gains de productivité au seul profit du capital

-on tue les fonds de commerce des classes moyennes qui en avaient encore un, on uberise

-on globalise, on met en concurrence

La contrepartie non voulue est que les dettes continuent de s’accumuler malgré la faiblesse de l’investissement productif le capital continue d’enfler mais de façon surtout fictive, improductive car il est financier.

Volia pourquoi la Grande Crise est inéluctable, inévitable, elle est, elle sera  le produit d’une politique qui au lieu de résoudre les problèmes, de réduire les déséquilibres, les renforce, les enracine, les aggrave.

Les faux remèdes que sont l’accroissement des dettes, le recours au crédit, la pression sur les revenus du travail construisent les forces qui vont, à un moment donné, selon le hasard, se manifester encore plus puissantes qu’en 2008.

 

 

 

Publicités

7 réflexions sur “Editorial Crise 2018? A lire avant de voter, pour qui, pour quoi vous allez voter !

  1. Pour résumer :

    – Le capitalisme a besoin pour se développer/se maintenir d’un taux de profit, donc d’un écart entre Prix de vente et Salaire.
    – Les keynésiens affirment que pour vendre, les inégalités doivent être réduites, ce qui revient à réduire l’écart entre Prix de vente et Salaire.

    Ces contradictions pouvaient être surmontées par l’abondance de débouchés (cas des 30 glorieuses avec reconstruction d’après guerre et forte démographie).

    Mais aujourd’hui, elles se heurtent au double effet de ciseau :
    – faible démographie depuis 1980 = faibles débouchés
    – vieillissement des papy boomers = augmentation du taux de profit pour payer les retraites et autre rentes.

    Mise à part, un accident démographique soit baby boom, -je n’y crois guère-, soit « type canicule 2003 », le système est amené à exploser.

    Ce n’est pas l’immigration qui va suppléer au baby-boom non plus, car d’une part, les immigrés ne sont pas solvables mais aussi et surtout, ils ne partagent pas notre culture matérialiste et venant du « tiers monde » ont un mode de vie « frugal » donc ce ne sont pas eux qui vont combler « le déficit de la demande »

    J'aime

  2. Excellent article Bruno!
    Finalement c’est une question philosophique:le fictif peut il triompher du réel?
    Le cycle financier actuel a pris sa naissance en 71 quand Nixon a désindexé le Dollar de l’or

    J'aime

  3. Et puis une autre cause possible est l’emprisonnement du liberalisme par le capitalisme.
    Car la racine du mot Liberalisme est la Liberte et non pas le profit. L’entrepreneur audacieux, temeraire, inventif, un peu aventureux et qui aime le risque, celui qui cree et realise la plusvalue par ce qu’il invente et accroit la productivite, il cherche d’abord la Liberte.

    Le capitalisme par tout ce que decrivez si bien, lui a confisque la perspective de l’obtenir.
    On tue ainsi pas seulement le rentier mais aussi le peu de vrais entrepreneurs qu’il en reste encore.

    J'aime

  4. Bonjour, quand je vous lis sur la crise profonde du capital je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec l’analyse de F.Cousin dans son aspect économique sur la baisse du taux de profit et ses conséquences notamment : (lien you tube pour un échantillon : https://www.youtube.com/watch?v=iZAzp4NYWmg )
    Quels sont vos points communs et vos différences ?
    Cordialement

    J'aime

    1. Désolé, mais je ne pense pas à partir de livres, je pense à partir de ce que je vois et que j’analyse. C’est ce qui me distingue de la plupart des économistes, ils projettent des théories. Je parle de ce que je vois et que je décortique et démystifie.

      Regardez ma démonstration sur le profit et son caractère central dans le système, elle est concrète, elle part de l’idée que si on dissimule son importance dans le système celle ci se revele néanmoins quand même par la « plaque » que l’on met sur le « trou », sur la « béance » du manque de profit.

      On ne peut approcher l’économie par la glose et projeter du sens à partir de là. Le sens doit remonter, être produit par le réel que l’on voit, que l’on dissèque. Merci de votre question.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s