Il est temps de relire ce texte. Editorial La route de la normalisation monétaire est pleine d’obstacles, débandade obligataire, et plus …

Avant de lire ce texte, je vous demande de réflêchir à cette affirmation qui est l’une  des bases de mon cadre analytique: le couple Banques Centrales/Gouvernements est un agent économique comme les autres, il est à l’intérieur du Système, soumis aux mêmes lois éternelles de la rareté et des limites de l’action humaine. En particulier il est soumis à la Loi de la Valeur. Il n’y a pas plus de richesses dans  le monde que le travail des hommes n’en crée. La terre est soumise à la loi de la gravitation, tout autant que la pomme de Newton. « IlS » ou plutot « ELLES », les élites veulent vous faire croire que le monde est dissymétrique, que les LOIS ne s’appliquent pas elles et à leurs actions.

Débandade cette semaine sur les marchés de fonds d’état européens. Draghi a frappé. Le rendement des Bunds alllemands a fait un bond de 13 pbs mardi, et il a quasi doublé sur la semaine à 47 pbs.  Les taux français ont pris 14 pbs mardi et  21 sur la semaine pour atteindre 82 pbs. Les dégats ont été importants sur les périphériques , ainsi sur le 10 ans italien , on a monté de 24 pbs sur la semaine pour s’établir à 2,16%, et sur le portugais on a pris 14 pbs à 3,03%. Les propos de Draghi ont même eu une incidence aux Etats-Unis avec une hausse de 7 pbs des Treasuries  à 2,21%.

Nous sommes sur le chemin qui conduit à la normalisation des politiques monétaires. Nous voyons les panneaux indicateurs qui pointent ce chemin, mais attention nous y sommes à peine engagés. La seule conclusion que l’on peut tirer c’est la suivante, très prudente: nous avons dépassé le pic du stimulus monétaire si tant est que cette politique a vraiment été stimulante.

Le constat: « Tous les signaux indiquent désormais un approfondissement et un élargissement de la reprise au sein de la zone euro. Les forces déflationnistes ont été remplacées par des forces reflationnistes », a dit Mario Draghi.

Le constat , lui est clair. Une nouvelle page s’écrit, nous changeons de régime.

Mais il faut rester très prudent donc le constat doit être nuancé:  « Toutefois, un degré considérable d’accommodation monétaire reste nécessaire pour que les dynamiques de l’inflation deviennent durables et auto-entretenues » complète Draghi.

Voici donc  le chaud : La BCE ne devrait ajuster sa politique monétaire que graduellement, la zone euro ayant toujours besoin d’un soutien monétaire « considérable » en dépit d’une reprise de l’économie et de l’inflation plus soutenue, a dit mardi a dit Mario Draghi qui intervenait à l’occasion du forum annuel de la BCE, à Sintra au Portugal. Ceci donc , c’est le chaud de la stimulation, maintenue pour l’essentiel.

Maintenant, voici le froid de la normalisation: « Avec la poursuite de la reprise de l’économie, une politique monétaire stable deviendra plus accommodante, et la banque centrale peut accompagner la reprise en ajustant les paramètres de ses instruments de politique – non pour rendre l’orientation de la politique monétaire plus restrictive mais pour la maintenir inchangée dans l’ensemble », a dit Mario Draghi.

Traduction: Si vous avez compris ce que je dis, c’est parce que je me suis mal exprimé disait Jacques Lacan et sous une autre forme Alan Greenspan. Plus sérieusement Draghi a cherché à dire et à ne pas dire en même temps, dans la même démarche et c’est difficile. La transparence a ses limites et ces limites, ce sont celles de la clarté de l’expression. La BCE, face à la réaction négative des marchés qui ont fait chuter les fonds d’état et monter les taux, la BCE a jugé bon de publier dès le lendemain une mise au point sur les  propos de Draghi!

Mais peu importe, car au fond on a compris. On a compris que Draghi veut faire le grand écart dans sa Com, comme il fait le grand écart dans sa politique monétaire entre ce qui est bon pour l’Italie et le Portugal et ce qui est bon pour l’Allemagne.

Aux uns il faut dire soyez rassurés je ne vais pas retirer le bol de punch , aux autres il faut dire mais, non, cela marche, tout va bien notre politique donne des résultats et un jour nous arrêterons.

Une fois de plus nous avons l’illustration que le monstre européen est ingérable tant les situations, tant les besoins divergent. La construction européenne est un monstre qui oblige à des gesticulations, contorsions, doubles langages et finalement mensonges. C’est une construction qui a besoin de l’opacité.

Draghi  a ajouté que l’inflation demeurait freinée par des chocs sur les cours des matières premières et par l’atonie du marché de l’emploi, ce qui rend nécessaire le maintien du soutien monétaire de la BCE. Ainsi il suggère que la modération de l’inflation ne vient pas des conditions domestiques mais du monde global qui fixe le prix des matières premières et celui des salaires par l’arbitrage international du travail. Mais une hausse graduelle des prix finira un jour par arriver , quand les capcités mondiales disponibles se seront réduites. Ouf, après pareille performance d’équilibriste, on a le droit de souffler un peu!  Vous croyiez que c’était fini et bien non, il faut encore fignoler, peaufiner et ajouter : « Si ces différentes raisons peuvent retarder la transmission de notre politique monétaire aux prix, elles ne l’empêcheront pas », a dit Draghi. Bref traduisons: nous avons échoué dans notre  tentative de forcer à l’inflation, mais nous ne perdons pas espoir, nous sommes les meilleurs, nous ne trompons jamais. La preuve nous sommes les chefs, nous avons l’autorité.

Les achats d’actifs de la BCE à un rythme de 60 milliards d’euros par mois doivent se poursuivre jusqu’à la fin de l’année et elle devra d’ici là décider si elle les poursuit et selon quelles modalités ou si elle y met un terme.

Draghi n’est pas un magicien, ce n’est même pas un illusionniste, c’est un marchand d’eau de cologne au parapluie sur les marchés, au mieux un marchand de produits de beauté. De maquillage. Il vend du rouge à lèvres, du fond de teint, du rimmel et autres produits de maquillage. C’est un  bonim(e)nteur, l’ennui c’est qu’il a une planche à billets pour attirer le chaland  et 340 millions de gogos pour l’écouter.

Et si il ne peut retirer le maquillage comme il vient encore de le reconnaître , c’est parce que :

-sous la couche de fond de teint il y a des rides hideuses. Le système euro reste fracturé. Plus que jamais, la convergence ne s’est pas faite.  Malgré les rodomontades de 2012, les fossés sont encore plus profonds. A un point tel que dans les allées du pouvoir européen on prépare une Europe scindée, à deux vitesses.

-les marchés financiers sont à l’affût, ils savent que rien n’est réglé et pire que les choses se sont aggravées alors que les cours de bourse et surtout ceux des fonds d’état européens sont au plus haut. La communauté financière spéculative mondiale attend le signal de l’hallali, c’est à dire le moment ou on va retirer le maquillage.

Il y a une véritable fortune à faire en jouant contre la BCE, en jouant la fin des cosmétiques. Le maquillage c’est le couple taux d’intérêt/liquidité. Les deux marchent ensemble et ils sont unis pour créer un monde Potemkine, un monde totalement faux, partout, mais singulièrement en Europe. Selon ce monde Potemkine, l »Italie, le Portugal, l’Espagne, la France  c’est aussi bien que l’Allemagne, cela mérite la même monnaie, l’euro et les mêmes taux d’intérêt, presque zéro. Le maquillage a rendu tout le monde attirant et rendu équivalent ce qui est très différent. Comme si celui qui prête et celui qui emprunte étaient sur le même plan! Comme si les risques sur celui qui est excédentaire étaient les mêmes que sur celui qui ne survit que parce qu’on fait ses fins de mois .

Ci dessous le miracle du maquillage italien

Quand le maquilage sera retiré, toute une mécanique va s’enclencher et c’est d’elle que Draghi a peur, on comprend qu’il recule:

-les cours des emprunts souverains des pays déficitaires vont chuter

-les investisseurs vont perdre beaucoup d’argent

-les gouvernements et les entreprises vont avoir du mal à se refinancer

-des quantités impressionnantes de jobs vont être perdus et pas seulement dans les secteurs sensibles aux taux, mais dans toute l’économie par contraction en chaine de la demande. Comme on dit les conditions financières vont se resserrer.

Draghi se décide donc à se jeter à l’eau tout en restant sur le bord de la piscine. Ce n’est bien sur pas parce qu’il a réussi, puisque son objectif d’inflation de 2%, il l’abandonne! Non c’est parce que la BRI a sifflé le coup de sifflet de la fin de la période. Les banquiers centraux ont abandonné leur fixation sur les chiffres de l’inflation,  sur les chiffres de la hausse des prix et ils sont inquiets pour autre chose. Leur priorité a changé. Ils surveillent maintenant une autre inflation, celle des prix des actifs financiers sur les marchés. Voici l’avertissement de la BRI rapporté par le FT: “Global financial stability will be in jeopardy if low inflation lulls central banks into not raising interest rates when needed », the Bank for International Settlements has warned. Ce qui veut dire: « la stabilité financière globale sera menacée si l’inflation basse  conduit  les banques centrales à ne pas monter les taux quand c’est nécessaire »;  ou encore plus clair, montez les taux même si l’inflation n’est pas au rendez vous.

‘Keeping interest rates too low for long could raise financial stability and macroeconomic risks further down the road, as debt continues to pile up and risk-taking in financial markets gathers steam,’ écrit la BRI dans son rapport annuel. Ce qui veut dire: garder les taux trop bas et pendant  trop longtemps augmente les risques d’instabilité financière et les risques macro-économiques alors que les dettes continuent de s’empiler et que les prises de risques sur les marchés financiers prennent de l’ampleur.

La BRI reconnait que monter les taux trop vite pourrait déclencher une panique sur les marchés qui sont intoxiqués à l’argent gratuit, mais si on ne le fait pas maintenant il faudra le faire plus tard encore plus fort et plus brutalement pour empêcher la prochaine crise. « The BIS acknowledged that raising rates too quickly could cause a panic in markets that have grown used to cheap central bank cash. However, delaying action would mean rates would need to rise further and faster to prevent the next crisis ».

Nous en arrivons à l’impasse que nous analysons depuis des années: « la question fondamentale pour les banques centrales dit Borio de la BRI qui est un  bon, un excellent même, la question fondamentale c’est:  que faire si les économies marchent à peu près bien , mais que l’inflation ne monte pas? Les banques centrales vont devoir tolérer de longues périodes d’inflation en dessous de l’objectif et néanmoins devoir resserrer les politiques monétaires parce que la demande sera forte; il faudra le faire pour ne pas tomber en retard par rapport à la courbe du cycle financier. Pourquoi l’inflation est elle faible demande Borio? Il répond c’est à cause des forces de la globalisation et de la technologie, tout cela pèse sur les salaires. Nous ne partageaons absolument pas cette analyse car pour nous l’incapacité des entreprises à distribuer des salaires plus élevés vient de la contrainte de profit, de la contrainte de profitabilité du capital,  c’est à dire de l’excès de capital qu’il soit productif , improductif ou fictif;  mais en y regardant de plus près ce que dit Borio n’est pas incompatible avec notre analyse. « The factors influencing wage growth were global and would be long-lasting. ‘If, as we think, the forces of globalisation and technology are relevant [in keeping wages low] and have not fully run their course, this will continue to put downward pressure on inflation,”Les forces de globalisation et le recours accéléré aux technologies sont les deux visages de l’excès de capital  et de son insuffisante profitabilité: pour réaliser le profit moyen mondial et maintenir le profit ancien il faut délocaliser, importer et modernsier à outrance… c’est à dire s’asseoir sur les salaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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