« L’élysée piégé par la Com' ». Analyse

En quelques semaines, le reproche fait à Emmanuel Macron s’est imposé. Notre président, hélas, donne priorité à la « com ». De fait, il est un excellent orateur et tend donc à « persévérer dans son être » (Spinoza). Culture étendue, éloquence naturelle, jeunesse rafraîchissante : au début du quinquennat, un peu épatés, les commentateurs parlaient même d’un « parcours sans faute ». Ce temps est fini…. La suite dans Sud Ouest du 6 aout.

JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD.
Cet éditorial de Guillebaud dans sud Ouest est remarquable, comme souvent le sont ses éditoriaux . Les analyses et les réflexions de Guillebaud doivent faire honte aux malheureux des médias audiovisuels qui se ridiculisent parfois à essayer de les piller et plagier  sans bien comprendre sa pensée. Bref Guillebaud est un bon.
C’est pour cela que son article sur l’échec de la Com’ de Macron a retenu mon attention. Il est remarquable, il est bien documenté et les exemples nombreux qu’il évoque sont convaincants.
Pour moi, dans cet article Guillebaud est au coeur du problème … tout en passant à mon sens à côté.
Il est au coeur du problème politique en général et pas seulement celui de Macron, depuis que la politique a été confisquée, colonisée par la Com’.
La Com n’est pas seulement art de communiquer, elle s’intègre dans toute une filière de recherches plus ou moins savantes et toujours statistiques, éminemment réductrices et abstraites.
Ces recherches nomment les choses, créent des concepts, des catégories, elles projettent une intelligibilité sur le corps social et c’est à ce niveau que se situe leur défaillance.
Cette intelligibilité est à côté de la plaque, elle vient d’en haut. Elle est fausse, elle est celle d’une classe, d’un groupe social, d’une école de pensée, d’un coalition d’intérêts etc.
Bref cette intelligibilité est relative. Elle contient sa propre inadéquation et la véhicule. Elle est fille des sondages, des panels, des enquêtes sur les courants qui traversent la société, sur les opinions, sur les réactions à tel ou tel évènement … bref un tas de choses plus ou moins « relevantes », et surtout sur un tas de choses sur lesquelles au fond personne ne s’interroge vraiment. L’analyse critique fait désespérément défaut.
Nous sommes dans la circularité, dans le feed back généralisé, dans la transitivité, dans le psittacisme. Pour rependre une expression favorite; la Com’ habite la bulle.
La Com’ est le symptôme le plus clair de ce que j’appelle la névrose sociale. La névrose sociale, c’est l’idée fausse que la société se fait d’elle même, idée dominante bien sûr.
La névrose c’est un discours répété, répété car il est échec renouvelé: on recommence parce que l’on n’a pas réussi n’est ce pas!  Discours qui est inadéquat à traduire la réalité, à la modifier, à en être le reflet  et donc c’est un discours qui tout en visant délibérément sa cible, en étant intentionnel voire manipulatoire ne peut être efficace.
La Com’ en tant que technique, mais en même temps  symptôme névrotique se détruit d’elle même. Et nous sommes au coeur d’une vérité qui n’est pas bonne à dire: les populistes lorsqu’ils réussissent sont des gens qui parlent avec leurs tripes, précisément sans utiliser la Com’, que ce soit les Jean Marie, les Tapie ou les Trump de leurs débuts. Le message que les gens veulent/acceptent  d’entendre est un message qui vient de l’intérieur, qui n’est pas soufflé, qui vient d’un sujet, un vrai, pas un pantin, pas une image.
On se trompe dans l’analyse du succès incroyable de Jean Marie, son succès ne vient pas du fait qu’il dise tout haut ce que les gens pensent tout bas, mais du fait que c’est lui qui parle, c’est une personne , une vraie et ceci permet l’adhésion ou son inverse, le rejet  peu importe, cela touche.
La parole de la Com’ est nulle et non avenue, celle du vrai tribun qu’était Jean Marie n’était jamais nulle et non avenue, elle avait un poids, le sien, celui de ses tripes.
Le problème de la Com’ ne se situe pas dans le Vrai ou le Faux, absolument pas il se situe dans l’authenticité de la parole. Authenticité au sens propre bien sûr. Est authentique celui qui s’autorise de lui même celui qui parle vraiment, qui s’exprime en fonction de ce  qu’il est, de ce qu’il veut et qui l’assume. Il faut savoir faire la différence entre  l’authentique et l’artificiel pour comprendre ce que je dis.  Et c’est radical. C’est le discours politique dominé par la Com qui est devenu inefficace, parce que discours de Com. La Com’ dévalorise la parole, celui qui l’utilise; elle dévalorise la catégorie la plus noble, celle du politique.
La modernité dont se réclame Macron est précisément le moment de la disparition des relations authentiques entre les personnes, entre les citoyens et entre les chefs et les gens.
La modernité consiste à introduire quelque chose au milieu, entre ces relations et à faire qu’elles n’en soient plus. Elle rend abstrait ce qui devrait être concret. Elle transforme les citoyens en récepteurs et les chefs en émetteurs, voila ce qu’est la modernité. Elle est monde d’où le réel de chair, de sang, de sueur et de pisse sont  évacués et donc pur monde de signes. Le monde moderne est une gigantesque combinatoire dont peu à peu l’humain est évincé. Il est vrai que les signes sont plus faciles à manipuler! Car la Com’ce n’est pas une parole de vérité, c’est une parole d’influence gouvernée par un Projet.
Les relations spontanées entre les gens, sont remplacées par la communication formatée, par les relations publiques. Elle sont bidons; bidon est l’un des mots qui exprime le mieux ce qu’est la modernité: bidon!
Et nous sommes au coeur du problème Macron depuis le premier jour, il est bidon.
Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas  une chance d’émerger, d’advenir, de se révéler non, absolument pas!  Mais il est une construction, un artifact;  là ou il est, il a été conduit par d’autres. Mais il est vivant, il a une origine, un passé,  une enfance, et même si tout cela été réprimé, encadré, cela peut revenir soit à la faveur d’un échec, soit à la faveur d’un succés. Les deux peuvent être libérateurs, l’homme est ainsi fait, il aspire à la vie, il aspire à être total.  Je suis persuadé que Macron en tant Macron vaut plus que ce que l' »ON » en a fait.
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